Avec cette compilation colossale, le label PPT-Stembogen joue un double jeu. D’une part, comme n’importe quel disque disponible dans le commerce, atteindre son public et pourquoi pas même élargir l’audience de ces artistes a peu près tous inconnus du grand public, en travaillant sur un sujet qui concerne tout le monde, la radio et surtout la télévision, et en l’abordant par le biais le plus ludique, les jingles et génériques, courts morceaux qui restent en tête et que l’on chante encore 20 ans plus tard (sans forcément en connaître l’auteur). D’autre part, essayer de faire connaître ces artistes dont nous parlons pour la plupart régulièrement ici, auprès de professionnels des médias afin de peut-être avoir à l’avenir le générique d’une émission de télé-réalité composé par eRikm ou Erik Minkinnen...

Après une première écoute, d’une traite, de l’album, on se retrouve avec un sentiment étrange certainement lié à la variété des réalisations proposées. Comprenant pas moins de 63 morceaux, composés par des artistes aussi variés que Andy Bolus et Pierre-Yves Macé, le résultat est forcément hétéroclite, mais on appréciera à chaque fois la manière dont ces artistes ont abordé le sujet. Certains très au sérieux, s’appliquent à proposer un générique crédible, en phase avec son temps. On pourra citer l’Ouverture d’Antenne de Portradium qui avec le son qui lui est propre parvient à revisiter ces petits jingles annonçant le début des programmes, mais on imagine aussi très bien ce morceau en ouverture de JT. Dans un autre registre, Samon Takahashi propose un générique pour émission de jeux vidéo, version hardcore saturée. D’autres au contraire joue la carte rétro à l’image de la pochette et donnent l’impression de refaire un générique d’époque, à moins que ce ne soit pour insister sur l’aspect désuet du type d’émission ou encore jouer avec notre mémoire qui associe effectivement tel type de son avec une émission d’actualités scientifiques (Globalement Vôtre d’Etienne Charry) ou une émission pour enfant (Orlando d’eRikm).

Autre manière d’aborder le sujet, l’humour, à différents degrés, des idées amusantes qui fonctionnent plutôt bien à l’écoute de ce disque mais qui ne le feraient peut-être pas en conditions réelles (nous ne disons pas pour autant que les directeurs de programmes manquent d’humour...). Dans le registre, nous attriburons la palme à Philippe Fernandez qui semble convoquer une chorale d’enfants pour chanter "il est à droite, il est à gauche" sur ce potentiel générique de En Direct de l’Assemblée Nationale. Chacun a sa manière de s’atteler au sujet et le résultat dépend assez souvent de ça. Du coup on retiendra plus facilement le travail de Ravi Shardja et ses enchevêtrements de klaxons pour une émission sur la décentralisation, Dragibus qui se contentent malheureusement de faire du Dragibus sur leur Récré à 3, Cécile Babiole qui mélange les chiffres et les lettres sur un très beau morceau dans lequel elle aligne sigles et codes (OGM, K2000, EPO, IGN, MP3) terminant son titre par "0 dB", ou encore La Destination pour son Interlude Cantal+ à base de field recordings locaux.
On pourra ensuite citer les percussions culinaires de Sasha Gattino, Le Journal du Sport par eRikm ou Info Soir de Goran Vejvoda qui ont tous deux un air de déjà entendu ou que l’on jugerait être des génériques actuels tellement ils collent au thème et sont en phase avec notre époque, Thalassa subtilement revisité par Michel Guillet, la relecture porno de Cosmos 99, transformé en Cosmos 69 par Crash Normal, ou encore Le Split de Patrick Catani, une émission dans laquelle des couples peuvent venir se séparer en direct. Certainement un concept porteur !
Au niveau des regrets, en temps qu’ex-fan de l’émission des frères Bogdanov, on citera la proposition de Discipline avec Temps X Reloaded mettant en avant le côté désuet et rétro de la chose. On regrettera également la discrétion du Climat de Strom Varx, très joli morceau ambient qui a de quoi ravir les fan de Hazard mais que l’on imagine mal, de part sa douceur, en tant que générique.

La douzaine de morceaux dédiés à la radio nous paraissent également moins convaincants, mais peut-être est-ce du au fait que la plupart des artistes optent ici pour un son daté, restant pour la plupart sur des génériques d’émissions passées ou traitant du passé (In War We Trust de Emmanuel Mieville), usant d’effets de filtres et grésillements pour être fidèle au son d’une époque révolue. Du coup c’est ici encore eRikm qui retient notre attention avec son Audiophytes aux sonorités microscopiques pour étudier les plantes de plus près.

Hétéroclite donc variée, mais riche aussi, cette compilation vous fait changer d’humeur d’une minute sur l’autre. De nombreux artistes à découvrir et à suivre.

Fabrice ALLARD
le 14/09/2008

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