Étrange Festival 2003 – 1ère semaine

 réalisateur

Andrew Lau

Norifumi Suzuki

 date

du 27/08/2003 au 09/09/2003

 salle

Forum des Images,
Paris

 tags

Andrew Lau / Forum des Images / Norifumi Suzuki

 liens

Forum des Images

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Samedi 30 août

May, de Lucky McKee (2002)
Solitaire, essuyant des échecs amoureux successifs, May (premier long-métrage de Lucy McKee) décide de créer la personne parfaite en associant diverses parties de corps humains, récupérés sur les gens de son entourage (une paire de jambes ici, des mains là, un cou ailleurs). Si plusieurs références sont beaucoup trop appuyées (Frankenstein, évidemment, mais aussi Dario Argento, cité en masse) et quelques mises en abyme beaucoup trop évidentes (May, en plus de travailler comme aide-vétérinaire et d’être donc amenée à opérer et recoudre des animaux, coud, à base de patchworks, ses propres vêtements), on saluera, tout de même, le côté sympathiquement grand-guignolesque de l’ensemble et le juste regard du cinéaste sur une certaine jeunesse désenchantée, un peu à la manière des comics de Daniel Clowes (Ghost World, David Boring).

Dimanche 31 août

Super Express 109, de Junya Sato (1975)
Présenté dans le cadre de la rétrospective Sonny Chiba, ce dernier n’a pourtant qu’un rôle secondaire dans ce film catastrophe au scénario simple : d’un côté une bombe dans un train, qui explosera s’il descend en dessous de 80km/h, de l’autre la police et la compagnie de chemin de fer qui cherchent à empêcher le drame et arrêter le terroriste. Celui-ci est interprété par Ken Takakura, acteur récurrent dans de nombreux films de sabre puis de gangsters, et c’est le seul personnage un peu développé du film. Son acte résulte tantôt d’une banale envie de richesse, tantôt d’une pression sociale qui le pousse à réussir quelque chose dans sa vie. Le film suit sans trop d’imagination les voies du genre, mais est assez efficace, bien que les coupes effectuées pour obtenir la copie française (une heure de moins que l’originale japonaise) provoquent des ellipses assez fulgurantes.

Le Garde du Corps, de Tatsuichi Takamori (1973) Pour démontrer la puissance de son style de karaté, Kiba (interprété par Sonny Chiba) propose ses services comme garde du corps dans une intervention télévisée. Son premier travail, a priori peu dangereux, est de protéger une belle jeune femme énigmatique. Il va cependant se retrouver pris entre les feux croisés de yakusas et de petits voyous. On retrouve dans ce film un certain style du cinéma d’action des années 70, notamment celui de Fukasaku : images arrêtées au paroxysme de l’action, décors urbains et semi-industriels... L’un de ces tics est particulièrement bien utilisé, il s’agit des découpages du cadre opérés pour réduire la surface de l’écran où se déroule l’action, ce qui conduit à une augmentation de l’intensité lors des scènes de confrontation. La prise de vue utilise alors des angles insolites, avec en premier plan des objets ou des bâtiments qui masquent la majeure partie de l’image. Une autre dimension intéressante du film est apportée par son léger côté pop, que ce soit dans les robes de l’actrice principale qui s’accordent aux décors, ou bien la technique invraisemblable des tueurs (réminiscence d’anciens ninjas ?) cachés dans un matelas qui attendent la nuit tombée pour sortir commettre leurs crimes.

Lundi 1er septembre

Shaolin Karate, de Norifumi Suzuki (1975) :
Dans le Japon de l’après-guerre, l’histoire de la vie de Doshin So, qui refuse la décadence morale généralisée et fonde son dojo pour que le karaté permette à certaines âmes perdues de se fixer des repères. Un film de plus qui montre que cette période de l’histoire japonaise n’était pas très rose. C’est plus ou moins efficace, rythmé par les combats de karaté, bien que les scènes de studio sont peu convaincantes : on a souvent l’impression entre deux scènes que l’acteur ne fait que sortir d’une pièce, traverser le couloir et rentrer dans un nouveau décor. À cela s’ajoute un souci du pittoresque (le chien errant dans un coin de l’image) qui nuit au réalisme.

