L’Événement

 date

du 16/01/2007 au 01/04/2007

 salle

Jeu de Paume,
Paris

 appréciation
 tags

Henri Cartier-Bresson / Jeu de Paume

 liens

Jeu de Paume

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Désireuse d’interroger les rapports entre images et faits, afin de savoir si ce sont les premières ou les seconds qui créent l’événement, l’exposition du même titre présentée au Jeu de Paume en ce début d’année se découpe en cinq moments. Au fil d’un accrochage ne respectant pas la chronologie (judicieuse idée qui nous place du point de vue de l’historien en choisissant de ne pas terminer par ce qui fait encore partie de notre mémoire récente), photographies et autres supports (gravures, peintures, films, objets, extraits de journaux télévisés) questionnent ainsi la représentation de l’actualité.

Le premier moment évoqué est aussi le plus ancien : la guerre de Crimée (1853-1856). Dans une première salle, des photos de Robert Fenton sont disposées : extrêmement dépouillés, dépourvus de présence humaine et de véritables repères visuels, ces clichés tendent alors à une certaine universalité, agissant comme figures de la guerre plutôt que comme figures d’une guerre. Par la suite, dans une autre salle, on retrouve des dessins et gravures qui se sont servis des photographies initiales en les « peuplant » ; déjà réalité et mise en image se mêlent, faisant intervenir une dose de propagande là où les clichés initiaux semblaient refléter exactement le réel.

Avec la conquête de l’air (1909-1910), on passe à l’héroïsation des acteurs d’un événement mais aussi de ceux qui sont chargés de le transmettre. En effet, autour des symboles que furent Hubert Latham et Louis Blériot, photographes et cinéastes s’illustrèrent par des clichés aériens, des images en plongée, des caméras embarquées, etc… Sont ici alors mises sur un pied d’égalité les films d’actualités relatant la traversée de la Manche et les séries de photos montrant la Tour Eiffel et le Champ-de-Mars vus d’avion.

Intéressant de prime abord, le dispositif imaginé pour traiter le 11 septembre 2001 déçoit au final. En effet, nous sont présentées les couvertures des quotidiens états-uniens datées du 12 septembre, classées suivant leur photo de « une ». Voulant prouver qu’à l’heure du tout-image, seuls cinq ou six clichés furent en réalité utilisés, l’agencement se fait un peu trop simplificateur. Cela dit, un petit effet se produit car cette simplification renvoie donc à une autre simplification supposée (la concentration autour de cette demi-douzaine de photos : les tours en feu, le second avion qui percute la seconde tour, les valeureux pompiers…). Au centre de la salle dédiée à cet événement, une reproduction miniature de l’exposition Here is New-York, A Democracy of Photographs est présentée, composée d’images amateurs donnant leur point de vue sur la catastrophe. Là encore, l’opposition est un peu facile entre l’imagerie officielle, gentiment raillée (les unes des quotidiens évoquées précédemment, les différents objets - tasse, puzzle, montre, boule à neige - glorifiant les pompiers), et les photos d’amateurs, réputées plus « authentiques ».

Trop brève, l’évocation des premiers congés payés (1936) se réduit à quelques clichés d’Henri Cartier-Bresson sur des campements improvisés, des affiches vantant les vacances à la neige, quelques couvertures de magazine et des bandes d’actualité Pathé-Gaumont.

Enfin, décevantes également sont les salles consacrées à la chute du Mur de Berlin (1989) avec leurs extraits de journaux télévisés et leurs photographies d’Allemands hébétés de pouvoir aller d’un côté à l’autre de Berlin. Pourtant, perce avec précision le sentiment que les gens en présence avaient véritablement acquis la sensation de faire l’histoire « en direct ». De fait, cette idée se fait de plus en plus prégnante au fur et à mesure de l’exposition pour culminer donc avec ces Berlinois donnant des coups de pioche dans le Mur.

François Bousquet
le 11/02/2007

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