Présences Electronique 2010 : Daniel Teruggi / Bruno Letort / Giuseppe Ielasi / Akira Rabelais & Stephan Mathieu / Kasper Topelitz & Zbigniew Karkowski

 date du concert

28/03/2010

 salle

Le 104,
Paris

 tags

Akira Rabelais / Festival Présences Electronique 2010 / Giuseppe Ielasi / Kasper T. Toeplitz / Le 104 / Stephan Mathieu / Zbigniew Karkowski

 liens

Stephan Mathieu
Kasper T. Toeplitz
Le 104

 dans la même rubrique
19/09/2017
David Merlo / Gaute Granli / Steve Jansen
(Pointe Lafayette)
05/08/2017
Ujjaya
(Petit Bain)
02/06/2017
Acetate Zero / He Died While Hunting
(Olympic Café)

Cette dernière soirée du festival fait ressortir deux traits caractéristiques de l’approche musicale du GRM : l’aspect musique concrète d’une part, le haut-parleur sur scène comme un interprète à part entière d’autre part.

Daniel Teruggi est argentin, pianiste de formation, et présente une composition (mixée par ses soins) qui illustre bien la production du GRM dont il est un membre éminent depuis une trentaine d’années : des sons récupérés à droite à gauche, des sons enregistrés pour l’œuvre, mais dans tous les cas des sons concrets (qui n’auraient pas déplu à Pierre Schaeffer), dont on a l’impression de pouvoir retracer la provenance. À vrai dire, pendant tout le set on se disait que c’était une œuvre d’un des pères fondateurs du GRM. Il est cependant perturbant d’entendre une musique qui paraît un âge qu’elle n’a pas : ce qui aurait pu être novateur, expérimental (au sens premier du terme) il y a 50 ou 40 ans semble aujourd’hui simplement daté. Franchement, est-ce bien nécessaire de nous infliger ces bruits de moteur d’avion qui s’arrête à chaque fin de morceau ?

Bruno Letort est résolument plus jeune, c’est un enfant du rock, et ces compositions à base de guitares saturées sont sacrément entrainantes. Il mixe en direct, les sons sont spatialisés sur les haut-parleurs répartis sur la scène, et là encore on retrouve l’esprit du GRM : les haut-parleurs prenant la place des musiciens, le compositeur-mixeur celle du chef d’orchestre. Cela pousse à s’interroger : il aurait pu demander à quatre guitaristes d’interpréter sa composition sur scène, et il y a des chances que cela nous aurait encore plus plu (ben oui, c’est un poil moins sexy, un type derrière sa console de mixage). Mais alors problème : n’aurait-on pas affaire à un groupe de rock’n’roll ? Si, sûrement, et alors ils ne pourraient plus passer à Présences électronique, ce serait du tout-venant tout juste bon pour la cave d’un bar vers Ménilmontant (on ne parle pas même pas de décrocher une place improbable de "compositeur en résidence" de l’orchestre national de Biélorussie). Pourtant à l’oreille ce serait pareil. C’est compliqué, la musique contemporaine.

Giuseppe Ielasi est plus proche de nous : on l’a croisé dans le public de festival d’improvisation, on l’a vu jouer devant un public bien moins nombreux que ce soir, et on est bien content qu’il soit aujourd’hui dans une salle aussi grande et remplie. Étonnamment, sa pièce nous semble aussi très connotée GRM ! Est-ce l’atmosphère qui déteint sur notre perception, ou bien a-t-il orienté son set vers ce genre de sons ? Bref on a l’impression d’entendre un florilège des bruits des appareils informatiques des débuts : cliquetis d’imprimantes à aiguilles, bibilips de modems 36k. Ielasi ferait-il la musique de l’entreprise, un peu comme Laurent Cantet fait des films sur le monde du travail ? Bon heureusement cela ne dure pas, et bientôt tout se fond, s’intègre pour un projet plus ambitieux que la simple juxtaposition de sons concrets et de concepts. Finalement, c’est peut-être encore une métaphore sur l’évolution de la musique électronique, et donc quelque chose de très conceptuel, alors que tout simplement ce que l’on entendait nous plaisait bien sans trop se poser de questions.

Après la pause, c’est le duo de Stephan Mathieu et Akira Rabelais qui prend place, et qui nous ramène 10 ans en arrière quand ces deux musiciens faisaient les beaux jours des labels Ritornell et Orthlorng Musork. C’est leur côté le plus abstrait (Ritornell donc) qu’ils mettent en avant ce soir. Avec une surprise : Stephan Mathieu n’a plus de laptop, mais un clavecin (quitte à virer dans l’acoustique, il n’a pas fait les choses à moitié). Il y a un côté très régulier, très mathématique à son jeu, ce qui n’est pas étonnant vu le personnage (on ne s’attendait pas à un trop-plein d’émotions qui déborde), et c’est plaisant de voir que son approche musicale s’applique aussi bien à d’autres media que ceux sur lesquels il avait commencé. Pendant ce temps, Akira Rabelais tissent des nappes ambient au laptop. C’est surement le concert le plus abouti de la soirée, mais l’austérité de la musique n’est pas à même de transporter les foules. Et puis tout ceci ne dure pas très longtemps, d’autant plus que Stephan Mathieu cesse de jouer à la moitié du concert, pour se contenter de regarder son compère. Si ça se trouve ils ne s’étaient pas concertés sur ce qu’ils allaient jouer ensemble, et avaient prévu des morceaux de durées différentes ?

Pour finir la soirée, Kasper Toeplitz interprète Zbigniew Karkowski. On aime bien écouter du Karkowski : ça crépite de partout et c’est bruitiste avec des sonorités qui ne le sont pas. Mais on aurait bien aimé le voir sur scène, quitte à ce qu’il nous passe un disque et se contente de regarder son mail sur un laptop. Pourtant Toeplitz n’a pas l’air d’en faire tellement plus. Il joue de la basse, et changera par deux fois le réglage des pédales d’effets qui retraitent le son : cela fait donc trois parties dans le concert, du moins haché au plus crépitant, et puis voilà. Ce n’est pas très enthousiasmant, cette impression que c’est le réglage qui fait tout, et que les cordes pourraient être remplacées par du bruit blanc sans qu’on y perde (heureusement, on se trompe surement, il doit bien y avoir autre chose, hein ?).

Au final, il semble bien que la thématique de toute la soirée était notre difficulté à apprécier la représentation scénique des œuvres électroniques. Pourtant on n’est pas bien difficile, pas besoin que les types sur scène bougent le popotin pour nous plaire. Mais l’approche typique du GRM, à savoir présenter la musique électronique comme une musique savante, élire les représentants potentiels du chapitre "électro" d’un livre de musique classique du 25e siècle, nous a paru vaine et un peu prétentieuse. Il faut dire que les artistes invités commencent à être un peu toujours les mêmes : peut-être faudrait-il un peu de sang neuf, de musiciens qui fassent des choses un peu crassouilles (mais vivantes), ou des tubes entrainants (mais bruitistes et bricolos).

Bertrand Le Saux
le 30/04/2010

À lire également

08/12/2002
Batofar cherche l’Italie
(Batofar)
Stephan Mathieu
On Tape
(Häpna)
29/09/2003
Zbigniew Karkowski / (...)
(Instants Chavirés)
13/02/2010
Paysage Différé #02 : (...)
(Société de Curiosités)