Présences Electronique 2010 : Scanner / Pierre Schaeffer / Rewind + Diego Losa / David Fenech / Sébastien Roux / Pierre-Yves Macé

 date du concert

26/03/2010

 salle

Le 104,
Paris

 tags

David Fenech / Festival Présences Electronique 2010 / Le 104 / Pierre-Yves Macé / Sébastien Roux / Scanner

 liens

David Fenech
Pierre-Yves Macé
Scanner
Le 104

Sixième édition de Présences Électronique, bien évidemment ouvert sur l’international avec une programmation tous azimuts. Le festival reste sur une même formule qui semble fonctionner mêlant grandes figures de la musique électroacoustique, largement dédiées aux anciens et jeunes pousses du GRM, artistes internationaux déjà reconnus (Fennesz, Stephan Mathieu, Akira Rabelais, Robert Normandeau, Scanner) et en devenir.

Cette première journée débutait pour nous à 18h avec Scanner que l’on suit depuis de nombreuses années maintenant. On le sait capable de tout, allant des nappes ambient aux rythmiques drum’n bass, en passant par des collages et cassures complexes comme il avait pu le faire lors de son concert dans le cadre de ce même festival en 2007.
Public assis par terre, allongé pour ceux qui arriveront à se faire une petite place, salle plongée dans le noir, et set d’une heure, telle est la configuration de la salle 200 pour les concerts prévus à 18h. Scanner apparaît alors derrière une énorme console de mixage, laptop, déclencheurs et micro pour une pièce présentée comme une symphonie de strates sonores mouvantes sous le nom "Let the voice in". Il débute par de timides nappes, tic tac en guise de rythmique minimale, puis cassures plus surprenantes mais auxquelles on pouvait s’attendre ce soir. Illustrant le titre de la pièce, il utilise ensuite sa voix, ajoutant des souffles fantomatiques à ses nappes et résonances répétitives, puis des samples d’onomatopées ou spoken word murmuré, souvent déformés, triturés. Ce sont ensuite les rythmiques qui apparaissent et on se rend alors compte que l’on aura droit à une musique assez habituelle de la part de Robin Rimbaud, à la fois rythmique et mélancolique, de la jolie musique en somme, mais une succession de morceaux plutôt qu’une véritable symphonie, donnant au final l’impression de ne pouvoir tenir sur la longueur.
Pour qui apprécie déjà le travail de Scanner, guère de surprises donc mais de beaux morceaux comme il en produit depuis des années. En ce qui nous concerne, et dans le cadre de ce festival, on en attendait peut-être trop et on regrettera le manque d’envergure de cette pièce.

Changement de lieu pour la suite puisque l’on retrouvait la salle 400 et ses gradins, remplaçant désormais la magnifique salle Olivier Messiaen de la Maison de la Radio. La soirée débute avec une pièce de Pierre Schaeffer, son Trièdre fertile datant de 1975, mêlant structures et abstractions électroniques, glissements chromatiques et bleeps analogiques d’époque.

Premier véritable live et découverte, le Français Rewind (Willy Amarat de son vrai nom) et l’Argentin Diego Losa. La formule peut interpeler, surtout à Présences Électronique puisque le Français est déjà reconnu en tant que beatboxer (ou plus clairement human beat box), tandis que le travail de l’Argentin se situe plutôt au niveau des musiques concrètes. Cela aurait pu être un bon point de départ mais le duo semble sombrer dans tous les travers possibles à commencer par un thème qui semble n’être là que pour donner un certain crédit à la pièce (le sillon fermé, une idée de Pierre Schaeffer datant des années 40), des clichés hip-hop quand Rewind rappe "Ladies and gentleman, let me introduce the new generation of music" avant de partir dans les classiques et démonstratifs jeux de percussions et scratchs. On restera vraiment perplexe devant ce duo qui sonne faux et semble être monté de toute pièce avec un thème sur lequel il sont sensés se retrouver, sans oublier de préciser que les logiciels du GRM sont mis en œuvres dans ce live...

On passe ensuite à David Fenech, plutôt habitué de ces pages et que l’on connait surtout pour sa pop expérimentale, tour à tour enfantine et bricolée. Ce soir rien de tout ça : David Fenech s’assoit et commence par manipuler les potentiomètres de diverses machines en rack (sampleur/expandeur a priori), délivrant de superbes nappes ambient, fines, tournoyantes, finissant par s’emmêler. Quelques tintements de cordes ça et là, et coups métalliques abstraits, lourds qui tranchaient avec l’apparente fragilité de cette pièce, puis David Fenech prendra sa guitare pour terminer ce premier mouvement avec quelques nappes de six cordes. Étonnant passage purement rythmique ensuite, lourd et saccadé, qui sera repris plus tard dans une version puissance dix, presque bruitiste, crissante et chuintante avant de s’éteindre avec des pas lourds et rythmiques semblant monter des escaliers.
Musicalement on aimera beaucoup, mais on restera un peu perplexe devant la prestation scénique : mis à part quelques notes de guitare et manipulations sur pédales d’effets, c’est le genre de set qui aurait certainement mérité d’être joué à la console.

Justement, c’est à la console que se produisait Sébastien Roux, autre habitué de ces pages depuis Heller, le projet qu’il mène avec Eddie Ladoire. Il réalisa ce soir une pièce électroacoustique intitulée More Songs 1, construite à partir d’enregistrements de flûtes, clarinette, cor, percussions et violoncelle, transcription d’une œuvre classique pour quatuor à cordes.
On appréciera d’abord l’aspect aéré de la pièce, mêlant sonorités acoustiques et bleeps électroniques puis, bien qu’un peu facile, une mélodie dont chaque note/instrument était joué sur une enceinte différente, répartissant la mélodie dans l’espace. La suite semble emprunter au jazz improvisé dans une phase d’accalmie, aux bandes originales de film, à la musique classique, et aux musiques contemporaines, ce que l’on aurait bien aimé voir éviter ici. Heureusement, un spectateur éternuant a la toute fin de la pièce, semblait répondre avec humour et légèreté à une musique qui se voulait savante. Instant fortuit, mais superbe certainement la plus belle sonorité de la pièce !

Cette première soirée se terminait avec Pierre-Yves Macé dont nous avions chroniqué l’album Passagenweg, et assisté à une présentation live de celui-ci à la Java. Nous n’avions pas été totalement conquis par le concert de l’époque, aussi nous abordions celui-ci avec une petite méfiance.
On le retrouve dans une formule laptop et platines avec vinyles d’époque, soit des enregistrements des années 20-30 reprenant des musiques diffusées dans les passages parisiens. On retrouve immédiatement le meilleur de l’album avec des nappes à la fois mélodiques et grésillantes, puis de nombreuses cassures et superpositions abstraites, provenant notamment des disques joués en accéléré. Difficile de dire si c’était du à une complète remise en cause de ce live, a la spatialisation, à un set plus ramassé (environ 20mn), toujours est-il que l’on adhéra complètement à cette nouvelle formule, avec même une certaine magie à voir ces enregistrements aussi lointains rendus aussi vivants. Le genre de live qui nous donnait envie de réécouter l’album.

Fabrice ALLARD
le 29/03/2010

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