Étrange Festival 2002

 réalisateur

Masaru Konuma

Takashi Miike

 date

du 28/08/2002 au 10/09/2002

 salle

Forum des Images,
Paris

 tags

Forum des Images / Masaru Konuma / Takashi Miike

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Forum des Images

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28 Août, Ouverture du festival

Séance d’ouverture : Ichi the Killer, de Takashi Miike. L’auditorium du Forum des images est comble pour l’ouverture du festival. Takashi Miike n’est pas là (il doit sûrement tourner un de ses 4 ou 5 films annuels), mais a concocté un petit message - sur le mode des photos d’identification judiciaire - pour présenter son film, ou il s’excuse par avance s’il nous ennuie, mais que lui par contre ne s’est pas ennuyé lorsqu’il a fait ce film. Et on comprend bientôt pourquoi, car le film s’avère extrêmement jouissif et amusant. Un gang de yakusas, emmené par Kakihara (interprété par Tadanobu Asano), est à la recherche du tueur de leur chef dans Shinjuku.

Les personnages sont des brutes, qui se livrent au pires tortures sur leurs adversaires, et pourtant toute la violence est désamorcée par l’aspect ridicule des tueurs, leurs manies masochistes, et les trucages volontairement outranciers. Les figures traditionnelles des films de yakusas ne sont jamais à la hauteur de leur réputation, le tueur est hanté par ses crimes et pleure en les commettant, les actes de cruauté du grand frère du gang ne lui sont pas dictés par un code d’honneur, mais par la recherche du plaisir... La musique est signée par Yamataka Eye et Yoshimi des Boredoms, et leur rock technoïde speedé contribue à l’excellent rythme du film.

29 Août

En Cinquième Vitesse, de Tinto Brass Présenté dans le cadre de l’hommage à Jean-Louis Trintignant, ce film fait partie de la petite série de polars pop réalisés par Tinto Brass à la fin des années 60. Trintignant y interprète un homme qui enquête sur la mort du père d’une jeune fille qui lui a tapé dans l’oeil, jouée par Ewa Aulin, qui affiche tout le long du film sa mine mutine.
C’est un film léger, moins déshabillé que les productions postérieures de Tinto Brass, plus joyeux que Action, tourné 10 ans plus tard et qui raconte aussi des histoires de courses poursuites dans Londres. Tout est occasion de faire des clins d’oeil à ses références, tant dans le décor, ou abondent affiches psychédéliques ou pop-art et disques de l’époque, que dans la mise en scène, où le film renvoie principalement à Blow Up de Antonioni, mais aussi au voyeurisme d’Hitchcock (référence récurrente chez Tinto Brass), ou bien de manière plus anecdotique quand les acteurs rejouent telle scène d’un autre film.

Carte blanche Lucile Hadzihalilovic

Good Boys Use Condoms, de Lucile Hadzihalilovic.
Film publicitaire pour l’usage des préservatifs, un homme fait l’amour avec deux jumelles, et n’oublie pas de changer de préservatif en changeant de partenaire. Sur cet argument sommaire, Lucile Hadzihalilovic filme ses comédiens de manière clinique dans une chambre d’hôtel fanée. Avant le film, elle déclarait avoir au départ voulu faire quelque chose d’érotique, mais que finalement c’était autre chose, et bien ce n’était pas peu dire. Mais du coup, surtout grâce au dédoublement des corps des jumelles, le film atteint une autre dimension.

Asparagus, de Suzan Pitt.
Film d’animation de Suzan Pitt, expérimental, avec l’asperge comme métaphore phallique, est un très bel objet étrange, où les images sont portées par la musique de Richard Teitelbaum, interprétée par Takehisa Kosugi ou Steve Lacy.

