Passion selon Jean

 auteur

Antonio Tarantino

 metteur en scène

Sophie Loucachevsky

 date

du 22/09/2007 au 21/10/2007

 salle

Théâtre de la Colline,
Paris

 appréciation
 tags

Antonio Tarantino / Théâtre de la Colline

 liens

Théâtre de la Colline

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Rarement mis en scène en France (hormis son Stabat Mater monté par Stanislas Nordey en 1998), Antonio Tarantino a débuté sa carrière comme designer et peintre avant de s’attacher à l’écriture dans les années 1990. Deuxième volet d’une tétralogie intitulée Quattro atti profani, Passion selon Jean met aux prises, dans le cadre d’un asile de fous récemment transformé en hôpital psychiatrique par la loi Centottanta de 1978, un aliéné et un infirmier, Jean.

Misant majoritairement sur la référence mythique et religieuse, l’auteur italien fait de son héros un illuminé qui se prend pour « Lui » tandis que le garde-malade agit tel un ange gardien, l’accompagnant à la caisse des pensions et retraites, lui servant à boire et le bordant dans son lit. Plongé dans une schizophrénie pathologique, Moi-Lui se perd dans sa propre logorrhée, répétant les mêmes bribes de phrase et s’adressant à un entourage imaginaire. À ses côtés, Jean (un prénom tout sauf innocent, de toute évidence) présente, au tout début de la pièce, un discours plutôt maîtrisé mais, peu à peu, va combiner apocopes et propos alambiqué. Dans le même temps, il n’hésitera pas à se déguiser en Judas ou en légionnaire romain, si bien qu’on se demande si le plus fou des deux n’est pas celui qui n’est pas censé l’être. Ressort dramatique extrêmement classique, cette inversion des rôles s’avère tellement attendue qu’on éprouve quelques difficultés à s’attacher à des personnages servis néanmoins par une interprétation qui ne charge jamais le jeu. On aurait donc préféré que Tarantino eût creusé la veine sociétale de son texte, approfondissant les passages dans lesquels il s’attaque, en creux, au poids de la religion sur la société italienne : sens du sacrifice particulièrement poussé chez Jean, influence du clergé sur le système hospitalier (l’asile est dirigé par un prieur), espoir de « sauver » chaque être humain, etc…

Heureusement, pour nous soulager d’un texte rarement à la hauteur, la scénographie fait preuve d’une certaine inventivité. Placé au milieu du plateau, le public se trouve entouré de quatre pans de décors : deux rideaux blancs sur lesquels sont diffusées des projections montrant les acteurs en extérieur (quand ils vont en voiture de la caisse des pensions et retraites à l’hôpital, par exemple) et deux espaces représentant la caisse des pensions et retraites et l’hôpital. Passant d’un lieu à l’autre et obligeant ainsi les spectateurs à pivoter sur leurs petits bancs, les comédiens interagissent également avec des écrans de télévision disposés entre chaque pan du décor. Si on fut moins convaincu par l’opportunité d’amplifier les voix (d’autant plus qu’il est rarement fait appel à une spatialisation du son), la mise en scène de Sophie Loucachevsky permit donc à la pièce de rattraper un peu la déception engendrée par l’écriture d’Antonio Tarantino.

François Bousquet
le 09/10/2007

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