Dominique Gonzalez-Foerster : Expodrome

 date

du 13/02/2007 au 06/05/2007

 salle

Musée d’Art Moderne de la Ville de Paris,
Paris

 appréciation
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Dominique Gonzalez-Foerster / Musée d’Art Moderne de la Ville de Paris

 liens

Musée d’Art Moderne de la Ville de Paris

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Des attentions
(Crédac)

Lauréate du prix Marcel Duchamp en 2002, Dominique Gonzalez-Foerster est l’une des artistes contemporaines les plus passionnantes par sa capacité à mêler arts plastiques, cinéma et musique. Pour sa première grande exposition personnelle, le Musée d’Art Moderne de la Ville de Paris l’invite au premier étage où elle présente six œuvres.

Dès l’arrivée en haut de l’escalier, un plan comparable à ceux des centres-villes nous indique l’emplacement des pièces et travaille donc déjà sur une des composantes de l’œuvre de la Française : l’urbanité (nom des salles, légende, rond rouge « vous êtes ici »). Reste alors à se laisser guider vers la Promenade, premier véritable espace de l’exposition. Longue d’une cinquantaine de mètres, cette pièce entièrement blanche (murs, sol, même le nom de la salle est écrit en blanc sur blanc) et vide donne une double impression de vertige et de cocon. Accrochés au plafond tout au long de cette Promenade, huit haut-parleurs diffusent des sons de pluie tropicale, travaillant sur la spatialisation du son et permettant de changer d’ambiance au fur et à mesure de la progression. Le caractère évocateur voire cinématographique (Dominique Gonzalez-Foerster dit s’être inspirée ici des films de Tsaï Ming-Liang dans lesquels, il est vrai, pluie et eau sont régulièrement présentes) renvoie à nouveau à l’urbanité lorsqu’on constate que les bruits de pluie laissent place à des sons de gouttière à l’approche des murs, comme si l’installation nous invitait à nous réfugier le long des parois. Attirés par des reflets colorés poignant au fond de la pièce, on se dirige vers le prochain espace : le Panorama.

Lorsqu’on y parvient, on découvre, émerveillé, que ces reflets proviennent en fait d’une suite de LEDs disposées dans une courbe bleue, à l’image des lumières des villes vues d’avion. S’allumant tour à tour, ces petites loupiottes de couleur différente éblouissent assez rapidement, invitant plutôt le spectateur à s’asseoir sur le banc courant sous le Panorama. Libre à nous alors d’admirer le reflet des LEDs sur le mur gris qui lui fait face et de profiter, d’une manière probablement plus touchante, de ces mouvantes taches de lumière.

Le Tapis de Lecture est l’installation suivante, sorte de bibliothèque « à plat » où, sur un grand tapis de moquette, plusieurs piles d’une dizaine de livres disposées à même le sol invitent à la lecture. Si on devine bien les idées sous-jacentes (partage du savoir, facilité, confort, accessibilité), l’ensemble reste malheureusement un peu trop « sage » pour convaincre : seuls deux des côtés du tapis (ceux qui sont collés au mur) contiennent des livres, les piles font à peu près toutes la même taille et la sélection des ouvrages fait preuve d’un bon goût très sûr (Hanna Arendt, Jacques Rancière, Huysmans, Ray Bradbury, William S. Burroughs, Alain Robbe-Grillet, Virginia Woolf, Philip K. Dick, Stanislaw Lem, Jorge Luis Borges, Nathalie Sarraute…).

Après avoir traversé une passerelle extérieure (histoire d’apercevoir la « vraie » ville) qui fait à la fois office de rampe de lancement et de sas, on pénètre dans le Cosmodrome, pièce entièrement plongée dans le noir, entre planétarium et caisson de décompression. Sur fond d’electronica composée par Jay-Jay Johanson, LEDs et rais lumineux s’allument au fond de la salle, invitation à un voyage semi-spatial, semi-intérieur.

Au sortir de la salle, on peut aller s’installer au Cinéma (sélection de films réalisés par la Française) qu’on aborde après avoir parcouru un couloir éclairé par un seul néon vert et aperçu les spectateurs et l’écran de loin. Une fois de plus, comme pour le Panorama précédemment, le reflet ou le regard sur l’œuvre nous est présenté avant l’œuvre en elle-même, comme s’il s’agissait de souligner que ces travaux et installations ne sont rien sans cet « œil extérieur ».

Avant de redescendre au rez-de-chaussée, on tombe sur la Jetée, suite de blocs triangulaires et carrés qui empêchent de traverser, de revenir au point de départ, nous forçant donc à emprunter l’escalier de sortie. On retrouve sur notre chemin ces sortes de fauteuils, placés sur les marches mêmes, qu’on avait vus en montant sans en comprendre le sens. En réalité, ils permettent de s’installer pour voir une projection diffusée sur le mur surplombant l’escalier (il aurait donc fallu se retourner en arrivant pour saisir leur utilité) et expliquent alors la présence de ces spectateurs croisés au départ. Ici encore, avant qu’on ne la voie véritablement, l’œuvre de Dominique Gonzalez-Foerster nous a travaillés, via le regard d’autres portés sur elle, comme elle continuera à résonner en nous, même après avoir quitté le Musée.

François Bousquet
le 20/02/2007

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