La Résidence, de Narcisso Ibanez Serrador.
La directrice d’un collège de jeunes filles mène ses pensionnaires à la baguette (ce n’est pas qu’une image). Mais des meurtres sont commis... La rencontre entre les décors gothiques et une atmosphère latine rappelle certains films de Jess Franco. Cependant ce film-ci est moins explicite, pas de jeunes femmes dévêtues, mais en montrant moins, cela ne fait qu’accroître la tension. Chaque moment de la vie quotidienne est érotisé (à la salle de danse, au cours de broderie), ce qui contribue a l’ambiguïté du film. Enfin les cinéphiles peuvent y compter plusieurs références au Psychose de Hitchcock.

31 Août

Beaucoup de monde en ce samedi soir pour voir le nouveau film de Johnnie To, réalisateur l’an passé du très remarqué The Mission. Malheureusement, on comprit dès le début de la projection que la queue jusqu’au pied de l’église Saint-Eustache était loin d’être justifiée ; en effet, Fulltime Killer n’est rien d’autre qu’un énième film de gunfights ultra-formaté et prêt à être exporté. Autour d’une fumeuse histoire de duel entre deux tueurs à gage pour la symbolique couronne de meilleur tueur asiatique, ce ne sont que ralentis maniérés, accélérations de caméras apprêtés, clins d’œil limite putassiers (Léon, Crying Freeman, Le Samourai) et effets répétés. Combien de fois a-t-on déjà vu deux gangsters se tirer dessus au ralenti avec pour bande sonore un opéra de Rossini ou l’Aria de Bach ?
Côté scénario, le double retournement final, ultra-prévisible et des trous dans la narration masque malheureusement quelques efforts louables. Cela dit, le tout est diablement efficace et on ne pourrait reprocher à Johnnie To de vouloir suivre les juteuses traces de John Woo ou Tsui Hark.

2 Septembre

La soirée sera consacrée à un des maîtres du cinéma gore, Heschell Gordon Lewis, l’un des inventeurs du genre avec Blood Feast au début des années 60. Après avoir tourné pendant plus d’une décennie des films à petit budget, il s’était orienté au début des années 80 vers une carrière de professeur de marketing, animant des stages en entreprise... Il est revenu depuis peu au cinéma, en tournant la suite de Blood Feast, film devenu culte entre-temps.

Blood Feast 2
Première mondiale, le film n’ayant été montré auparavant que dans un montage préliminaire en Ecosse au printemps. C’est l’histoire d’un épicier qui, sous l’influence d’une statue égyptienne, se met à dépecer les habitants d’une petite ville américaine. Au début l’alternance de scènes "pour donner un semblant d’histoire" et de scènes d’étripages sanguinolents fait un peu passage obligé, comme dans les films érotiques. Puis cette accumulation de sous-culture américaine, de gloutonnerie alimentaire, et même un défilé de lingerie, font passer le film dans une autre catégorie. Il n’y a même pas de dénonciation ou quoi que ce soit d’ironique, le film semble tout simplement rassembler plusieurs éléments dans le but de faire plaisir à son public. Et c’est plutôt rafraîchissant.

She-devils on wheels (Les bikeuses maléfiques)
Datant des années 70, ce film poursuit la mode des films de motard en inversant les rôles : ici ce sont les femmes qui rouleront des mécaniques, et les hommes seront soumis, potiches destinées à la détente. Heschell Gordon nous explique avant le film que pour faire le casting, il n’a pas essayé d’apprendre à des comédiennes comment faire de la moto, mais a préféré recruter des vraies motardes, qui pouvaient venir avec leur propre moto. Et cela va conditionner toute la suite des événements. A première vue, bien que ne durant qu’1h23, le film est long, sans rythme, et mal interprété. Les bikeuses sont comme des ménagères qui rouleraient des épaules pour avoir l’air de dures, plusieurs accolades viriles tombent a plat. On voit très bien ce que le film aurait pu donner avec de vraies actrices, qui auraient su incarner parfaitement des amazones motorisées.
Au final, on est finalement content de cette voie détournée : leurs manières maladroites donnent un supplément de vérité au film, d’une part parce que les moments stéréotypés renforcent les passages mieux interprétés, et surtout parce que dans la vraie vie, un gang de bikeuses, ça doit aussi être des femmes qui font semblant, qui ne sont pas sures d’elles. Du coup ce qui apparaissait comme des longueurs devient une étude détaillée des relations de force au sein du groupe, et des efforts de chacune pour être à la hauteur. Ça n’a rien à voir, mais le générique (écrit par Lewis lui même) Get Off The Road préfigure les Slits ou les riot-grrrls, dans une version campagnarde, sous Rétaline.

