Incendies

 auteur

Wajdi Mouawad

 metteur en scène

Stanislas Nordey

 date

du 08/10/2008 au 02/11/2008

 salle

Théâtre de la Colline,
Paris

 appréciation
 tags

Théâtre de la Colline / Wajdi Mouawad

 liens

Théâtre de la Colline

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Vue il y a cinq saisons, Incendies est cette pièce de Wajdi Mouawad dans laquelle l’écrivain narre, dans une forme épique et romanesque, l’histoire de Nawal, femme de 60 ans, qui, à son décès, demande à ses enfants, jumeaux d’une vingtaine d’années, de partir à la recherche de leur père et de leur frère, jusqu’alors inconnus d’eux. Mis en scène par l’auteur lui-même à sa création, le spectacle nous avait marqué au point que nous étions bien incapables de le relater sur ces pages, de peur de trop en dire quant à son dénouement ou de ne pas être suffisamment convaincant. Une nouvelle mise en scène, œuvre cette fois-ci de Stanislas Nordey, constitue l’occasion d’enfin s’arrêter sur l’épopée de Jeanne et Simon.

Alors que nous étions donc ressortis sous le choc d’un propos brassant les thématiques chères à Mouawad (guerre, exil, mort, filiation et autres liens familiaux) en 2004, la vision de Nordey nous permet de nous attarder sur d’autres aspects, connaissant déjà l’argument et sa résolution finale. Sans se prêter au petit jeu un peu stérile des différences entre les mises en scène, il faut cependant noter que tandis que celle de Mouawad se faisait assez explicative (via les décors et tenues, par exemple), celle de Nordey montre davantage de déférence vis-à-vis d’un texte qu’il n’a pas écrit. Le Français choisit ainsi délibérément de mettre cette langue en avant, quitte à en laisser apparaître certaines fêlures à l’image de ces répétitions récurrentes ou de l’avance narrative donnée au spectateur par rapport aux protagonistes. L’habileté de l’écrivain éclot néanmoins, capable de mêler grande Histoire et itinéraires personnels ou de repousser au dernier instant le risque du lyrisme, voire de l’émotionnant. De fait, alors que le goût du sacrifice de certains rôles, les rebondissements au sein de la guerre ou les différents événements de cette tragédie familiale pourraient faire basculer l’ensemble dans le pathos, Mouawad s’en écarte en introduisant une dose de burlesque, notamment via le personnage bouffon du notaire Hermile Lebel.

La mise en scène favorise donc la concentration sur la parole de comédiens qui évoluent sur un plateau nu (charge au spectateur de se figurer qu’ils sont dans un bureau de notaire, un camp de réfugiés, une tente dans le désert ou un cimetière) et vêtus de costumes quasi intemporels (hormis un simpliste jeu sur le noir et le blanc destiné à bien nous faire comprendre qui sont les personnages évoluant dans le présent - en blanc - et ceux dont l’histoire est relatée en flashes-back - en noir -). Malheureusement, ce parti pris s’accompagne d’une direction d’acteurs peu probante, poussant les intéressés au déclamatif et à l’adoption d’une unique posture corporelle : avant-bras écartés, mains sentencieuses et gestuelle paraissant mimer leurs propos. Seule Véronique Nordey, dans le rôle de Nawal à 60 ans, parvient à s’extraire de ces indications de jeux et à donner une pleine profondeur au monologue du témoignage au procès. Si l’on ajoute quelques facilités évitables (les nombreux extincteurs entourant le plateau, prêts à éteindre les « incendies » du titre ; les coups de gong qui scandent le passage d’une scène à l’autre), on ressort plutôt sceptique quant à cette mise en scène. Cependant, pour qui ne connaît pas encore l’œuvre de Wajdi Mouawad ou n’a pas encore vu ou lu Incendies, elle s’avère loin d’être honteuse.

François Bousquet
le 18/02/2009

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