Radio Boy (aka Matthew Herbert) - The Soft Pink Truth - John Matthias

 date du concert

08/03/2002

 salle

Centre Pompidou,
Paris

 tags

Centre Pompidou / John Matthias / Matthew Herbert / Radio Boy / The Soft Pink Truth

 liens

Matthew Herbert
Centre Pompidou

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Grosse soirée à Beaubourg ce soir, puisque Matthew Herbert y présente son nouveau projet, engagé. C’est sous le nom de Radio Boy qu’il s’attaque aux multinationales, au pouvoir de ces sociétés et des médias.
Avec lui quelques amis, qui sont aussi des compagnons de label.

La soirée commence avec The Soft Pink Truth, le projet solo de Drew Daniel, membre du duo Matmos. Ce projet est un peu une blague entre Drew Daniel et Matthew Herbert qui lui a lancé le défi de sortir un album house. A défaut d’album, c’est un Ep qui a vu le jour sur le label Soundslike de Matthew Herbert.
Le premier morceau est en effet très techno-house mais s’avère très agréable puisque celle-ci possède un petit quelque chose de différents des productions classiques du genre. Entre chaque morceau nous avons droit à des intermèdes sous forme de collages sonores.
Si les rythmiques sont déjà connus, propres au genre, tout l’enrobage est très différent et Drew Daniel va même jusqu’à tourner ce style musical en dérisions avec des vocaux house déformés, donnant l’impression de sortir d’un cartoon. Le personnage surprend également quand on connaît Matmos. Alors qu’avec son acolyte M.C. Schmidt il sont en costard-cravate, il est ici vêtu d’un large t-shirt le faisant paraître obèse, tandis que les éclairages, réduit à un gros halo rose autour de lui donne un côté kitsch. Le bonhomme ne se prend vraiment pas au sérieux et donne l’impression de voir un clown derrière deux powerbook.
Festif de qualité et très amusant.

On passe ensuite à John Matthias que nous ne connaissions pas du tout. Mais le lien avec Matthew Herbert se fait rapidement puisque c’est sur Lifelike, un label de ce dernier qu’il a sorti l’album Smalltown Shining.
Il est ici extrêmement accompagné puisqu’en plus de lui à la guitare, sont présent sur scène un batteur, un accordéoniste-clavieriste, un bassiste et deux autres guitaristes. On sera un peu surpris d’entendre ce genre de musique au milieu des autres artistes purement électroniques, puisque John Matthias est plus proche d’une pop nonchalante et lumineuse aux guitares claires. Voix très posé, chant magnifique, parfois un habile mélange électronique/acoustique, et un dernier titre où le clavieriste jouera avec des verres en cristal.
Enorme surprise.

On arrive enfin au clou du spectacle, Matthew Herbert, qui, avant les concerts nous aura présenté son projet Radio Boy et sa démarche, utilisant la musique comme outil politique il dénonce les pratiques des grandes multinationales.
Pour cela il crée ses morceaux de musique uniquement à partir de sons provenant des produits de ces sociétés. Ainsi le premier titre du concert fut produit à partir de paquet de céréales vendus par le groupe Nestlé. Il commence par ouvrir le paquet a côté des micros et sample ce son en direct et très vite crée des boucles, change la tonalité, ajoute une rythmique ou bien la crée en frappant le paquet contre les micros, frotte le sachet contre les micros jusqu’à ce qu’il éclate en dispersant les céréales sur toute la scène. C’est assez violent puisque tout passe par la destruction des produits qui sont considérés comme des déchets avant même d’être déballés. Ils finiront d’ailleurs tous à la poubelle.
Entièrement habillé de noir (pantalon, chemise et cravate), il était pour le concert recouvert d’un sorte de tablier de boucher, noir également, qui lui donnait alors un air de bourreau. Il s’attaquera ensuite à Star Academy et ainsi à l’uniformisation de la musique qui devient un produit de consommation courante, McDonald dont les hamburger iront s’éclater contre le fond de la scène, Walt Disney et Arnold Schwarzenegger, combattant ainsi Hollywood et la violence au cinéma, Coca-Cola.
Un des moments fort fut la destruction d’un téléviseur a coup de marteau, poursuivant ainsi son combat contre les médias. Le public se déchaînera alors, hurlant, comme à chaque fois que les gestes se font plus violent. On sentira alors monter une sorte de haine dans la salle pour toutes ses sociétés auxquelles Gap n’échappera pas.

En guise de rappel, un morceau construit autour du journal Le Figaro, avec George Bush en couverture qu’il prendra soin de déchiqueter.
Au final ce fut un concert-performance assez exceptionnel qu’il nous fut donner de voir, ne laissant pas insensible et donnant envie de se battre en utilisant ces moyens.

Fabrice ALLARD
le 10/03/2002

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