Étrange Festival 2009 : Hommage à Franco Nero

 réalisateur

Rainer Werner Fassbinder

 date

05/09/09

 salle

Forum des Images,
Paris

 tags

Forum des Images / Rainer Werner Fassbinder

 liens

Forum des Images

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Les westerns spaghetti, tout le monde connait. Quand par hasard il faut expliquer ce que c’est, il y a toujours une bonne âme pour conseiller la vision du Bon, la Brute et le Truand (à raison, sûrement). Cependant, les aficionados du genre citent spontanément Django et Keoma. Deux films directs, qui respectent tellement les conventions du genre qu’ils négligent celles du cinéma et de la bien-pensance. Franco Nero a joué dans ces deux films, et sa présence comme invité de l’Étrange Festival n’y est certainement pas étrangère.

Pourtant, sa filmographie touche à tous les registres, du cinéma d’exploitation italien (polizieschi ou thrillers quelque peu gialli) au cinéma d’auteur, sous la direction de Buñuel ou Fassbinder, en passant par le blockbuster américain (Die Hard 2). Sa manière à lui d’appliquer le conseil que lui avait donné Laurence Olivier : soit avoir toujours le beau rôle et faire inlassablement des succès année après année, ou bien être réellement un acteur, et changer constamment de personnage, avoir des hauts et des bas, mais faire un oeuvre. Les films sélectionnés essaient de capturer cette éclectisme.

Querelle, de Rainer Werner Fassbinder

Fassbinder n’est sûrement jamais allé à Brest, et c’est tant mieux. Son port à lui est pris dans une torpeur moite, les couchers de soleils évoquent les mers du sud, et les murailles sont hérissées de bites qui n’ont jamais servi à l’amarrage des bateaux. Querelle (Brad Davis) est un matelot d’un bateau en escale, tendrement observé par son lieutenant (Franco Nero, qui, à force de sous-jouer son personnage, est un peu absent). Mais Querelle est plutôt attiré par les habitués du bar de Nono (Günther Kaufmann, acteur fétiche de Fassbinder). Ce qui est montré, ce sont les rapports de force qui se nouent par les regards ou les attitudes adoptées par ceux qui se savent regardés. Comme la plupart des films de Fassbinder, celui-ci est fascinant. Dans un film où tout ce qui tombe sous l’oeil de la caméra est érotisé, être un objet de désir ne suffit plus. La matière du film sera donc la lutte de Querelle pour être un peu plus que cela, pour avoir une prise sur les évènements, pour être capable d’aimer.

Autostop Rosso Sangre, de Pasquale Festa Campanile

Festa Campanile était un metteur en scène reconnu de comédies, certaines gentiment olé-olé, quand il se lança dans la réalisation de ce thriller au casting hétéroclite : outre Franco Nero, on y trouve Corinne Cléry, auréolée du triomphe d’Histoire d’O, et David Hess, déjà rodé aux rôles de psychopathe dans La dernière maison sur la gauche d’un Wes Craven alors inconnu. Nero et Cléry campent un couple dont le mariage bat de l’aile, en vacances en caravane sur les routes de Californie. Un jour, ils commettent l’erreur de prendre avec eux un autostoppeur... Franco Nero est dans le sur-jeu permanent, son personnage de journaliste alcoolo virant du comique au tragique au cours du film, au fur et à mesure de son pétage de plomb. Son interprétation, mais aussi les rebondissements du scénario de Campanile, composent un personnage à la fois bon et méchant, auquel on ne sait pas si on peut s’identifier.

Le film est bâti sur la confrontation de deux genres bien codifiés, le road-movie et le film de huis-clos. Du premier, on restrouve ces paysages qui défilent mais qui ne sont pas très importants, l’évolution des personnages (le voyage comme quête d’une personnalité), et les rencontres, qui participent à cette évolution. Du huis-clos, le metteur en scène a gardé ces longues discussions entre personnages qui se dévoilent et qui s’aperçoivent qu’ils s’apprécient même s’ils sont opposés, et ce suspense qui ne fait que monter, car après tout, il faudra bien que tout cela finisse. C’est en jouant sur cette confrontation entre le milieu très fermé de l’auto (le salon où l’on cause) et les pièges de la route (avec clins d’oeil au Duel de Spielberg) que le film acquiert son rythme et sa dynamique.

Le Temps du Massacre, de Lucio Fulci

Cette soirée en compagnie de Franco Nero se concluait par la projection d’un western de 1966 rarement diffusé (l’acteur lui-même n’en avait plus entendu parler depuis sa sortie) réalisé par Lucio Fulci, réalisateur qui atteindra le sommet de son art dix ans plus tard avec ses films d’horreur depeignant une vision de l’enfer digne de Dante Alighieri. Autant le dire tout de suite, c’est un film qui ne fonctionne pas très bien : il y a un début, il y a une fin, et le scénario se contente de nous emmener linéairement de l’un à l’autre. Un homme (Franco Nero) retourne dans le village de son enfance : celui-ci est sous la coupe d’un tyran local, le ranch de la famille n’existe plus, et son frère (George Hilton) est devenu un ivrogne. Un aspect troublant est qu’il y a un héros clairement identifié (Franco Nero), mais il ne comprend rien à rien (disons qu’il comprend ce qui se passe un quart d’heure après le spectateur : on a envie de lui botter l’arrière-train tellement il est mou). Par contre le frangin qui picole, il se révèle un fin tireur, et c’est lui qui fera tout le boulot quand sera venu le temps du massacre annoncé dans le titre. Plus que les duels au pistolet qui ressemble un peu à du tir aux pigeons de fête foraine, on retiendra du film cette errance de personnages qui subissent les évènements, annonciatrice des êtres perdus dans l’au-delà des films postérieurs du metteur en scène.

Bertrand Le Saux
le 09/09/2009

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