Antenna Festival : Andrey Kiritchenko / Crank Sturgeon / Joaquim Montessuis / Murmer / Lumière / Kouhei Matsunaga

 date du concert

15/03/2008

 salle

Les Voûtes,
Paris

 tags

Andrey Kiritchenko / Arnaud Rivière / Basses Lumières / Coupe Coupe / Crank Sturgeon / Discipline / Fred Nipi / Joachim Montessuis / Kokeko / Komsomolsk / Kouhei Matsunaga / Les Voûtes / Murmer / Philémon / Strom Varx

 liens

Discipline
Joachim Montessuis
Andrey Kiritchenko
Kouhei Matsunaga
Fred Nipi
Les Voûtes
Murmer
Crank Sturgeon
Coupe Coupe
Basses Lumières
Arnaud Rivière
Strom Varx

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Après une première édition en 2007 pour laquelle nous n’avions pas fait le déplacement, Kokeko et Basses Lumières remettent le couvert cette année avec une programmation encore plus riche de ce festival qui mêle expositions, projections, performances et concerts. Si nous avons fait le tour des expositions, ce sont bien les concerts qui ont motivés notre déplacement avec en particulier Andrey Kiritchenko, Murmer, Discipline et Joaquim Montessuis, ces deux derniers étant impliqués dans de nouveaux projets ou collaborations.

Bien évidemment la densité de la programmation (10 concerts prévus entre 18h et minuit) favorise les découvertes, mais favorise aussi l’effet de saturation en fin de soirée. Découverte donc pour commencer avec ce qui nous est présenté comme un duo entre Electrique Production et Jean Philippe Saulou. En s’intéressant un peu au sujet, nos recherches nous mènent en fait à un label qui serait Electrique Production, géré par deux jeunes hommes, Olivier Gioan et Jean-Philippe Saulou. Le premier est à la batterie mais un laptop n’est pas loin, le second se trouve dans une configuration classique de musiques improvisées, guitare sur une table, cymbale posée sur les cordes de l’instrument. Le jeu de batterie est généralement très franc, sec et carré, les impros de Jean-Philippe Saulou venant contrebalancer cette rigueur apparente en mêlant drones électroniques, basses vibrantes, sifflements stridents, noise et quelques secondes ambient. Plutôt intéressant mais au résultat finalement pas si original qu’on aurait pu s’y attendre, ce duo s’avérait être une bonne entrée en matière pour ce festival, s’acquitant de cette lourde tâche avec les honneurs.

Peut-être les plus décalés du festival, on enchaînait avec le duo Adieu Pelure. Présentés comme un groupe aux chansons d’avant-garde, on se demandait un peu de quelle manière une formation de type "chanson" allait s’inscrire dans ce festival. Elle au laptop, lui à la guitare, tous les deux au chant, Adieu Pelure enchaîne les chansons décalées à base d’humour noir (on pense parfois à C’est arrivé près de chez vous) sur la routine du quotidien et la famille (dispute de couple). Le dernier titre, nettement plus expérimental, plus abstrait, mêle ainsi field recordings et grincements de guitare, glissements d’archet. Une formation originale, un style bien personnel, Adieu Pelure était une formation qui naturellement, sortait du lot, et certainement la seule du festival à jouer aussi ouvertement la carte de l’humour.

On quitte la salle de concert pour faire le tour des expositions (photos et dessins principalement), et quand on revient c’est dans le noir complet que la salle est plongée tandis que les deux parisiens Nicolas Maigret et Nicolas Montgermont débutent leur set. Présentés comme le détournement d’un logiciel pour non-voyants avec utilisation d’objets récupérés in situ (une expression qui reviendra à plusieurs reprises), ce concert performance atteindra assez vite ses limites. En fond de scène, la projection du plan de travail des deux artistes. Un écran noir, et leurs mains qui viennent déposer des objets qui apparaissent en blanc. Une ligne parcours l’écran, et des sonorités sont générées en fonction de la position des objets. En fonction de leur position sur cette matrice, les sons sont joués à tel moment et à telle tonalité, comme sur n’importe quel séquenceur. Musicalement l’intérêt est quasi nul, et la performance ne fonctionne que par l’effet de surprise alors que l’on se demande quel son va être produit à chaque nouvel objet, ou mieux encore, quand apparaît un réel décalage entre son et image comme lorsqu’ils déposent un magazine avec écrit en gros "SILENCE" et que justement ces grosses lettre blanches génèrent une texture bruitiste.

L’enchaînement est quasi immédiat avec Murmer, soit Patrick McGinley que l’on voyait pour la première fois en concert l’année dernière lors des soirées de clôture du Project 101. N’ayant jamais pris le temps de chroniquer cette soirée, séance de rattrapage aujourd’hui. Murmer oeuvre dans le domaine de la musique concrète créée en live plutôt que par collages de sons préenregistrés, avec généralement la participation du public. Il commence par donner deux boîtes sonores à des spectateurs chargés de les faire passer à leurs voisins, créant une immersion du public au milieu de percussions. De son côté, il ballade un micro pour capter des sons ambiants, tenter de maîtriser quelques larsens puis, à l’image de son dernier album We Share A Shadow, il balladera archet et une sorte de brosse à dent électrique sur des tiges métalliques entrant en résonnance pour un long et magnifique passage ambient avant de revenir à une participation du public chargé de s’amuser avec billes métalliques, cailloux, et chandeliers. On regrettera le fait que était moins intense ce soir, peut-être à cause de la taille de la salle, alors que le Project 101 se prêtait à merveille à ce type d’expérience.

