Étrange Festival 2005 - Cinéma Japonais

 réalisateur

Masaru Konuma

 date

du 31/08/2005 au 13/09/2005

 salle

Forum des Images,
Paris

 tags

Forum des Images / Masaru Konuma

 liens

Forum des Images

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L’enfer (Jigoku), de Nobuo Nakagawa (1960)
Un étudiant promis à un bel avenir provoque un accident de la route et s’enfuie en abandonnant sa victime. C’est le début de sa descente aux enfers. Le film a une structure linéaire qui suit cette descente, et le rythme un peu lent n’aide pas à entretenir l’attention. Heureusement Nobugawa s’en sort en étant implacable et en allant plus loin que l’on aurait pu l’imaginer. Alors que le film avait commencé de manière tout à fait réaliste, il finit par une errance dans les cercles de l’enfer. Damnés fouettés par des diables menaçants, rampant dans la fange, enterrés avec seuls les pieds qui dépassent, les supplices sont tels que décrits par Dante Alighieri dans son Inferno. Nobugawa mêle ces images avec les thèmes forts de la société japonaise, le héros étant à la recherche de l’âme errante de son enfant avorté.

Démons contre fantômes (Yôkai daisensô), de Kuroda Yoshiyuki (1968)
Dans les années 60, la Daei produit plusieurs séries de films fantastiques réalisées par le tandem Kimiyoshi Yasuda à la mise en scène et Yoshiyuki Kuroda aux effets spéciaux. On leur doit notamment la série des Maijin, un géant de pierre qui protége son île et le lac qui l’entoure. Démons contre fantômes fait partie d’une série tournant autour des Yokai, ces fantômes familiers qui habitent certains lieux ou objets. Ceux-ci ne sont pas nécessairement malfaisants (même s’ils n’aiment pas être contrariés), pas comme l’autre grande catégorie de fantômes, les âmes en peine qui ne songent qu’à se venger des misères survenues de leur vivant.
En Babylonie, un démon (corps bodybuildé et tête longue comme un jour sans pain) est réveillé par des explorateurs pas très prudents. Voyageant par delà les mers, il arrive dans un petit village de la côte du Japon, et prend possession du corps des habitants en buvant leur sang. Heureusement, un Kappa (génie dormant dans les étangs et les rivières) s’en aperçoit, et alerte ses copains Yokai, qui vont l’aider à combattre l’envahisseur. Cet argument donne un film qui est surtout un prétexte pour rentabiliser les costumes de fantômes créés pour des épisodes plus ambitieux de la série. Cependant, comme le sujet est traité sur le ton de la comédie, et que l’on s’attache facilement aux personnages (le Kappa, tout bleu avec un bec de canard et le crâne aplati est kawaï tout plein), on en ressort plutôt content.

Koheiji l’immortel (Kaiidan : Ikiteiru Koheiji), de Nobuo Nakagawa (1982)
Dernier film de Nakagawa, tourné en 1982, Koheiji possède un aspect malsain qui n’était pas présent dans les films précédents de l’auteur. Cela annonce aussi une certaine évolution du film de fantômes. C’est l’histoire d’une petite troupe de kabuki ambulante composée de trois amis d’enfance. Ochika, la femme, a épousé Takuro, mais Koheiji est toujours amoureux d’elle. Il tente de la séduire, et Takuro le tue. Mais Koheiji réapparaît, et harcèle le couple. Le film reste toujours ambigu : est-ce que Koheiji est bien vivant, ou bien est-ce son fantôme qui réapparaît ? Nakagawa signe ici un film d’horreur psychologique, et s’attache à montrer la lente déchéance des deux survivants, surtout hantés par le sentiment de culpabilité.

Une femme à sacrifier (Ikenie fujin), de Masaru Konuma (1974)
Trois ans après la rétrospective Konuma à l’Étrange Festival, voici un autre de ses films présentés ici. Il a été choisi par Hideo Nakata (le réalisateur de Ring) dans le cadre de sa carte blanche. Il a en effet commencé à travailler comme assistant sur les films SM de Konuma (clairement, cela doit influer sur le reste d’une carrière). C’est aussi pour nous l’occasion de voir le film dont Konuma parlait après la projection d’Esclave de la souffrance il y a trois ans : le fameux plan du corbeau cache-sexe au lieu de la pixellisation imposée par la censure, c’est dans ce film-ci ! L’histoire est plutôt bateau : une femme est kidnappée par son ancien mari, qui la séquestre dans une maison abandonnée dans la campagne. Le scénario souffre de quelques passages obligés (il y a un certain cahier des charges à satisfaire pour contenter les clients des films SM...), mais comme dans ses meilleures réalisations, Konuma s’attache à décrire avec exactitude les relations entre les personnages. De plus sa mise en scène fait participer le spectateur au travers des choix de prise de vue : on nous fait comprendre que nous sommes dans la position du voyeur.

