Présences Electronique 2009 : Mika Vainio / EriKm + FM Einheit / Thomas Ankersmit / Cor Fuhler / Sachiko M / Christine Groult

 date du concert

14/03/2009

 salle

Le 104,
Paris

 tags

Cor Fuhler / eRikm / Festival Présences Electronique 2009 / FM Einheit / Le 104 / Mika Vainio / Pan Sonic / Sachiko M. / Thomas Ankersmit

 liens

Pan Sonic
eRikm
Mika Vainio
Le 104
Thomas Ankersmit
FM Einheit

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On entame la deuxième journée du festival avec la soirée de 20h, peu motivé à l’idée d’aller voir Kernel à 16h, un trio formé par Kasper T. Toeplitz, Eryck Abecassis et Wilfried Wendling.

La soirée débute avec Christine Groult du GRM. Elle propose une pièce nommée Étincelles qui est à l’origine une commande de l’Institut Curie, et inspirée par un siècle d’histoire de la radioactivité. Voila pour la théorie. On sera assez surpris par le résultat puisque le rapport entre cette musique et la radioactivité était a priori plutôt éloigné, mais ce n’est pas une critique. Christine Groult délivre une musique toute en finesse, largement composée de sonorités métalliques, tintements et résonances de ce que l’on pensera être des bols tibétains, quelques nappes glacées, et régulièrement des gazouillis aquatiques. Une pièce alternant calme et tensions, des pages que l’on tourne de plus en plus rapidement jusqu’au déchirement abrupte pour repartir sur d’autres bases. Une pièce invitant au silence, au recueillement, à l’écoute. On n’y coupe pas, à chaque fois que c’est une femme qui compose dans une registre a priori difficile, on nous parle de poésie, de sensibilité. On aurait bien aimé éviter ce genre de cliché sexiste, mais une fois encore il y a dans cette musique ce petit plus fort appréciable.

On passe ensuite à Sachiko M, l’exception à la règle que l’on vient d’énoncer. Une artiste dont on apprécie la démarche sans forcément être adepte de sa musique. Mais ce soir plus que jamais cette distinction prenait toute son importance. Sachiko arrive sur scène, pose son sac à main, s’assoit délicatement, ajuste sa coiffure et s’apprête à commencer son set. Silences... clics.... clacs... silences.... Cela fait quelques années que l’on suit le travail de la Japonaise, pas de véritables surprises pour nous vis à vis de ce minimalisme extrême. Plus tard on retrouve ses sifflements stridents, ses chants sinusoïdaux qui peuvent paraitre agressifs. Cela fait partie intégrante de son œuvre et d’une vague d’artistes japonais, improvisateurs électroniques avec en tête Toshimaru Nakamura.
Mais ce soir apparemment toute la salle ne lui était pas acquise, et il faudra qu’une personne lâche un "Mais arrêtez ça !!!" ou équivalent. Il se trouve que juste à ce moment, Sachiko M arrête son sifflement aigu. Silence sur scène, bruits dans la salle, commentaires à l’encontre de la personne dérangée par la musique. Et puis Sachiko relance son sifflement strident, rires dans la salle. On est en effet tenté de prendre cette reprise comme une véritable provocation, d’autant plus que les concerts de l’artiste sont généralement improvisés. On entendra alors quelqu’un quitter la salle, puis le sifflement s’arrêtera. Clics... silences... clac clac.... pour finir par un tonnerre d’applaudissements, comme si les fans voulaient combler le silence de ceux qui n’applaudissaient pas. Sachiko éteint ses machines, reprend son sac à main, et repart comme si de rien n’était, avec tout de même un petit sourire pincé, peut-être bien contente d’avoir semé la zizanie. Ce genre de concert soulève des questions sur le rapport de l’artiste au public, de la représentation et de la perception, mais on pourra aussi réfléchir à l’engagement qu’il y a à jouer ce type de set dans un festival organisé par une institution. Un petit détail : François Bayle qui dirigea le GRM pendant de nombreuses années était présent ce soir, mais ne délivra aucun applaudissement après le set de Sachiko M.

