Présences Electronique 2010 : Charlemagne Palestine / Robert Normandeau / Bérangère Maximin / Åke Parmerud / Fennesz

 date du concert

27/03/2010

 salle

Le 104,
Paris

 tags

Åke Parmerud / Bérangère Maximin / Charlemagne Palestine / Fennesz / Festival Présences Electronique 2010 / Le 104 / Robert Normandeau

 liens

Fennesz
Charlemagne Palestine
Le 104
Bérangère Maximin
Åke Parmerud

Décidément peu de découvertes cette année à Présences Électronique puisque cette deuxième journée commence pour nous avec Charlemagne Palestine que nous avons déjà pu voir à plusieurs reprises en concert. On est toutefois content de le voir invité dans le cadre de ce festival, lui qui est toujours resté à la marge tandis que d’autres "minimalistes" auxquels il n’aime pas être affilié connaissent une reconnaissance internationale.

Charlemagne Palestine est un personnage à part, haut en couleur (et on ne fait pas seulement allusion à ses chemises), faisant un peu figure d’illuminé, mais éminemment attachant, proche de son public. Il commence donc par nous expliquer ce qu’il va jouer en nous faisant part des contraintes physiques de la salle, sans réverbération alors que sa musique demande justement à ce que les notes vivent dans l’espace et se combinent entre elle.
Il commence son concert par une première partie d’une douzaine de minutes, passant ses doigts sur le bord de verres pour les faire résonner et chantant des sortes de mantras entre deux rasades de cognac. Comme pour marquer le passage à la deuxième partie, il fit tinter deux verres entre eux et s’engagea dans la pièce principale interprétée au piano. Jeu saccadé et rythmique sur des aigus perçants dans un premier temps, et lente descente dans les graves pendant près de 40mn avec des changements de tempo et parfois le chant qui refait son apparition. Le genre de pièce que l’on avait déjà pu voir aux Instants Chavirés et qui avait magnifiquement fonctionné, à laquelle on restera ce soir complètement extérieur. Problème de réverbération comme il en faisait part en introduction ou démonstration que cette musique se doit d’être purement acoustique ?

Deuxième partie de soirée dans la salle 400 avec quatre concerts ce soir dont Fennesz en tête d’affiche, et donc tout naturellement salle comble. C’est Robert Normandeau qui ouvrait à 20h. Comme beaucoup, nous avions découvert le Canadien avec son album sorti chez Rephlex, lui apportant une ouverture auprès d’un tout autre public puisque sa discographie se trouve en majeure partie sur la structure canadienne empreintes DIGITALes, dédiée aux musiques concrètes et électroacoustiques.
On sera surpris par les premières notes de cette pièce, aux sons de cornemuse, faisant dans un premier temps penser à des musiques traditionnelles irlandaises avec de grands coups rythmiques au second plan. Petit à petit le son prend de l’ampleur et forme de grosses nappes, puissantes, qui se relancent régulièrement et gagnent en puissance. La montée semble interminable, le principe répétitif, et au bout d’un petit quart d’heure et une ultime relance, le son semble se liquéfier, s’épurer, ne laissant plus que des nappes électroniques tournoyantes, planantes, proche d’un rock progressif allemand à la manière d’un Klaus Schulze. Joli concert, entre tradition et modernité.

L’un des lives qui nous intéressait a priori le plus ce jour était celui de Bérangère Maximin que nous avions vu quelques fois en duo ou dans une présentation de ses travaux passés et en cours. Présences Électronique était l’occasion pour nous de la voir jouer une pièce complète et construite, un tout cohérent.
Malheureusement cette prestation ne fut pas à la hauteur de nos attentes, ni même du calibre du petit aperçu que l’on avait eu de ses travaux. Une musique électronique reproduisant les schémas de la musique concrète, et une voix omniprésente, un récit dont on ne comprendra pas la moitié. On restera du coup complètement extérieur à cette pièce. L’utilisation de la voix en live dans le cadre de ce festival est un sujet à part entière et une difficulté supplémentaire, rarement traité, mais on se souviendra de Maja Ratkje qui avait mis la barre très haut en 2008.

On enchaîne avec le Suédois Åke Parmerud que l’on découvrait pour l’occasion alors qu’il est actif depuis plus de 30 ans dans le domaine des musiques électroacoustiques, travaillant notamment pour le théâtre et le cinéma. C’est une sorte de croisement entre un rugbyman et Patrick Juvet qui débarque sur scène, pantalon en cuir, souliers vernis, veste blanche, il est clair qu’il nous joue la star, et son concert, enfin... son show fut dans une même lignée. Dans un coin, un laptop, Parmerud peut alors se mouvoir sur l’ensemble de la scène et gesticuler avec sa wiimote et son nunchuk puisque sa musique est soit disant produite par ses mouvements. "Soit disant" car on aura un peu de mal à faire le lien entre sonorités produites et gestuelle. Tout est too much, grandiloquent, théâtral, avec une gestuelle appuyée, puis l’impression que tout est faux avec au final le sentiment qu’une grande partie de la musique est déjà enregistrée et diffusée par le laptop tandis que le Suédois ajoute quelques bruitages par dessus. Il finit par prendre la pose, donne une dernière secousse à ses instruments produisant une sourde basse alors que les projecteurs pointés sur la star s’éteignent. Entre cirque et musique, c’était Åke Parmerud !!

Après le Suédois, Fennesz fait preuve d’une naturelle sobriété. Cela fait quelques années que l’on ne suivait son travail que de très loin, aidé par une rareté des passages sur scène après des années 2002-2004 très (trop ?) riches, et un passage à Présences Électronique en 2005 extrêmement décevant. Aussi ce soir nous n’attendions rien de Fennesz, espérant seulement être un peu surpris. Pour la surprise, il faudra repasser : l’Autrichien reprend sa formule laptop + guitare, cette dernière étant mise dans un premier temps très en avant.
Après un retour au calme, il abordait une deuxième partie plus complexe, plus abstraite, dont on ne percevra pas forcément la direction mais qui nous paru plus intéressante, mêlant strates de guitares et respiration, vibration des machines. Ce ne fut donc pas la surprise, ni la révélation du festival, mais un honnête concert de Fennesz.

Fabrice ALLARD
le 04/04/2010

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