Philippe Ramette

 date

du 21/10/2007 au 03/02/2008

 salle

Domaine départemental de Chamarande,
Chamarande

 appréciation
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Domaine départemental de Chamarande / Philippe Ramette

 liens

Domaine départemental de Chamarande

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Ouvert à la création contemporaine depuis plusieurs années, le domaine départemental de Chamarande, situé au cœur de l’Essonne, entreprend cette saison, au-delà des expositions collectives et thématiques, la présentation d’expositions monographiques. C’est à Philippe Ramette, plasticien d’une quarantaine d’années, actif depuis le début des années 1990, que revient l’honneur d’opérer en premier.

Installée dans l’ensemble des pièces du château et occupant également l’espace extérieur, la trentaine d’œuvres du Français permet de se plonger avec délice dans son univers fait de burlesque et de savoureux jeux sur les intitulés des œuvres. Mais ce sont des miroirs qui nous accueillent tout d’abord avec La Traversée du miroir (image arrêtée), double glace percée de trous dans lesquels on est invité à passer le bras ou le genou et qui permet, par réflexion, d’embrasser l’ensemble de la perspective du château (de son allée centrale aux carreaux du sol du vestibule). Plus loin, Miroir déformé et Le miroir qu’on casse reprennent ce jeu sur la manière dont l’image est renvoyée ou sur l’utilisation que l’on peut faire d’un miroir. Affleurant déjà dans ces travaux, le goût du cocasse de Philippe Ramette se dévoile plus encore dans ses photographies. Le représentant dans un éternel costume sombre impersonnel, ces clichés le montrent au fond des mers, en train d’étudier une carte (Exploration rationnelle des fonds sous-marins : la carte) ou comme suspendu à un palmier, à l’horizontale (Promenade Irrationnelle). De même, les objets qu’il construit relayent cet amour du décalé et du léger : Objet à voir le chemin parcouru (sorte de rétroviseur-casquette) ou Objet à se voir regarder (face-à-main-serre-tête).

Réunissant plusieurs aspects de son travail, Cerveau réfléchissant est une sculpture de cerveau plus grand que la moyenne, fait en miroir. Jouant donc sur le double sens de « réfléchissant », renvoyant au spectateur une image déformée de lui-même via les alvéoles du cerveau, élevant au rang d’œuvre d’art une partie de l’anatomie humaine, cette pièce symbolise ainsi à merveille cette dimension à la fois grave et primesautière qu’affectionne le plasticien. Alors qu’on pouvait craindre un côté un peu artificiel du rapprochement entre ce travail et l’architecture ancienne du château, il convient à l’inverse de saluer la discrétion avec laquelle Philippe Ramette a pris place dans l’édifice, en soulignant certaines formes comme évoqué précédemment ou jouant des escaliers et du volume des salles. Au reste, la commissaire Judith Quentel a su renforcer cet aspect en disposant, par exemple, les dessins dans la bibliothèque ou un siège en bois uni dans une pièce également faite uniquement de bois (Fauteuil seatcom). Cette savante mise en scène relaye d’ailleurs une des préoccupations de Philippe Ramette qui, hormis les photographies déjà mentionnées, travaille la mise en situation dans Vitrine (une vitrine vide dans laquelle chacun peut prendre place) ou Espace Meeting, une installation entre salle de maternelle (bancs de couleurs vives, petite taille des sièges) et lieu de réunion politique (estrade surplombée d’un pupitre, lui aussi ridiculeusement petit). Enfin, L’Ombre (de moi-même) se charge de synthétiser avec grâce et réussite quelques-unes de ces qualités en disposant, via un pochoir en gélatine, une ombre portée d’un homme dans le prolongement de son costume vide. Touchante et captivante, cette œuvre se pare aussi d’une infime nostalgie, comme si Ramette ne se reconnaissait déjà plus dans l’époque actuelle.

François Bousquet
le 20/02/2008

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