3 Septembre

The Big Bird Cage (La Prison des Sévices) de Jack Hill
Jack Hill fait partie des dix metteurs en scène célébrés à l’occasion du 10e anniversaire de l’Etrange Festival. Il a donc programmé deux films, le classique L’enfer est a Lui de Raoul Walsh dans sa carte blanche, et un de ses propres films, qui n’avait pas connu de sortie française dans les années 70. Au passage, on peut se réjouir de voir à l’occasion du festival les copies personnelles que les réalisateurs amènent dans leurs bagages, souvent uniques, même si dans le cas de ce soir, s’agissant d’un film d’exploitation, on peut imaginer que d’autres exemplaires existent - mais dans quel état ?
The Big Bird Cage est une suite du film à succès que Jack Hill avait tourné en 1971 : The Big Doll House. On y retrouve l’univers de la prison de femmes (traité sur un mode plus léger) et deux acteurs enthousiasmants : Pam Grier et Sid Haig. Pam Grier est une pasionaria généreusement débraillée dans les scènes de bagarre dans la boue (et le film n’en est pas avare, c’est une de ses grandes qualités), et Sid Haig un révolutionnaire joli coeur, qui utilise son charme pour séduire les gardiens de la fameuse prison.

4 Septembre

La deuxième semaine du festival commence, et on sent une montée en puissance avec le début des rétrospectives consacrées à Kim Ki-Duk, jeune cinéaste coréen qui avait déjà connu une distribution française pour son film L’Ile, et Masaru Konuma, réalisateur japonais de films érotiques dans les années 70.

Crocodile, de Kim Ki-Duk
Crocodile est un marginal qui vit sur les bords d’une rivière, en compagnie d’un vieil homme et d’un enfant. Il gagne un peu d’argent en récupérant les portefeuilles de personnes qui se suicident en se jetant du pont à côté. Les choses changent quand il sauve une jeune femme qui vient de sauter à l’eau. C’est le premier film de Kim Ki-Duk, et pourtant cela ne donne pas l’impression d’un film d’apprentissage. De solides partis-pris formels sont en place et il y a une attirance pour le plan marquant. En même temps, la violence des personnages (relations conflictuelles, bagarres) empêche le film de devenir maniériste, les situations qui se vivent à l’écran sont suffisamment fortes pour justifier le film. Cet effet de violence est renforcé par la description de l’espace : la caméra ne montre jamais un lieu global et reste près des acteurs, la pile sous le pont semble être un espace fermé et isolé de l’extérieur. Le seul refuge de Crocodile est l’eau du fleuve.

