Étrange Festival 2009 : Miscellanées

 réalisateur

Ik-June Yang

Pavel Jurácek

Noboru Tanaka

Shogoro Nishimura

 salle

Forum des Images,
Paris

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 liens

Forum des Images

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Cela faisait bien plaisir de reprendre le chemin du forum des images pour cette nouvelle édition de l’Étrange Festival (et pas seulement parce que c’est pour nous l’occasion d’aller manger des sundaes vanille-caramel dans le fast-food situé de l’autre côté de la place carrée). L’interruption le temps de la rénovation du forum nous aura fait prendre conscience du fragile équilibre qui sous-tend une manifestation comme celle-ci, et le simple fait qu’elle existe est déjà une victoire.

Le forum des images refait à neuf est en tout cas l’endroit idéal pour une manifestation de ce genre, même si on a un peu du mal a comprendre pourquoi il a fallu autant de temps pour les travaux : un accueil avec plus d’espace, et surtout une entrée dans l’auditorium depuis l’intérieur du forum, sont les princpales innovations. Le reste est superflu mais bien agréable : un bar et des fauteuils inspirés de Cosmos 1999 dans un espace wifi où la presse est à disposition, c’est pas mal pour patienter entre les séances.

La programmation couvre les champs qui ont fait la réputation du festival : films d’exploitation italiens (l’hommage à Franco Nero) et américains (Carte blanche à Norman Spinrad), horreur gore, pinku-eiga japonais, animation sous toutes ses formes (Fischinger ou Patar & Aubier dans la même semaine), etc. Et au milieu de tous ces cinémas de contrebande, quelques noms qui apparaissent aussi dans les anthologies du cinéma : Murnau, Jerry Lewis, Fassbinder. Néanmoins, on ne ressentira pas cette année cette excitation qu’il y avait lors des thématiques Norman Mailer, Masaru Konuma ou Kim Ki-duk (on est par exemple pas trop fan de ce dernier, mais avoir pu découvrir en bloc sa filmographie à l’Étrange Festival reste un bon souvenir, permettant au moins de découvrir les qualités invariantes - mais aussi les défauts - de ce réalisateur). Était-ce pour cette raison que le public paraissait moins nombreux cette année, ou est-ce (plus sûrement) car un an d’arrêt a suffi pour que les habitués perdent leur habitudes ?

Le vrai point noir, c’était la forme des projections. Les intervenants qui présentent les films ont beaucoup insisté sur la difficulté qu’ils ont à trouver des copies correctes pour les films qu’ils souhaitent projeter. La solution qu’ils ont trouvée est de se rabattre sur des projections de DVD.. On ne voudrait pas passer pour un fétichiste du triacétate, mais ce n’est pas exactement la même qualité d’image à l’écran. En projection sur le grand écran de l’auditorium, le DVD ne passe pas à l’échelle, l’image est tout simplement moche. On se met à craindre pour l’avenir : pourquoi pas des projections de DivX ? Si ce pouvait en plus être un screener, on pourrait alors parler de mise en abyme, cela apporterait une touche post-moderne à l’acte de la projection... Bref, ce serait une bonne chose si dans les prochaines éditions le support du film était précisé sur le programme ou le billet.

Breathless, de Ik-June Yang (2008)

Présenté en avant-première, ce premier film raconte l’histoire d’une rencontre. Sang-hoon est un homme quelque-peu violent qui a trouvé un emploi qui lui correspond puisqu’il travaille comme casseur de grève ou recouvreur de dettes impayées. Yeon-Hee est une lycéenne qui semble avoir la tête sur les épaules puisqu’elle se débrouille aussi pour s’occuper de sa famille, sa mère étant absente. À première vue, ils ont l’air de gérer leur vie, mais on va s’apercevoir que leurs attitudes respectives ne servent qu’à masquer leurs failles. Le synopsis est un peu bateau, il y a de plus quelques scènes qui fleurent bon la psychologie de magazine grand public, et pourtant Breathless est un film réussi. Les deux acteurs principaux donnent corps à leurs personnages, les rendent attachants, et la réalisation ne manque pas de rythme. On s’interroge cependant en sortant : y aura-t-il un jour un film qui montrera la société coréenne autrement que sous un jour violent ? ou bien est-ce simplement réaliste ?

