Étrange Festival 2006 - Autres Films

 réalisateur

Takashi Miike

Andy Warhol

 date

du 30/08/2006 au 12/09/2006

 salle

Rex,
Paris

 tags

Andy Warhol / Rex / Takashi Miike

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Yokai Daisensô (La grande guerre des Yokais), de Takashi Miike (2006)
Dans le Japon d’aujourd’hui, les yokais, ces fantômes qui hantent les lieux familiers, n’ont plus la cote. Pire, on ne croit plus à leur existence. Cet oubli des traditions va de pair avec une culture de la surconsommation qui produit sans cesse plus de déchets et de rebuts. Mais un homme a compris tout le profit qu’il pouvait en tirer : Yasunari Kato capture les yokais et les transforme en combattants monstrueux en y incorporant ces rebuts. Il projette de dominer le monde et commence par attaquer la mairie de Tokyo. Tadashi, un enfant qui a l’innocence de croire encore aux yokais, va tenter de s’opposer à ce dessein.
Yokai Daisensô est un blockbuster pour enfants, ce qui explique ce scénario quelque peu consensuel. Enfin on ne va pas se plaindre du fait que Miike puisse aborder un genre de cinéma qui ne soit pas condamné au direct-to-video. Et puis changer de lunettes de soleil à chaque apparition publique, ça coûte cher, mine de rien. Il en profite pour se faire plaisir, en revisitant les films de yokais signés par la paire Kuroda et Yasuda à la fin des années 60, et présentés l’an dernier à l’Étrange Festival. Ainsi la grande parade des yokais qui clôturait les Contes des 100 fantômes devient ici un des points d’orgue du film. Et au-delà, c’est tout le cinéma de sa jeunesse qui est ici sujet à célébration. Ainsi le grand-père de Tadashi est interprété par Bunta Sugawara, la grande star du film de yakusas des années 70, notamment dans Le cimetière de la morale.
Yokai Daisensô est un film sur le passage à l’âge adulte. Les enfants comme Tadashi peuvent voir les yokais, mais perdent cette faculté en grandissant, comme l’on perd en innocence pour gagner en cynisme. Mais sous le message gnangnan se glisse aussi une critique de la dictature des apparences, à l’instar des peintures et sculptures de Takashi Murakami. Sunekosori, la bestiole yokai qui sympathise d’emblée avec Tadashi, est kawai au possible, mais une fois passé entre les mains de Kato et de son assistante Agi (Chiaki Kuriyama, déjà pas vraiment sympatoche dans Battle Royale et Kill Bill), il ressemble plus à un bébé phoque sans sa fourrure. Cela n’empêche que son être reste le même. Les yokais, bien qu’un peu ballots, sont finalement plus sympathiques que tous les objets cools de notre monde moderne.

Carnage, de Michael Ritchie (1972)
La mafia de Chicago envoie une équipe (dirigée par Lee Marvin) à Kansas City, pour récupérer l’argent que lui doit un certain Mary Ann (Gene Hackman), qui se livre à des activités douteuses sous couvert de son usine de saucisses. C’est un plot parfait (et la saucisse n’y est pas pour rien). Le casting est à la hauteur, avec Sissi Spacek également en haut de l’affiche, et une floppée de figures typiques dans les seconds rôles, de l’armoire à glace du middle-west à l’ex-entraîneuse de bar avachie. Lee Marvin incarne le personnage qu’il a façonné de film en film, des 12 salopards au Big Red One de Fuller. On sait qu’il a vécu, qu’il n’a pas peur de se salir les mains, mais aussi qu’il reste humain et loyal. Prime Cut (titre original de Carnage) est très beau quand il montre un monde qui change (la vieille mafia urbaine contre les costauds de la campagne), quand il parle de ces hommes qui vivent selon des règles tacites et anciennes, bientôt dépassées. On a alors ce à quoi on peut s’attendre, un film d’exploitation plein d’action, direct jusqu’à l’épure. Et on a même mieux. Ritchie se paie le luxe de faire du documentaire sur la chaîne de transformation de la viande (30 ans avant The Dark Side of the Fast-food Nation) comme pré-générique, de l’étude anthropologique dans les foires agricoles, ainsi que de belles images urbaines de nuit. Le scope de l’image est parfait pour rendre compte de tout ça, et vu la longueur des voitures américaines, il fallait bien ce format pour les caser en entier dans l’image.
Gilles Boulenger racontait la quête entreprise pour pouvoir montrer ce film. Il reste 2 copies aux USA, et une en France, assemblée de bric et de broc (différentes langues, bobines dégradées). Et heureusement la copie présentée ici, en excellent état, prêtée par un collectionneur.