Esclave de la Souffrance, de Masaru Konuma
Un hôtelier dont la femme est partie, enlève et séquestre ses clientes dans sa cave. Comme il l’expliquera après le film, Masaru Konuma a fait à peu près toute sa carrière à la Nikkatsu, la compagnie qui a inventé le genre du roman-porno au début des années 70 pour se sauver de la faillite. Il a pour sa part réalise 47 de ces films, souvent tournés au rythme de deux par semaine. Il nous avouera ne presque plus se rappeler du film projeté ce soir, car ces films étaient vite tournés, projetés dans la foulée, et les copies étaient ensuite perdues ou détruites. C’est d’ailleurs une copie neuve refaite pour l’Etrange Festival par la Nikkatsu qui est montrée.
Le film est marquant pour sa description psychologique des personnages, le héros allant au bout de sa cruauté envers ses victimes. Les scènes de sexe ne sont jamais des passages obligés, elles ne sont d’ailleurs jamais terminées. Trois couleurs dominent dans le film : le noir de l’enfermement, le blanc de la neige et le rouge pour la dernière cliente. Les impressions d’enfermement sont renforcées par des plans généraux et majestueux sur la montagne autour de l’hôtel. Une anecdote traduit bien l’inventivité du cinéaste : en parlant d’une scène d’un autre film ou deux chasseurs viennent d’attaquer et tuer une femme, il explique comment il se retrouve avec le problème de montrer le corps nu de la victime, car il a horreur des caches style pixel qu’utilisait la Nikkatsu, et il va utiliser un cadavre de corbeau comme cache-sexe. Ou comment une contrainte technique va aboutir à un plan marquant...

5 Septembre

Vices et Supplices de Masaru Konuma
C’est le premier film SM réalisé par la Nikkatsu et Masaru Konuma qui est présente ce soir. Un jeune homme (Katagiri) vit avec sa mère qui gagne sa vie en faisant des photos SM avec des modèles. Katagiri est un salaryman sans histoires, jusqu’au jour ou son PDG lui demande un service : soumettre sa femme. Le sujet est cette fois-ci traité de façon beaucoup plus légère que pour Esclave de la Souffrance, le réalisateur souhaite faire rire le spectateur et nous dira à la fin de la projection qu’il était très content d’y être arrivé vu les réactions de la salle. Pendant le débat qui suivait la projection, les questions étaient très orientées vers le SM, et Konuma expliqua qu’il était avant tout réalisateur de films, qu’il tournait les films qui plaisaient aux spectateurs avant tout. Il avait vu beaucoup de films dans sa jeunesse, notamment français, et qu’il y avait pris beaucoup de plaisir, et qu’il voulait en tant que réalisateur donner du plaisir aux gens. Il s’attache toujours à ce qu’il y a autour des scènes imposées, à savoir le scénario (en général inspiré de romans) et le jeu des acteurs. Il donne aussi une conclusion ambiguë à son film, car la femme n’est jamais complètement soumise, et prend ainsi sa revanche sur les hommes, pour qui le sexe devient une drogue.

6 Septembre

La Poursuite Implacable, de Sergio Sollima
Une mystérieuse organisation kidnappe l’épouse d’un directeur de prison, dans le but qu’il libère un prisonnier. Il va remuer ciel et terre pour parvenir à retrouver sa femme enlevée. Oliver Reed incarne le rôle principal, et apporte une vraisemblance rare à son personnage (le voyou prisonnier correspond plus à l’acteur bellâtre italien auquel on peut s’attendre). De plus, à l’inverse de certains films dont l’intrigue se résume en deux lignes, le concept de rebondissement prend ici tout son sens, l’histoire bifurquant sans cesse, des événements inattendus viennent ouvrir de nouvelles portes, que les personnages s’offrent le luxe de refermer (ou pas) à la scène suivante.
Cependant, le film n’arrive pas à nous conquérir complètement. Il se rapproche par certains côté de ces grands films d’action que réalisait Henri Verneuil à cette époque, avec ses passages obligés dans des paysages de montagne et plusieurs villes européennes. Enfin la musique (de Ennio Morricone) s’avère un peu planplan, la chanson de générique (qui revient plusieurs fois) brasse les grands concepts d’amitié, de bien et de mal sur une musique mièvre par exemple.