Le Cas de l’apprenti Bourreau, de Pavel Jurácek (1969)

C’est une adaptation tchèque du Voyage à Laputa de Gulliver, de Jonathan Swift. Le personnage principal interprété par Lubomir Kostelka (très fort pour afficher un air d’incompréhension) débarque dans les décors d’une petite ville très Mitteleuropa, où il va être surpris par les moeurs bizarres des habitants, leurs lois absurdes et leur confiance evidemment mal placée dans un roi fantôme. Étonnament (ou pas...), ce pamphlet critiquant l’organisation de la société n’est pas sorti à l’époque, interdit par la censure.

Les rues vides et les bâtiments grandioses et désincarnés ont déjà été utilisés avec succès par Welles pour donner une impression de paranoïa dans son Procès. Jurácek en rajoute encore : les faux raccords foisonnent, et donnent l’ impression que le héros s’épuise à courir à droite à gauche. Bien avant le Groundhog Day de Harold Ramis, il se réveille plusieurs fois dans la même chambre (mais est-ce vraiment la même chambre ?), aux côtés de la même fille (mais est-ce vraiment la même fille ?) Bref, on est dans un labyrinthe : où qu’on aille, on repasse toujours au même endroit.

Au-delà des qualités certaines de la mise en scène, le film n’emballe pas vraiment : la satire à la façon de Swift ou Montesquieu est d’une simplicité un peu datée, on aurait souhaité que le film soit un peu plus mordant, un peu plus ironique.

Osen la maudite, de Noboru Tanaka (1973)

Geisha déclassée, Osen travaille dans un quartier de plaisirs. Elle a gardé une conscience certaine de son rang, ce qui lui vaut l’inimitié de ses consoeurs. Le film est présenté dans la section pinku eiga (films roses), mais autant le dire tout de suite, ce n’est pas pour les scènes de frénésie amoureuse que le film vaut le coup d’oeil : oh bien sûr il y a des froufrous de kimono, mais on aurait bien envie d’appuyer sur avance rapide. En revanche, le film sort du lot par deux aspects. D’une part pour son évocation de la vie des geishas et des prostituées, thème largement annobli par Mizoguchi (La Rue de la Honte) et Naruse (Au gré du courant). Comme chez les grands maîtres, on retrouve ici une peinture des petites rivalités, des mesquineries , mais aussi de la solidarité qui s’établit entre les pensionnaires des établissements de plaisirs. D’autre part, Tanaka transcende ses scènes d’étreintes molassones soit en partant dans le domaine onirique (Osen faisant l’amour avec un marionnetiste se rêve en marionnette, manipulée, facon théâtre classique) soit dans le domaine du fantasme (Osen posant avec un poisson dans les bras pour un peintre, n’en peut plus de tenir ce corps visqueux contre sa peau et se laisse aller...).

La Femme aux Seins percés, de Shogoro Nishimura (1983)

Film déjà tardif dans la vague du roman porno, la femme aux seins percés raconte une histoire de soumission. Tout ceci progresse très linéairement, et c’est un peu plan-plan. Sur la même trame, un Masaru Konuma a fait des choses un peu plus enlevées, avec plus d’enjeu de mise en scène (du cinéma et pas du roman photo). Il faut dire que l’actrice qui découvre les plaisirs du masochisme est un peu nunuche ("à quoi ça sert ce collier et cette laisse ? tu as un animal de compagnie ?") et on a un peu de mal à se laisser attraper par l’histoire. Cependant, si on se réfère à L’imaginaire érotique au Japon d’Agnès Giard, le côté oie blanche de la donzelle doit plaire au mâle spectateur, le réalisateur avait donc raison de forcer le trait. Que retenir du film ? peut-être quelques décors : comme par exemple la salle attenante au club privé ou les amateurs de femmes soumises conservent les cages de leurs protégées. Il y là une exhubérance inattendue. Une scène d’accouplement entre la nunuche et une voiture, quelques années après le Crash de Ballard, vaut également le détour.

Sortie en salle de Breathless le 9 décembre 2009.

Bertrand Le Saux
le 02/10/2009

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