Étrange Festival 2009 : Films d’animation

 réalisateur

Vincent Patar

Stéphane Aubier

 date

du 04/09/2009 au 13/09/2009

 salle

Forum des Images,
Paris

 tags

Forum des Images / Stéphane Aubier / Vincent Patar

 liens

Forum des Images

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Logorama, du Studio H5

Prix de la découverte de la Semaine de la Critique au dernier festival de Cannes, Logorama est un film noir (avec des bad cops et des dangereux gangsters) inondé de lumière californienne. Le casting ne comporte que des stars : les flics sont des bibendums michelin (prompts à dégainer, et avec un accent de la rue à couper au couteau : le genre de types qui donne envie de filer droit), et le psychopathe de service est incarné par Ronald McDonald (pas sûr que ce soit un rôle de composition : depuis le temps qu’on le voit trainer aux abords des jeux d’enfants des fast-foods, on se doutait bien qu’il n’était pas net). Dans les seconds rôles, on trouvera le gamin Haribo, le Géant Vert (Oh-oh-oh) et une miss Esso carrément gironde.

Logorama est un film de détournement (du situationnisme édulcoré, en quelque sorte), et une grande part de sa force vient de là : passé le premier moment de surprise en reconnaissant certains personnages, on en vient à s’inquiéter devant la systémisation du procédé. Pour chaque personnage, animal, objet nécessaire pour le scénario, les auteurs ont réussi a trouver un logo, démontrant que chaque champ du réel était déjà investi par le marketing. L’autre aspect réussi est constitué de ce découpage comme au cinéma, et de ces points de vue qui imitent des mouvements de caméra : on commence à y être habitué depuis que la 3D par ordinateur a envahi les dessins animés, mais c’est ici joliment exécuté. Pourtant, c’est un film qui ne laissera pas un souvenir inoubliable à part son aspect tour de force : la faute à un scénario qui enfile les scènes-cliché sans véritable histoire à raconter, et qui n’approfondit pas la psychologie des personnages (alors que la psychologie d’un bibendum, ça ne doit pas être piqué des hannetons).

Panique au Village, de Vincent Patar et Stéphane Aubier

Présenté en séance d’ouverture du festival, voici le premier long-métrage de Patar et Aubier. Cette projection a un côté symbolique : les oeuvres des deux animateurs belges, que ce soit PicPic et André ou les courts épisodes de Panique au Village, ont souvent été présentées ici, c’est donc une relation de long terme qui se poursuit.

Le film reprend le principe de la série. Les personnages sont à base de figurines en plastique, ce qui explique le casting hétéroclite ; un cow-boy, un indien, un cheval qui vivent ensemble dans une maison du village, un fermier, sa femme et pleins d’animaux de la ferme, un gendarme, un facteur (bref, ils ont fait avec ce qu’ils trouvaient dans les vide-grenier). Tout ce petit monde s’ébat dans un décor de pâte à modeler, de silicone et de maison de poupée. Du point de vue animation, comme ils l’expliqueront lors de l’atelier qu’ils animaient, pas de grand changement si ce n’est la fabrication de nouvelles figurines pour interpoler certains mouvements complexes et avoir une plus grande fluidité à l’écran (une contrainte d’autant plus importante que le film est destiné au grand écran). Une seule révolution : un mouvement de caméra (très joli travelling latéral) lors d’une cavalcade de cow-boy et indien.

Un aspect réjouissant du film est son parler ultra-réaliste : quand il faut dire "c’est con", les personnages disent "c’est con" (qu’ils le disent avec l’accent belge, c’est la cerise sur le gâteau). C’est le genre de texte que les dialoguistes ne doivent même pas penser à écrire, même dans les films documenteurs ou néo-réalistes, et il faut donc venir les entendre dans une histoire où les chevaux enseignent le piano et où les vaches opèrent un tracteur en bloc opératoire. Bon, vu le nombre de catastrophes qui surviennent, les personnages ont souvent l’occasion de jurer : maisons qui s’écroulent, rencontre avec des créatures du fond des mers (où les a-t-on déjà vues ? dans un film de Tourneur, chez Méliès, ou bien dans une adaptation de vingt-mille lieues sous les mers ?), capture par un robot-pingouin... La beauté du film réside dans ce décalage permanent entre son non-sens affiché et sa capacité à capturer des instants de vérité. Dans ce sens, la scène de la fête chez Cheval, avec sa boule à facettes et ses danseurs qui s’obstinent bien que déjà soûls et esseulés, réussit à capter une ambiance de fin de soirée comme on n’en avait pas vue depuis le Maine-Océan de Rozier.

Sélection d’oeuvres de Satoshi Tomioka

Satoshi Tomioka a commencé à se faire connaître à la fin des années 90, notamment avec son court-métrage Sink, l’histoire de plongeurs en scaphandre qui prennent le métro pour aller à la pêche sous-marine. Dès cette première oeuvre (et cela va se renforcer dans les films qui vont suivre) il se distingue par sa maîtrise de l’animation 3D par ordinateur. C’est même souvent ce qui apporte la touche d’humour. Une certaine tendresse pour le médium qu’il utilise transparaît dans ses films : Coin Laundry, où un trio de bonhommes nagent dans les airs avant de plonger dans des machines à laver, affiche en incrustation les coordonnées 3D et les rotations appliquées aux objets, et ces mouvements 3D sont ralentis au maximum, comme s’il voulait apporter une petite touche maniériste. Pour obtenir des contrastes de rythme, il joue également beaucoup sur le comique de répétition (d’actions similaires, de personnages presque identiques).

Au fil du temps, les scénarios s’étoffent quand même, et c’est tant mieux. Mastermind, clip réalisé pour une musique de DJ Hasebe, met en scène un otaku sans le sou entouré de nounours qui se dandinent en rythme. Ici, l’aspect crassouille du personnage, ses problèmes terre-à-terre apportent ce qu’il faut d’humanité aux textures et dessins générés sur ordinateur. Et puis surtout, il y a la série Usavitch, sorte de Prison Break avec des lapins. C’est le support qu’avait choisi Tomioka pour illustrer les phases de son travail, lors de l’atelier qui suivait la projection d’un florilège de ses films. Commande de MTV Japan pour une diffusion sur téléphone portable, il en a expliqué les contraintes lors de l’écriture de scénario : les personnages humains étant trop complexes pour un écran de cellulaire, ils se ont rabattus sur des lapins, ce qui tombait bien car une des employées du studio qu’il a fondé (qui occupe une vingtaine de personnes, dont un français qui était présent à l’atelier pour traduire les propos de Tomioka) en dessine sans arrêt. Et c’est ainsi que sont nés les deux prisonniers qui partagent la cellule-décor unique de Usavitch : Putin le bénêt avec ses oreilles nouées et Kirenenko le boss qu’il vaut mieux ne pas contrarier. Puis Tomioka a pu se mettre à écrire les scénarios (sa partie préférée) et les story-boards avant de mettre toute son équipe au travail. Le résultat est une série de court-métrages qui fonctionne sur la dichotomie poésie (le bénêt troublé par un poussin très efféminé) / rappel à la dure réalité des choses (la brute tabasse tout le monde et impose sa domination). On ne peut que souhaiter que Tomioka ait à nouveau la possibilité de faire des oeuvres qui s’inscrivent dans la durée (long-métrages ou série) car c’est là que son sens de l’écriture atteint sa pleine mesure.

Sortie en salles de Panique au Village le 28 octobre 2009. La plupart des films de Tomioka sont visibles sur les plateformes de video en ligne.

Bertrand Le Saux
le 21/09/2009

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