Real Fiction, de Kim Ki-duk
Un jeune homme qui a souvent été humilié, entreprend de se venger de ceux qui l’ont bafoué. Kim nous plonge dans un univers semi-réel à la suite de son héros, nous invitant à nous interroger sur ce qui est vrai ce qui ne l’est pas, ce qui peut arriver et ce qui arrive effectivement. Mais le film dure longtemps et se répète, et on a hâte que cette vengeance soit terminée pour passer à autre chose. A l’origine, Kim voulait faire une expérience, puisque le film a été tourné en 3h30 pour une durée finale de moins de deux heures. Pendant une semaine auparavant, les acteurs et l’équipe technique avait répété les différentes scènes. Son but était de se rapprocher de l’ambiance d’une pièce de théâtre, en forçant la tension de l’équipe à rester soutenue tout le long de la performance. Au final, peu transparaît à l’écran, l’acteur principal pratique en fait un sous-jeu inexpressif, et l’effet du temps au cours du film ne transparaît pas sur lui.

7 Septembre

Address Unknown, de Kim Ki-duk
Les trajectoires de trois jeunes gens vivant dans un village à proximité d’une base américaine. L’un d’eux est un métis né d’un père soldat américain, un autre est un jeune homme renfermé, amoureux de la troisième, une jeune fille qui a perdu un oeil dans un accident. Le film s’attache à dépeindre la vie souvent conflictuelle du village, la violence des relations étant souvent exacerbée par la présence des soldats américains, et le souvenir de la guerre contre d’autres coréens.
Kim n’hésite pas à dépeindre des situations sordides, et cette manière d’aller au fond des choses sauve son cinéma d’un côté trop "artiste", car la violence du sujet transcende les plans qui semblent trop écrits. Il gagnerait sûrement encore à ne pas accompagner des images qui se suffisent à elles-mêmes d’une musique triste pour mieux signifier ce qu’il veut dire. Mais il réussit par contre parfaitement à décrire l’absurdité de la présence des américains quand une jeune fille revenant du lycée croise un commando en tenue de camouflage à l’entraînement. Dans la discussion qui suivit le film, Kim expliquait en partie le système visuel de ses films, ou il assigne une couleur et un animal à chacun des personnages, reproduisant les événements qui arrivent au maître sur son chien, par exemple.

8 Septembre

Birdcage Inn de Kim Ki-duk
Ce film de 1998 illustre la lutte entre les différentes classes sociales en Corée, ici entre une prostituée et la famille qui l’emploie et tient l’hôtel, notamment la fille. La prostituée est une jeune femme qui arrive chez ses employeurs un tableau sous le bras : elle est aussi artiste, et fuit son amant qui vit à ses crochets. Ce film est moins violent que d’habitude, peut-être parce que le rôle principal est tenue par une femme. Le film est très beau plastiquement, le gris de la mer et de la zone portuaire où se déroule l’action est illuminé par le bleu des vêtements de l’héroïne, et de l’auberge (d’ailleurs le titre coréen du film est La Porte Bleue).
En voyant ces paysages de bord de mer, on a repensé aux Garcons de Fengkuei de Hou Hsiao-Hsien. On retrouve le goût de Kim pour les plans étrangement beaux, par exemple un fauteuil et une télévision à demi enterrés dans le sable de la plage, et l’héroïne qui vient s’installer dans ce salon improvisé. Mais ce qui fait peut-être de Birdcage Inn son plus beau film, c’est la retenue avec laquelle il dépeint les relations entre ses personnages, la quête d’amitié de la prostituée, la gêne de la fille de la maison, les hommes qui ne savent pas parler aux femmes et n’arrivent à s’exprimer que par la violence et l’argent.

La Ronde de Masaru Konuma
C’est un des derniers films de la série roman-porno de la Nikkatsu, tourné en 1986 à l’occasion des fêtes de fin d’année. Le ton est donc léger, le film se devait d’être consensuel et il y en a pour tous les goûts (lycéenne et personnes âgées, infirmière et docteur, actrice et réalisateur, SM...). Le film suit le principe de La Ronde de Max Ophuls (ce thème est imposé par la Nikkatsu), une suite de tableaux reliés par un personnage. Konuma le reconnaîtra lui-même à l’issue de la projection, ce n’est pas un des meilleurs films qu’il ait réalisé. Il y a trop de passages obligés pour qu’il puisse être inventif.

