Schläfer - Gespenster

 réalisateur

Christian Petzold

Benjamin Heisenberg

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Benjamin Heisenberg / Christian Petzold

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Alors qu’on avait vivement regretté, à la découverte de la programmation du dernier Festival du Cinéma Allemand en date, l’absence de trois films présentés en 2005 à Berlin et Cannes (Gespenster de Christian Petzold, Schläfer de Benjamin Heisenberg et Falscher Bekenner de Christoph Höchhäusler), l’offre parisienne pléthorique de mini-festivals et avant-premières nous donne l’occasion de voir, en l’espace de trois jours, les deux premiers nommés.

Profitant de sa présence en compétition aux Premiers Plans d’Angers (où il recueillit le prix spécial du jury), Schläfer fut donc projeté à Paris, ouvrant un cycle sobrement intitulé « Les samedis du cinéma allemand », sis opportunément à l’Arlequin et proposant, tous les derniers samedis du mois, à midi, un film germanique inédit ou de patrimoine. Scénariste du magnifique Le Bois Lacté sorti en salles il y a un an et demi, et auteur d’un court-métrage (L’Opportunité) vu à la reprise du palmarès d’Angers en 2004, Benjamin Heisenberg s’intéresse, pour son premier long-métrage à un laboratoire universitaire de recherche où un nouvel arrivant est chargé, par les services secrets, d’enquêter sur un de ses collègues, soupçonné d’être un agent terroriste « dormant » (le « Schläfer » du titre).
Si Heisenberg opte fréquemment pour une caméra toute naturaliste positionnée derrière la nuque de son personnage principal, l’intrigue n’est nullement mise de côté, s’offrant même plusieurs chemins de traverse, conférant au spectateur le sentiment que tout le monde épie tout le monde. Dénonciation en creux de la politique sécuritaire post-11 septembre, Schläfer garde pour autant comme axe majeur l’étude des relations entre les deux hommes et les enjeux de pouvoir dont ils font l’objet (dans le laboratoire, à l’université, autour de la jeune femme dont ils tombent tous les deux amoureux). Révélateurs des fragilités de chacun des deux protagonistes, ces enjeux de pouvoir les amènent à se retrouver par moments comme figés, dépassés par des événements dont ils ne mesurent pas immédiatement toutes les conséquences, presque rongés par une culpabilité latente qui, à l’instar de la pression mise par les services secrets ou le laboratoire, finit par étouffer les personnages.

Présenté en compétition à Berlin l’an passé, Gespenster (Fantômes), quatrième film de Christian Petzold (après le remarquable Contrôle d’Identité et les très intéressants Rencontres Dangereuses et Wolfsburg), bénéficie d’une distribution franco-germanique : Marianne Basler et Aurélien Recoing, d’une part, les jeunes Julia Hummer (vue précisément dans Contrôle d’Identité) et Sabine Timoteo (appréciée dans In den Tag Hinein de Maria Speth et L’Amour, l’Argent, l’Amour de Philip Gröning - pour lequel elle avait été primée à Locarno -, une égérie du jeune cinéma d’auteur allemand, en quelque sorte), d’autre part. En effet, le film narre deux histoires en parallèle : celle d’un couple de Français à la recherche de leur fille enlevée quand elle avait trois ans et celle de deux adolescentes gentiment marginales qui se rencontrent au début du film. Dans le second couple, Nina, la plus jeune, est en constante admiration devant Toni qu’elle suit partout, des supermarchés où elles piquent des vêtements aux soirées branchées où cette dernière séduit le maître de maison. Alors qu’il était aisé d’en rester à cette classique histoire d’amour (où, comme de bien entendu, un des deux personnages est émerveillé et entraîné par l’autre), Petzold croise donc cette relation avec la quête du couple français dont la femme croît reconnaître en Nina sa fille disparue, sans qu’on ne sache jamais si celle-ci a été enlevée ou si elle est morte et, par conséquent, si cette femme a toute sa raison.
Jouant ainsi aussi bien sur un registre naturaliste épuré que sur une trame fantastique diffuse, le réalisateur convainc par la sécheresse de son propos qui, de manière plutôt paradoxale, fait la force de son film (et, de manière plus générale, de son cinéma) : tension perpétuellement retenue, léger malaise permanent, dureté de l’environnement (de la directrice du foyer de Nina aux lignes abruptes des immeubles berlinois) et jeu des acteurs souvent mutique mais toujours intense. Nouvelle réussite à mettre au crédit de Christian Petzold (qui s’affirme véritablement non seulement comme le chef de file de cette « nouvelle école réaliste » allemande mais également comme un des jeunes réalisateurs mondiaux les plus importants), Gespenster n’a malheureusement pas encore, en dépit de sa co-production franco-germanique, trouvé de distributeur français. Souhaitons que cette projection organisée par Arte aura permis de faire avancer les choses.

François Bousquet
le 15/01/2006

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