Brussels Electronic Music Festival 2010 : Jóhann Jóhannsson / soirée Raster-Noton : Aoki Takamasa / Cyclo. / Atom TM

 date du concert

28/03/2010

 salle

Bozar,
Bruxelles

 tags

Alva Noto / Aoki Takamasa / Atom TM / Bozar / Brussels Electronic Music Festival 2010 / Carsten Nicolaï / Cyclo. / Jóhann Jóhannsson / Raster-Noton / Ryoji Ikeda

 liens

Ryoji Ikeda
Carsten Nicolaï
Jóhann Jóhannsson
Alva Noto
Aoki Takamasa
Raster-Noton
Bozar
Atom TM

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Comme l’an passé, la soirée du dimanche du Brussels Electronic Music Festival fut presqu’entièrement consacrée à de la musique plus expérimentale (avec un nouveau plateau Raster-Noton) et, comme l’an passé, le public évolua avec : moins festif et un peu plus âgé que la veille, idéal en somme pour apprécier les quatre concerts offerts dans la salle Henry Le Boeuf.

Vers 19h15, Jóhann Jóhannsson et ses complices prirent place sur scène : lui côté jardin au piano à queue et machines, un quatuor à cordes (violoncelle, alto et violons) au centre et un sixième homme côté cour, chargé des percussions (acoustiques et électroniques). Régulièrement présent sur les scènes françaises, nous n’avions cependant pas encore pu apprécier l’Islandais en concert, et cette participation consistait donc une bonne occasion, au moment où Type s’apprête à sortir son nouvel album (qui sera donc évoqué prochainement).
Conformément à l’idée qu’on s’en faisait et dans la grande tradition néo-classique, les morceaux de Jóhannsson débutèrent par une base de piano ou de cordes, avant d’être rejointe par les autres instruments pour former un ensemble cohérent, mais jamais trop étendu (quatre-cinq minutes maximum par titre). La dimension fortement élégiaque du propos, principalement prégnante quand les quatre cordes intervenaient en même temps que des nappes synthétiques enveloppantes, était en outre soulignée par des vidéos en noir et blanc. Celles-ci, entre autres signes contemplatifs, montrèrent des vols d’oiseau au ralenti qui nous firent évidemment penser au travail de Felix Gonzalez-Torres dont nous venions de voir l’exposition au Wiels.
Alors que les morceaux comportant des percussions n’étaient pas les plus intéressants (surtout au début du set, les coups sourds étant nettement trop forts), on s’interrogea aussi sur la présence d’un troisième violon samplé et lancé par Jóhann Jóhannsson. En effet, l’intérêt d’un tel insert, dès lors qu’un quatuor réel était déjà en place, nous échappa... à moins qu’il ne s’agissait d’en surajouter pour rechercher l’émotion, avec toutes les réserves qu’un tel procédé peut susciter. De même, on se fit dubitatif sur le repiquage des cordes par micros interposés, cet artifice faisant perdre un peu d’ampleur par rapport au ressenti en direct qu’on entendait parfois à la fin des morceaux. Cependant, malgré ces remarques, la petite heure de concert fut tout à fait convaincante et fit état d’une réussite certaine dans la rencontre entre néo-classique et électronique.

Après un changement de matériel, le « showcase » Raster-Noton put débuter avec Aoki Takamasa dont ces pages ont pu récemment évoquer un 12" précisément sorti sur la structure allemande. Dans la foulée de cet EP, le Japonais, installé derrière trois laptops et de nombreuses machines, livra une prestation particulièrement intéressante. Débutant avec des éléments acérés typiques Raster-Noton (clicks, grattements semblables à ceux d’une allumette...), il enchaîna avec l’introduction de beats plus appuyés et quelques vocalises. Probantes dans leur aspect purement évanescent, ces dernières furent moins pertinentes quand elles s’apparentaient à des bribes de phrases troncaturées. Enfin, au terme d’un set à la construction impeccable et au timing global parfait, Takamasa termina par une séquence arythmique limite ambient.
Un mot sur les diapositives projetées derrière lui pour indiquer qu’elles se partageaient entre vues citadines (nombreux immeubles) et plans aériens avec à nouveaux des vols d’oiseau en noir et blanc (à croire que tous les musiciens de ce soir avaient décidé de rendre hommage au plasticien états-unien...).

Malgré l’absence de nouvel album depuis 2001 (et un concert au Batofar, relaté dans ces pages), Cyclo. est toujours actif et Carsten Nicolai et Ryoji Ikeda étaient également présents ce dimanche soir, histoire d’alimenter en sons minimaux les spectateurs majoritairement venus pour le duo. Et ils ne furent nullement déçus. De fait, le mélange de fréquences, les clicks précis, les légères saturations et les grésillements pointus furent au rendez-vous des trois-quarts d’heure de set. Pendant ce temps-là, sur l’écran, nuages de points et formes géométriques blancs sur fond noir évoluaient en même temps que la musique, se brouillant quand les grésillements faisaient leur entrée, se mouvant lorsque les fréquences étaient plus aigues, etc...
Les saturations se firent de plus en plus fortes vers le final tandis qu’apparurent des flashes blancs stroboscopiques qui clôturèrent donc en beauté un concert auquel on fit toutefois un seul reproche : avoir été très exactement conforme à ce qu’on avait imaginé sans avoir écouté jusqu’alors aucune note du duo.

Pour terminer la soirée et le week-end, Atom TM et sa petite machine prit place au milieu de la grande scène pour une prestation qu’on délaissa au bout d’une vingtaine de minutes, lassé par cette alternance d’électro puissante et d’électro-pop (mal) chantée par Uwe Schmidt. Bref, on préféra laisser là le Bozar et conserver le souvenir des trois autres concerts.

François Bousquet
le 05/04/2010

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