9 Septembre

A Snake of June est le dernier film de Shinya Tsukamoto. Il raconte l’histoire d’un voyeur qui s’immisce dans la vie d’un couple, perturbant la femme puis l’homme. Le film se passe sous la pluie, tourné en noir et blanc un peu bleuté, à Tokyo. Pour Tsukamoto, cette omniprésence de la pluie symbolise la vie dans la ville, et il souhaitait réintroduire de la vie dans les cités déshumanisées.
La caméra s’attarde souvent en gros plans sur des fleurs et des escargots. Le monochrome bleuté renforce la beauté des images, la caméra est souvent très près des acteurs, notamment du visage. Tout cela donne un aspect clinique au film, et évoque aussi l’image obtenue avec les caméras de surveillance. C’est Shinya Tsukamoto lui-même qui joue le voyeur dans le film. Après un debut ou il aborde les thèmes habituels du voyeurisme au cinéma, le film bascule, alterne les points de vues, devient joycien quand il montre les pensées des personnages.

Pistol Opera de Seijun Suzuki
Le dernier film de Seijun Suzuki reprend l’argument de "la marque du tueur", une compétition entre tueurs à gages pour devenir le numéro un, le personnage interprété par Joe Shishido dans la première version étant aujourd’hui une tueuse, surnommée Stray Cat, n°3 au classement. Mis à part l’histoire et quelques références (quand l’héroïne rencontre un tueur à la retraite qui se met à réclamer ’des femmes et l’odeur du riz qui cuit’, les seules choses qui calmaient le héros de la première version), les deux films sont assez dissemblables.
Pistol Opera est une succession de tableaux colorés et oniriques, qui rappellent les films de Shuji Terayama et de l’Art Theater Guild dans les années 60 : les décors sont étranges, certaines scènes dans un musée des horreurs donnent un aspect surréaliste au film, les couleurs sont vives et tranchées, les acteurs adoptent des poses théâtrales. Le personnage principal est en fait double, ou triple : la tueuse est suivie d’une petite fille qui est sa voix enfantine, qui veut jouer au pistolet, qui ne mesure pas le danger. Elle même est plus indécise sur sa propre détermination à devenir numéro 1. Les gunfights ont un sentiment d’irréalité, la tension est toujours là, mais les personnages se tournent le dos et n’effectuent plus que les épures de leurs gestes, comme dans les combats de sabre dans les scènes de kabuki qui apparaissent dans le film.

10 Septembre : Séance de clôture

Sympathy for Mr Vengeance, de Park Chan-wook
Le personnage principal est sourd-muet, sa soeur doit recevoir une greffe de rein pour vivre. Il se fait renvoyer de son travail, se fait avoir par des trafiquants d’organes, et lorsqu’enfin sa soeur peut se fait opérer, la greffe de rein est payante et il n’a plus d’argent pour payer : il décide avec son amie d’enlever la fille de son patron pour s’en sortir. La première moitié du film est plutôt légère, le héros interprété par Shin Ha-kyun va de malchance en malchance mais garde le sourire et la ressource de rebondir ; la deuxième moitié est beaucoup plus dure et consacrée à la vengeance.
Le réalisateur réussit un procédé intéressant en nous faisant tout d’abord nous attacher (nous identifier) à l’un des personnages, avant d’en faire le méchant du film, d’où une ambiguïté dans le regard que l’on porte sur les protagonistes. Plus généralement, notre jugement est souvent mis en déroute : quand les personnages mentent, on les croit, et quand ils disent la vérité, cela semble invraisemblable.

Dates de sortie :
Fulltime Killer : 4 décembre 2002
Sympathy for Mr Vengeance : 3 septembre 2003
Adresse inconnue : 9 février 2005

Bertrand Le Saux
le 15/09/2002

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