Horreur à Tokaido (Tokaido Yotsuya kaidan), de Nobuo Nakagawa (1959)
Ce film est adapté de Tokaido Yotsuya Kaidan, un classique du théâtre kabuki du 19e siècle. Une femme trompée et empoisonnée par son époux revient le hanter. Ce qui ressort du film, c’est la description psychologique des personnages. Outre les remords qui assaillent ceux qui ont failli, il y a ici des jeux de pouvoir et de persuasion entre les protagonistes. Chacun désire quelque chose, et doit pour l’obtenir aller à l’encontre de sa morale. Souvent, c’est l’intervention d’un élément corrupteur qui fait pencher la balance. Ainsi, Iemon, l’époux, veut quitter sa femme pour épouser la fille d’un samouraï qui lui fournira un travail. Un ami le persuade d’utiliser le poison. Iemon à son tour va user d’une mise en scène pour amener sa femme dans une situation de faute. Mais malheureusement pour les âmes corrompues, les morts reviennent se venger sous forme de fantômes (à moins que ce ne soit la folie qui s’empare des personnages survivants...) !

Liens de sang (Mabuta no haha), de Tai Kato (1962)
Hideo Nakata, qui avait choisi ce film dans sa carte blanche, s’en est servi pour une leçon de cinéma sur les angles de prise de vue, Tai Kato étant réputé pour placer sa caméra à ras de terre pour toujours filmer en contre-plongée et ainsi magnifier ses personnages. Au temps des samouraïs, un yakusa dont le clan vient d’être démantelé se livre à un dernier acte de vengeance contre le clan adverse. Il s’enfuit, poursuivi par une troupe de tueurs. Commence alors un road-movie au cours duquel notre yakusa va tenter de retrouver sa mère dont il a été séparé tout jeune. Malgré de nombreuses scènes de chambara, le film est clairement un mélodrame. Kinnosuke Nakamura, qui interprète le héros, surjoue constamment, avec des larmes dans les yeux à chaque fois qu’il évoque sa mère. L’intérêt du film vient sûrement de cette rencontre d’éléments hétérogènes, cela s’emboîte souvent mal, mais de beaux moments naissent aussi.

Le chat fantôme (Borei kaibyo yashiki), de Nobuo Nakagawa (1958)
Un couple vient s’installer dans une vieille maison de famille, à la campagne. Peu de temps après, la femme est attaquée par une une vieillarde, surgie d’on ne sait où, qui cherche à l’étrangler. Le moine du temple voisin trouve une explication dans l’histoire de la famille. De tous les films de Nakagawa présentés ici, c’est celui que nous aurons le plus apprécié. Il est d’abord servi par une photo magnifique. Pour des raisons budgétaires, tout ne pouvait être tourné en couleurs. Nakagawa choisit donc de filmer en noir & blanc le temps présent (ce qui correspondait aux images habituellement projetées à l’époque) et en couleur le flash-back qui a lieu durant le récit du moine. La partie en noir & blanc est peinte avec des éclairages qui rappellent ceux de Tourneur, et les scènes de nuit y sont toutes en nuances sombres. Ensuite le scénario progresse par petites touches, accompagnant le spectateur sans le diriger, entretenant subtilement le suspense. Et le moment où l’on découvre le chat fantôme du titre est à la hauteur de l’attente !

Conte des 100 fantômes (Yôkai hyaku monogatari), de Kimiyoshi Yasuda (1968)
À l’époque d’Edo, les habitants de tout un quartier sont menacés d’expulsion par un promoteur immobilier. Afin de faciliter ses projets, ce dernier invite une poignée d’officiels pour les corrompre. La soirée est animée par un conteur qui raconte de vieilles légendes de fantômes. Après le conte, la tradition veut qu’on souffle les bougies pour éloigner les mauvais esprits, mais le promoteur en fait fi. Des évènements étranges se produisent alors...
Bien qu’appartenant à la même série que Démons contre fantômes, ce film s’en distingue par une ambition (et une réussite !) plus grande. La mise en scène laisse plus d’ambiguïté sur l’existence des monstres : sont-ils réels ou le fruit de l’imagination de certains protagonistes ? Le film ne tranche pas, jouant sur la suggestion. Yasuda utilise même ces scènes où apparaissent les Yokais pour livrer des moments féeriques sans grand apport narratif, comme une petite récréation artistique qu’il se permettrait. La scène où tous les Yokais retournent dans la montagne en est un bel exemple, et donne envie de gambader en agitant les bras comme eux. De plus le scénario arrive à créer tout un univers en donnant une épaisseur à des personnages secondaires ; l’homme qui enquête sur les crapules et qui est toujours devancé par les Yokais quand il s’agit de rendre justice ; ou bien le fils simplet du promoteur qui se lie d’amitié avec un monstre-parapluie (ce qui est prétexte à une très belle scène où des parapluies dessinés sur les murs en papier d’une maison japonaise s’animent et se mettent à danser).

Bertrand Le Saux
le 15/09/2005

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