Autres artistes très attendus, le trio Lumière composé de Discipline, Cicerobuck et Strom Varx. Sur le papier, chaque membre de cette formation travail seul dans son coin, et c’est sur scène, sans s’être concertés, qu’est censée s’opérer la fusion. On aura un peu de mal à apprécier la part de chacun sauf peut-être les textures et drones de Discipline. On attribuera les rythmiques syncopées de début de set à Strom Varx, Cicerobuck se produisant quant à lui aux platines. L’ensemble nous apparaîtra finalement assez bien construit, au point de mettre peut-être en doute la sincérité de la démarche. D’un autre côté, on constatait que les trois artistes discutaient entre eux pour se mettent en phase comme le feraient des musiciens dans une formation free jazz, et la fin de leur set semble avoir été un peu précipitée. Un concert que l’on a eu plaisir à suivre, mais une appréciation certainement en grande partie dûe à la participation importante de Discipline.

On entame alors la deuxième partie de soirée avec peut-être notre principale raison d’avoir fait le déplacement puisqu’il s’agit d’Andrey Kiritchenko, apprécié à maintes reprises sur disque, et que l’on voyait ici pour la deuxième fois en concert. Malheureusement, force est de constater qu’il ne parvient pas en concert à rendre la finesse de ses albums. Assis derrière une table avec laptop et guitare sur les genoux, il mêlera field recordings et expérimentations sonores, à un jeu relativement classique de guitare. On aura parfois l’impression que des sons se déclenchent en fonction du jeu de guitare, mais on ne pourrait le jurer. Après quelques morceaux dans ce style, il se lance dans une plus longue pièce ambient, très belle fusion de nappes et drones que l’on appréciera à sa juste valeur, concluant un concert qui nous paraîtra un peu court. On ne sortira pas de là déçu du concert, mais en quelque sorte embêté de l’inégalité constatée entre prestation live et disques.

Changement assez net de style avec l’Américain Crank Sturgeon dont la prestation était présentée comme une "déconnade superdadasonique". On l’avait repéré un peu avant le concert, grand, grisonnant, à la démarche boîteuse, l’artiste semblait un peu nerveux et voulait être rassuré quant au bon déroulement de son set. Tout comme Murmer, c’est en plein milieu de la salle qu’il se produit. Il débarque cagoulé, affublé de cables et machines, un sac plastique sur la tête, et délivre une véritable performance. Il parle tout le temps, fait de l’humour à partir de son nom (Sturgeon / esturgeon), gesticule dans tous les sens et prend des poses, crie et s’impose des silences. Un set hyper tendu, nerveux, ponctué de déflagrations bruitistes à base de micro capteur et générateur sonore. Etonnant, humoristique, Crank Sturgeon est en fait un clown bruitiste.

On pensait quitter les lieux d’ici peu, fatigue, effet de saturation après déjà sept concerts, et puis on retrouve des amis, on discute, et voici que Kouhei Matsunaga prend place. On préférera ne pas en dire grand chose. On s’attendait à un set plutôt expérimental et pointu, dans la lignée de son album avec Anla Courtis paru sur Prele, mais on n’aura là que quelques basses technoïdes éparses. On pense que Kouhei a été victime de gros problèmes techniques pendant tout son set, ruinant complètement son concert. On aurait également pu voir dans cette alternance de rythmiques binaires et de silences une détérioration de la culture dance. Dans la salle c’est un peu la panique, avec un public qui commence à être légèrement imbibé et du coup irrespectueux, allant jusqu’à demander à l’artiste de se casser.

On se décide alors à rester pour voir Coupe Coupe, un trio bien parisien puisqu’il regroupe Arnaud Rivière, Philémon (d’origine québécoise et déjà apprécié en concert au sein de Komsomolsk) et Fred Nipi. Batterie nucléaire, machines et pédales d’effet, synthétiseur, le tout joué avec une énergie qui nous réveillera en cette fin de soirée. Le son est très fort, mais les sonorités sont généralement saturées, ajoutant encore à la densité sonore. Arnaud Rivière se démène sur sa batterie, extrêmement présent avec un son très métallique, façon batucada bruitiste, Fred Nipi sort de grosses textures de son synthé, et on aura un peu plus de mal, du fond de la salle, à apprécier le travail de Philémon, apparemment à même de triturer le son de ses comparses, déformant, bouclant, saturant et contrôlant d’une manière générale tout un éventail de possibilités noisy. C’est assez varié et changeant pour garder éveillé l’intérêt du public, mais leur set traîne peut-être un peu en longueur pour une telle densité.

On terminera avec Joaquim Montessuis qui lui aussi est susceptible de nous faire déplacer rien qu’en figurant sur une affiche. Il se produisait ce soir avec Joël Hubaut que l’on ne connaissait pas jusque là. L’installation prend un peu de temps avec une grande moquette posée devant la scène. La salle plongée dans le noir, Joaquim Montessuis derrière son laptop, Joël Hubaut entre en scène, murmurant en boucle de sa voix grave que "ca va commencer". Musique entre drone et textures, voix scandée, il y a là quelque chose de théâtral, limite grandiloquent. Comme souvent avec Joaquim Montessuis, le set est basé sur une lente progression, une tension qui monte doucement. L’artiste-poète disparait sous la moquette, rampe, bouge et évoque effectivement quelque chose de monstrueux (peut-être a cause de l’obscurité, du ton de sa voix), puis sortira de là avec difficulté, la tête la première comme un accouchement alors que la musique est à son apogée. Joaquim est également au micro, sa voix est retraitée pour un final bruitiste. Après Charlemagne Palestine cet été à Toulouse, c’est la deuxième fois que l’on voyait Joaquim Montessuis sous forme de collaboration, mais c’est décidément bien en solo qu’on le préfère.

Fabrice ALLARD
le 26/03/2008

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