Warp 20 : Aphex Twin / Plaid / Leila / Clark

 date du concert

09/05/2009

 salle

Cité de la Musique,
Paris

 tags

Aphex Twin / Cité de la Musique / Clark (Chris Clark) / Hecker / Leila / Plaid / Warp

 liens

Aphex Twin
Plaid
Clark (Chris Clark)
Hecker
Warp
Cité de la Musique

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L’anniversaire du label Warp était un peu un passage obligé pour nous tellement celui-ci a été marquant dans les années 90, ouvrant la porte à de nouveaux styles, donnant la possibilité à d’autres musiques électroniques, non dansantes, de trouver leur public. On ne va pas revenir ici sur l’historique du label, ce n’est pas le sujet. Il est vrai que l’on ne parle plus trop de Warp sur ces pages, en particulier depuis son ouverture à d’autres styles musicaux, plus forcément électroniques. En même temps, ce n’est plus vraiment la peine qu’un petit webzine parle de ce label connu et reconnu, ce n’est plus notre "mission". Mais nous parlerons de cette soirée en tant que telle, avec un retour aux premières heures du label alors que la veille des signatures plus récentes telles que  !!! et Pivot faisaient l’affiche.

Comme tout fan qui se respecte, après avoir repéré les lieux et pris connaissance du déroulé de la soirée, un petit tour au stand merchandising sera nécessaire. Beaucoup de choses disponibles, CD, vinyles, t-shirts, affiches sur lesquels se ruent le public. Vers 21h45 on se dirigera vers la salle de concert où Leila devait ouvrir la soirée. Léger retard pour le début de la prestation, mais dans l’ensemble l’organisation de la soirée était parfaite. Les lumières s’éteignent et Leila prend place derrière une énorme console de mixage, et derrière un paravent en verre ou plexiglas la séparant du public... Elle commence par deux titres instrumentaux qui surprennent, puisque si l’on reconnait son trip-hop alambiqué, on est en revanche sous le choc quand elle délivre des basses saturées et vrillées, violentes mais du plus bel effet. Le spectacle est total avec des projections témoignant d’un univers visuel bien particulier, que l’on pouvait déjà apprécier sur les pochettes de ses albums, et une jeune femme qui est à bloc derrière sa console de mixage. Et puis elle alterne de manière plus classique avec des chansons assurées par trois chanteurs qui se relaient pour un résultat inégal mais globalement plaisant. On le verra également plus tard avec Aphex Twin, mais sa prestation semblait adaptée pour cette date française, avec régulièrement des samples vocaux dont un discours sur le dadaïsme. Elle quittera la scène en laissant tourner une jolie boucle de basses, suffisamment longtemps pour lasser une partie du public qui quittera la salle, l’autre moitié demandant un rappel qui nous sera effectivement offert. Grosse et excellente surprise donc que ce premier concert.

Il ne faudra pas attendre longtemps pour le changement de plateau, tout au plus un quart d’heure avant que Plaid ne prenne place. En tout cas pas assez pour faire la queue aux caisses pour acheter des tickets puis faire la queue pour prendre une bière et la boire afin de pouvoir de nouveau rentrer dans la salle. Que faut-il attendre aujourd’hui d’un concert de Plaid ? En quoi le nombre de fois qu’on les a vu influe sur notre jugement ? Difficile à dire, mais nous avons déjà boudé leurs derniers concerts parisiens et nous étions du coup plutôt content de voir ce qu’ils devenaient. Malheureusement on a l’impression que ce concert était là pour nous rappeler pourquoi on n’avait pas fait le déplacement au Point Éphémère en 2006 en particulier. Ici aucune place pour l’imprévu, tout est carré, millimétré, le duo joue ses morceaux sans même essayer de les enchainer. On retrouve au début leurs sonorités synthétiques et franches, l’electronica mélodique qui a fait leur succès, un joli mais peu aventureux mélange de rythmiques métalliques perçantes et de nappes féériques, des sonorités ou même des mélodies à consonances orientales qui fonctionnent plutôt bien, tout en étant assez vite lassant. Au niveau visuel aussi on a été habitué à mieux avec un groupe qui a produit d’excellents clips dans le passé mais qui ici se contente d’effets kaléidoscopique à la Geogaddi et autres psychédélisme.
Et puis au fil du concert les mélodies se font plus discrètes, jusqu’à quasiment disparaître au profit de rythmiques plus hachées et plus dures. Bizarrement on a le sentiment qu’ils préparent le terrain pour Aphex Twin qui doit suivre ou qu’ils s’adaptent à un public, de toute évidence venu voir le Maître. D’ailleurs derrière nous des fans fous-furieux hurlent "Tu te rends compte ? Dans 20mn... APHEEEEX !!!!" ou encore "Attends... C’est lui là ? Ah non, ça y ressemble mais c’est pas lui" alors que Plaid jouent les dernières minutes d’un set qui nous laissera une impression en demi-teinte.