Pas le temps de vraiment tergiverser sur la prestation de la Japonaise, Cor Fuhler prend le relais. On avait très envie de le voir il y a quelques mois aux Instants Chavirés, et nous l’avions raté, peut-être même pour une mauvaise raison. Séance de rattrapage donc, mais pas tout à fait. Cor Fuhler se produisait au piano préparé, loin au milieu de la scène, jouant de son instrument en produisant des sons que l’on pouvait parfois trouver synthétiques, disposant de nombreux objets sur les cordes pour en modifier le rendu, s’amusant avec des minis ventilateurs venant frotter les cordes, frappant celles-ci avec de petits maillets, bref a peu près toute la panoplie y passera et on assistera à ce défilé de techniques plus qu’à un concert de musique. De plus, vu le procédé, la spacialisation était ici inexistante, et lorsque le set prendra fin on se dira que c’était certainement le genre de concert que l’on aurait adoré aux Instants Chavirés mais qui ici nous ennuya profondément.

On se consolera donc avec Thomas Ankersmit qui débutera la deuxième partie de soirée. On ne connaissait pas le monsieur et ce fut du coup l’une de nos grosses découvertes du festival. Le Néerlandais est caché derrière deux grosses boites qui semblent être des synthétiseurs et effets analogiques, avec à ses côtés les classiques laptop et table de mixage. Son set démarre à toute vitesse, avec un son ultra dense et riche, ça fourmille de sonorités variées que l’on n’a de toute façon pas le temps d’assimiler pour former un magma sonore à la fois mélodique et rythmique dans la mesure où l’on sent un tempo. On est un peu gêné par une gestuelle très marquée, nerveuse, et l’on pense à Oval tant par l’attitude que par la composition musicale.
Son set est relativement varié, continuant avec une accumulation de nappes et crépitements, une accalmie douce et concrète, et un final électronique composé de sonorités acoustiques, des boucles de saxophones légèrement triturées. Thomas Ankersmit se lève, prend alors son saxophone, et vient ajouter une dernière strate, à peine audible, perdue dans la masse, jusqu’à ce que les enregistrements diminuent et laisse l’artiste finir en solo acoustique. De toute beauté !

Du à un petit changement de programme, c’est Mika Vainio qui poursuit. Si le Finlandais nous l’a jouée fashion avec sa chemisette ajustée et son gilet en laissant sa casquette aux vestiaires, sur scène le matériel n’a pas changé. Mika Vainio prend place et lance tout de suite ses textures bruitistes. C’est un fait, sa musique est nettement plus expérimentale que sous le duo Pan Sonic, reprenant les mêmes sonorités mais avec une certaine recherche d’abstraction. On sera servi ici avec dans un premier temps un enchevêtrement de basses ronronnantes et textures granuleuses avec lequel on aura beaucoup de mal. Croisement entre noise et musique contemporaine. Les rythmiques apparaîtront un peu plus tard, grosses masses arides joliment déconstruites, mais on trouvera toujours qu’il manquait quelque chose. On terminera ce set partagé entre le fait de préférer la musique du finlandais sur disque et le duo Pan Sonic sur scène qui pour le coup est une véritable expérience physique.

Après un nouveau changement de matériel plutôt original, c’est donc au tour de eRikm et FM Einheit. On ne s’étendra pas sur le premier dont nous parlons assez régulièrement quant à FM Einheit, de son vrai nom Frank Martin Strauß, il s’agit de l’un des membres fondateurs de Einstürzende Neubauten et par la même, un des pionniers de la scène indus. D’où l’installation qui fut un spectacle en elle-même avec énorme ressort métallique, parpaings, plaque de métal, marteau et perceuse pour tout instrument. Le résultat est par contre sans grande surprise, eRikm nous fait son habituel show de platiniste alignant scratchs et bribes musicales, percussions jungle aussi, et là dessus l’Allemand produit du bruit, qu’il soit rythmique, textures ou pur vacarme au milieu d’un nuage rosé de briques concassées. Parfait pour terminer une soirée qui, avec Sachiko M fut plutôt "rock’n roll" !

Fabrice ALLARD
le 18/03/2009

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