Ryoji Ikeda : Datamatics [ver 2.0]

 date du concert

29/10/2007

 salle

Centre Pompidou,
Paris

 tags

Centre Pompidou / Ryoji Ikeda

 liens

Ryoji Ikeda
Centre Pompidou

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Nouveau spectacle audiovisuel du japonais qui nous avait un peu déçu lors de son dernier passage dans cette même salle il y a tout juste 3 ans alors qu’il présentait C4I. En 2006 on le retrouvait en grande forme, il est vrai dans son registre habituel, avec un set plus clinique se terminant en explosion de bleeps et rythmique technoïde cassante.

Datamatics est le second spectacle de la série Datamatics, dont C4I était le premier volet. Ikeda continue donc sa numérisation de notre quotidien, notre planète (on se souvient dans C4I de photos de paysages qui étaient ensuite modélisés en 3D), en allant encore un peu plus loin. On retrouve tout de suite son style brut, ses sons aiguisés couvrant tout le spectre sonore entre les micro-bips suraigus et les nappes d’infra-basses. Ecran noir, "datamatics" écrit en tout petit à l’écran, police de caractère pixellisée, bips perçant à l’affichage de chacune des lettres. Minimal et percutant. Des lignes montent et descendre de l’écran et quand elles se rencontrent, elles se dédoublent, créant du même coup une nouvelle couche sonore car sons et images sont ici indissociables.
Si chez Pan Sonic la musique a toujours été à l’origine des visuels, la relation entre son et image chez Ikeda est beaucoup plus ambigüe. On notera par exemple un passage lors duquel il joue avec le langage morse, exemple parfait de l’adéquation entre le visuel et le sonore puisque la durée d’un son est directement liée à la longueur des traits. Plusieurs lignes apparaissent à l’écran, défilant à des vitesses variées, produisant une nuée de bleeps plus ou moins rapides, plus ou moins aigus.
Après la Terre dans C4I, Ryoji Ikeda entreprend de numériser l’univers. Nappe ambient représentant le vide galactique, nuage de points sur l’écran balayé par des lignes en train de scanner notre univers, répertorier étoiles, galaxies, nébuleuses. Dans un style minimal et hypnotique, on voit petit à petit l’avancement de travaux, les objets répertoriés sont marqués d’une croix rouge, les coordonnées sont enregistrées, les noms sont recensés. Une fois le travail terminé, les machines reconstituent le tout, le tempo s’accélère, chant des machines, crépitements, textures à peine saturées. Tous les objets célestes disparaissent, et il ne nous reste plus que des lignes représentant les coordonnées de chaque étoile. Tournant sur l’écran en formant des lignes de fuites, Ikeda nous donne le vertige en plongeant tête première dans un abîme numérique, un univers devenu abstrait.

Petite pause de quelques minutes, et nous voici lancé dans la deuxième partie de ce spectacle. Après l’infiniment grand, Ikeda se lance dans l’infiniment petit et à la manière des étoiles, ce sont les atomes qui sont passés au scanner, assemblant des molécules. Alors qu’on l’imaginait déjà reconstituer une molécule d’ADN, en arriver à l’humain et replacer l’Homme dans l’univers afin de relier les deux parties de ce spectacle, Ikeda passe directement à l’analyse de séquences d’ADN sur l’ensemble des chromosomes. On reste complètement dans son style, avec des bandes noires et blanches qui défilent, facilement assimilables à des codes barre. Assez logiquement on fera le lien numérisation / copie / clonage et on appréciera particulièrement ce passage d’actualité, mais Ikeda s’arrêtera là sur ce thème.
La dernière partie du spectacle reprendra la même principe que celui utilisé sur la fin de C4I avec une mise en abîme de son propre spectacle. Quelques images de la première partie sont reprises, répertoriées, référencées, converties en miniatures afin de présenter un catalogue des images du spectacle, images qui, comme les étoiles seront commentées, numérisées. Les vignettes défilent de plus en plus rapidement, ça crépite dans tous les sens, l’oeil qui n’arrive plus à suivre ne voit plus que des rectangles gris clignotants jusqu’à l’obtention d’un écran noir et d’une note continue.

Très largement applaudi, Ryoji Ikeda qui était comme à son habitude situé derrière nous, est venu saluer le public à plusieurs reprises. De notre côté, si nous avons été conquis par la première partie du spectacle, on émettra quelques réserves sur la seconde qui nous est apparu comme superflue ou inaboutie. Ce spectacle ayant connu une version 1.0 et des versions "prototype", on se dit que le Japonais va peut-être parfaire son oeuvre pour nous présenter un jour, une version définitive... A suivre donc.

Fabrice ALLARD
le 01/11/2007

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