Danger, Diabolik !, de Mario Bava (1968)
Ce film à grand budget adapté d’une bande dessinée raconte les exploits de Diabolik, criminel insaisissable, et de sa tendre compagne. Ils sont jeunes et beaux, ils ont une base secrète dans une grotte, ils roulent en jaguar, ils font l’amour sur des tapis de billets de banque. Diabolik est un ange de la société de consommation, celui qui a les moyens de se payer tous les luxes. Quand il apparaît, surtout quand il évolue dans son repaire protecteur, la musique (superbe, signée par Ennio Morricone) devient légère et cotonneuse, signe de la vie en rose qui est la sienne. Ce néo-libéral accompli, qui ne comprend que offre et demande, argent et biens de consommation, finit par se rebeller contre les schémas trop compliqués de l’État : ils dynamitent alors perceptions et centres des impôts.
Pour donner vie à un tel personnage, il fallait un acteur exceptionnel. C’est John Phillip Law qui lui prête ses traits parfaits : corps souple et élégant, surtout pas bodybuildé, visage glabre à la douceur de papier glacé. Quand il revêt sa combinaison moulante de monte-en-l’air, il n’est plus que mouvement dans l’image, les yeux seuls exprimant comme seul sentiment une solide détermination. L’acteur, éminemment sympathique, parlait après la projection du respect nostalgique qu’il portait aux comics de son enfance, respect qui l’avait conduit à s’engager à fond dans ce rôle, sans le second degré condescendant avec lequel ce type d’adaptation est souvent regardé. Ce fut d’ailleurs sûrement une préoccupation importante de Mario Bava, qui signe une réalisation sans effet « comic strip » appuyé. Les bâtiments monumentaux néo-classiques italiens, un château sur une falaise, un port industriel, cela suffit comme décor pour rendre cette impression d’être hors du temps et n’importe où dans le monde. La photo du film est comme à son habitude très belle, avec une profondeur de champ qui offre une grande précision dans les détails. Dans le rôle de l’inspecteur Ginko, le policier qui ne parvient pas à mettre la main sur Diabolik, on retrouve Michel Piccoli, toujours dans les bons coups, qui incarne un personnage curieusement détaché, tout surpris de constater à quel point la poursuite du criminel lui est vitale. Comme le spectateur qui ne peut que ressentir de la sympathie pour ce Diabolik si charmant, tout en constatant son manque absolu de morale.

Stormriders, d’Andrew Lau (1998)
Stormriders, épopée semi-fantastique d’Andrew Lau, met en scène un chef de clan et ses deux disciples, experts en arts martiaux et se disputant la fille du chef. Association d’esthétique à la Bioman (duels dans des décors en carton-pâte ou sur des fonds verts ultra-visibles, boules de feu et éclairs jaillissant des mains des héros) et de dramatique proche des Chevaliers du Zodiaque (mélange de mythes ancestraux et de pratiques martiales pointues, triangle amoureux, compétition exacerbée pour prendre la succession du chef), Stormriders fait très souvent sourire par sa naïveté et son kitsch assumés, plus qu’il n’impressionne par ses effets spéciaux ou les rebondissements de l’intrigue. Présenté dans le cadre de l’hommage à Sonny Chiba, Stormriders permet, par ailleurs, à l’acteur japonais d’exceller dans le rôle du tyrannique chef de clan dominateur.

Mardi 2 septembre

Streetfighter, de Shigehiro Ozawa (1974)
Voilà donc le film qui a fait le succès de Sonny Chiba. Et il faut le reconnaître, le castagneur porte bien son nom, et cogne à longueur de temps, en n’oubliant pas de recevoir une part non négligeable des gnons qui tombent dans le film. Il a en face de lui des vrais méchants, qui ne sont pas là pour jouer les faire-valoir : ils ont souvent des raisons profondes d’être en colère, par vengeance, et savent se débrouiller avec leurs armes, que ce soit le karaté ou le sabre. Notre castagneur n’est pas non plus un blanc chevalier, et n’hésite pas au début du film à vendre une femme à un réseau de prostitution pour récupérer l’argent qu’elle lui doit. Bref tout ce petit monde s’entre-tabasse tout au long du film, jusqu’à une scène de combat finale dans un pétrolier qui mérite de figurer dans les anthologies du genre. À part ça, c’est filmé de manière frontale, sans le maniérisme du Garde du Corps dont nous parlions plus haut, et c’est même un peu plan-plan par moments. Heureusement que les combats rythment tout ça, et qu’ils soient suffisamment crédibles pour que l’on ait mal pour celui qui reçoit les coups.

Date de sortie :
May : 10 mars 2004

Bertrand Le Saux
le 15/09/2003

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