Friedlander

 date

du 19/09/2006 au 31/12/2006

 salle

Jeu de Paume,
Paris

 appréciation
 tags

Jeu de Paume / Lee Friedlander

 liens

Jeu de Paume

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Photographe majeur du XX° siècle, Lee Friedlander, artiste états-unien né en 1934, voit le Jeu de Paume accueillir la rétrospective de son œuvre, après le MoMA et Munich et avant Madrid et Barcelone. Au fil d’un accrochage plutôt thématique (même si certaines images sont isolées alors qu’elles auraient pu être intégrées à des séries placées plus avant dans l’exposition) et s’écartant de la contrainte chronologique (une unique césure est faite au milieu de l’exposition, quand l’artiste changea d’appareil photo et, donc, de format d’image, passant du rectangulaire au carré), on navigue dans l’univers majoritairement urbain de Friedlander tout au long de ces près de 500 clichés.

Très vite, les lignes directrices du travail de l’États-unien se font jour : travail sur le cadre, sur le reflet et sur la topographie urbaine. Optant dans plusieurs séries pour une mise en abyme passant par l’insertion d’un second cadre dans celui délimité par son objectif, Friedlander intègre un écran de télévision, une embrasure de fenêtre, une vitre ouverte ou un rétroviseur. Au-delà du second plan ainsi représenté, c’est un véritable contre-champ (dans les deux sens du terme) qui fait son intrusion dans l’image, comme dans cette photo, antimilitariste au possible, où les lignes humaines d’un défilé militaire sont rompues par un rétroviseur dans lequel on voit la forêt avoisinante. Soulignée de la sorte, l’importance du reflet dans l’œuvre de Friedlander se fait plus prégnante encore quand la photo est prise à travers une vitre qui nous permet, au premier plan, de voir le ciel nébuleux ou l’intérieur de la boutique d’où est pris le cliché. Dans un ordre d’idées proche, l’artiste n’hésite pas à laisser son ombre apparaître à l’image, renvoyant aux différentes séries d’auto-portraits qu’il a pu réaliser (quand il avait une trentaine d’années comme tout récemment).

Autre élément particulièrement marquant de la photographie de l’États-unien est cette volonté quasi-constante de mettre en avant des éléments du mobilier urbain (poteaux, bornes d’incendie, boîtes aux lettres, grillage, panneaux indicateurs, feu tricolore, horloge, porte de magasin, rampe d’escalier). Ne s’interdisant pas de les laisser au premier plan, Friedlander en fait même le sujet principal de sa série Letters From the People dans laquelle des lettres ou groupes de lettres tirées d’enseignes de magasin sont prises en gros plan.

Pour autant, tout n’est pas du même niveau (reproche inévitable face à une rétrospective) et quelques séries sont plus faibles : The American Monument et ses photos de statues est trop classique, les femmes de Nudes manquent cruellement de sensualité tandis que la série sur la vie à l’usine peine à capter l’essence de l’ouvriérisme. En revanche, celle sur la vie dans l’entreprise parvient à saisir le caractère aliénant de la vie de bureau (ordinateurs, fournitures, mobilier immuable, plante verte, etc…), corroborant nos impressions premières sur la capacité de Friedlander à transcender des éléments en apparence insignifiants ou banals.

François Bousquet
le 13/10/2006

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