Yûkoku, de Yukio Mishima (1966)
Paul Schrader, réalisateur en 1985 d’une biographie de l’écrivain, a choisi de montrer l’unique film dirigé par ce dernier. L’action se déroule une nuit de 1936 après un coup d’état. Marié, le lieutenant Shinji Takeyama n’y a pas pris une part active auprès de ses camarades. Le lendemain, il a ordre de s’opposer à eux. Ne pouvant s’y résoudre, il va se donner la mort, selon les rites du Seppuku. Sa femme l’assiste et le suivra dans la mort.
La mise en scène est minimale, distanciée comme le théâtre kabuki. La caméra filme frontalement les acteurs qui exécutent des gestes rituels, tant dans leur dernière nuit d’amour que dans la préparation du suicide. Il est dur d’oublier que c’est Mishima lui-même qui interprète le lieutenant Takeyama. Il crève l’écran, et érotise son propre corps plus que celui de l’actrice. Quant à la rencontre entre Éros et Thanatos, elle n’est pas étonnante pour celui qui adulait le Saint-Sébastien de Guido Reni.

Lonesome Cowboys, de Paul Morrisey et Andy Warhol (1968)
Avant le film, Schrader explique comment il conçoit le principe de la carte blanche qui lui était accordée. C’est pour lui l’occasion de revoir des films qui l’ont marqué, mais qu’il n’a pas eu l’occasion de revoir depuis leur sortie. D’autres films de Paul Morrissey sont ressortis en DVD, mais pas celui-ci, car co-signé par Andy Warhol, dont les droits d’auteur sont gérés par une fondation très gourmande. Pour Schrader, ce film a marqué la fin du cinéma narratif traditionnel. À partir de là, un film moderne se doit d’être incompréhensible, et la tâche du spectateur est de comprendre de quoi ça parle.
Lonesome Cowboys commence par la scène de sexe la moins bandante jamais montrée à l’Étrange Festival. Après on suit les évolutions de gays cow-boys dans un décor en toc. Souvent quand ils ne savent plus quoi dire ils éclatent de rire. Ils se draguent les uns les autres, se battent et s’enlacent virilement. Quelques uns sont mimis, d’autres moins. En définitive on s’ennuie royalement.

The Act of Seeing With One’s Own Eyes, de Stan Brakhage (1971)
Pendant une demi-heure, Brakhage filme dans une salle d’autopsie. Il montre des dissections, et les gestes techniques de ceux qui les pratiquent. Et mine de rien on apprend des choses. Par exemple que la boîte crânienne est très fine, ils devraient montrer ce genre de choses dans les pubs de sécurité routière pour le port de la ceinture de sécurité. Et que la cellulite, c’est une couche de gras entre la peau et la chair, pas du tout ragoûtante quand elle est vue en coupe.
Quand on voit un film gore, on a toujours la solution de se dire « c’est du cinéma ». Ici il n’y a pas de trucage, et il ne reste qu’à adopter l’attitude indifférente des techniciens et médecins qui opèrent sur les dépouilles. Paradoxalement, ces images où le corps humain est désacralisé sont moins effrayantes qu’un seul plan d’un film de Romero.

Bertrand Le Saux
le 14/09/2006

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