Ce qu’on aurait du dire a nos chers voisins fans d’Aphex, c’est qu’on était pas en boite de nuit, qu’il s’agissait de concerts, et que donc toutes les lumières se rallumaient pour le changement de plateau. Les musiques électroniques semblent avoir complètement perturbé le rapport des spectateurs à la musique live. Pendant le changement de plateau on esquissera un petit sourire en entendant un de nos voisins dire à ses amis "Rhaaaa... ça m’énerve, c’est plein de geeks ici !!!" et on comprendra que le geek des années 2000 est le trainspotters des années 90. Petit hic dans l’organisation ensuite puisque si tout le monde venait voir Aphex Twin, tout le monde ne pouvait pas rentrer dans la salle de concerts. En effet, une rediffusion était prévue simultanément dans la salle attenante qui était en fait le hall d’entrée, de quoi énerver un peu une partie du public.
C’est vers 0h45 que les lumières s’éteignent et qu’Aphex Twin entre en scène avec Florian Hecker que tout le monde aura vite oublié. Le set commence avec de grosses nappes, une musique ambient des premières heures d’Aphex Twin. On est un peu sur le cul de le voir jouer ça alors que tout le monde attend son breakcore acide et on se met à rêver d’un set entièrement ambient, de fans déchainés, et Aphex qui quitterait la scène en faisant un gros doigt à la salle. Rock’n roll quoi, c’est un peu comme ça qu’on l’imagine, non ?
Oui mais non. Aphex Twin est presque devenu un produit marketing, une marque, et à ce titre se doit ou se sent obligé de remplir certaines obligations quitte à le faire avec un certain panache. Les rythmiques font donc leur apparition, d’abord dans un style acid-house avec ces petites basses filtrées, tandis qu’au niveau des visuels défilent des couvertures du magazine Hara Kiri avec parfois un humour scato qui fonctionnera pas mal. C’est aussi à ce moment que l’on remarquera que le son est spacialisé, avec à l’arrière de régulières interjections bruitistes que l’on attribuera au pirate sonore autrefois chez Mego : Hecker. Et puis logiquement le ton se durcit pour devenir véritablement techno et/ou acid, et on se dira par moment que c’était peut-être pas la peine de faire venir Aphex Twin pour ça, mais par moment ressurgissaient quelques mélodies typiques de l’electronica warpienne du milieu des années 90, juste ce qu’il fallait pour être aux anges et véritablement heureux de le voir en live.
Très vite les visuels ne tournent plus que sur la tête d’Aphex Twin qui devient un véritable objet, trituré dans tous les sens, d’abord des images 2D d’un sourire carnassier qui se distordent au gré du tempo, puis une modélisation 3D sommaire pour finir par une tête complète qui éclatera complètement lorsque le set virera breakcore, nous permettant de voir à l’intérieur du crâne de ce grand malade. La dernière demi-heure est donc véritablement breakcore, un véritable déluge de rythmiques et sonorités bruitistes pour nous éclater la tête à nous aussi, une explosion d’artifices visuels et soniques sur des images mêlant scatophilie (cette fois sans le moindre humour), corps humain dépecé et vidé de ses entrailles, yeux arrachés. Quand les rythmiques cessent, une longue texture bruitiste prend le relai pour un parfait final à vous vriller les tympans, là aussi très certainement le fruit de Hecker.
Après 1h30 de concert, on sortira de là abasourdi, et au final bien content de ce concert qui résumait on ne peut mieux, comme seul Aphex Twin pouvait le faire, les 20 ans du label.

Après ça, on prendra le temps de faire une petite pause, bien méritée, mais on se bougera encore pour aller voir Clark (anciennement connu en tant que Chris Clark), un artiste un peu dénigré par les fans du label de la première heure, certainement parce que oui, il n’a rien inventé et ne fait que creuser le sillon créé par Autechre et Plaid. De notre côté on aime bien ce mélange de mélodies qui font mouche et de rythmiques un peu plus abrasives que chez Plaid, hyper dansantes aussi. Ça tombe bien, quand on retourne dans la salle de concert on est surpris par le nombre de personnes. Tout le monde est parti, la piste est à nous, et Clark délivre exactement ce que l’on aurait aimé voir de Plaid. De la place pour bouger, tout le monde danse, ceux qui sont là ne ressortent pas, et petit à petit, au fur et à mesure que les spectateurs reprennent leurs esprits suite au concert d’Aphex Twin, la salle se remplit de nouveau et Clark assurera comme un chef pour nous laisser sur une note à la fois festive et légère.

On ne suivra la suite que de loin, puisqu’il y avait encore Flying Lotus et Hudson Mohawke, mais on aura prochaine l’occasion de revenir sur ces derniers qui se produiront aux Siestes Electroniques toulousaines.

Fabrice ALLARD
le 13/05/2009

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