Étrange Festival 2003 – 2ème semaine

 réalisateur

Takashi Miike

 date

du 27/08/2003 au 09/09/2003

 salle

Forum des Images,
Paris

 tags

Forum des Images / Takashi Miike

 liens

Forum des Images

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Mercredi 3 septembre

La semaine d’un assassin, de Eloy de la Iglesia (1972)
Ce qui frappe dans ce film de Eloy de la Iglesia, c’est la triste banalité de la suite d’évènements qui conduisent un homme à commettre un crime. Une altercation avec un chauffeur de taxi qui dégénère, la mort de celui-ci, et l’engrenage attrape le personnage principal, un ouvrier boucher qui vit dans une maison promise à la démolition, au milieu d’un terrain vague. Il lui faut alors éliminer des témoins qui pourraient le dénoncer à la police, puis se débarrasser des corps. Pour cela, un citoyen ordinaire ne peut pas avoir recours aux astuces des romans policiers, ça ne marche pas dans la vraie vie, il y a toujours quelqu’un à vous épier. Il faut se débrouiller avec les moyens du bord, et c’est la logique des moyens mis en oeuvre qui fait froid dans le dos.

La vallée des plaisirs, de Russ Meyer (1970)
À la fin des années 60, un groupe de rock féminin, les Carrie Nations, vient tenter sa chance à Los Angeles, ville de toutes les débauches (houla !) mais aussi de la réussite sociale (wouah !). C’est une des jolies réussites de Russ Meyer : les poitrines sont opulentes, c’était un pré-requis du casting, mais les frimousses n’en oublient pas d’être mignonnes et espiègles, et on est bercé de bout en bout par la jolie pop de l’époque. On a même droit à une très belle scène (au ralenti) de course entre deux amoureux dans une prairie en fleurs : un très beau moment qui ne peut exister qu’au cinéma, puisqu’un rhume des foins nous assaillirait aussitôt si on essayait d’en faire autant.
Plus surprenant, au début du film une sorte de diaporama nous présente Los Angeles, sous ses aspects riches ou bien sordides : cela produit exactement les effets du montage prôné par l’école russe au début du siècle (alternance de plans d’abattoirs et de répression de soulèvement populaire dans les films d’Eisenstein par exemple), c’est à dire une réaction réflexe qui altère notre état d’esprit et notre réception des images qui vont suivre. Le film est pour et à la gloire des adolescents. Les trois héroïnes passent de bras en bras au fil de leurs amourettes, font la fête, s’encanaillent même auprès de personnages interlopes. Tout est fait pour que le teenager puisse s’y identifier, comme nous vers 7-8 ans quand nous lisions Le Club des Cinq.
Mais attention, que l’adolescence soit le temps de toutes les expériences, soit ! Mais le film nous montre bien que la dépravation peut conduire au pire ! Mieux vaut épouser un futur avocat aux poches qui promettent d’être garnies qu’un boxeur beau parleur dont la gloire sera éphémère ! Quant aux sexualités non-orthodoxes, ce n’est pas ça qui permettra de fonder un bon foyer... Heureusement l’Amérique peut dormir tranquille, le bon grain est finalement séparé de l’ivraie. Chose étrange, ce discours moralisateur bon teint n’empêche pas d’apprécier le film, peut-être parce qu’on sent bien que l’équipe du film n’y croit pas vraiment non plus, et doit bien rire en douce de ce petit tribut à la kulturindustri bien-pensante.

Jeudi 4 septembre

Le bal du vaudou, de Eloy de la Iglesia (1973)
Il n’y a pas de vaudou du tout dans ce film, mais une histoire proche de celle d’Orange Mécanique, de Burgess. Dans une société plus ou moins futuriste, une bande de jeunes s’adonne à la violence gratuite, et les hôpitaux ont des programmes de réadaptation à la société pour les délinquants. Une des grandes qualités du film, notamment en comparaison à l’adaptation de Kubrick, est de se situer dans une société qui pourrait être la notre. Seuls quelques petits détails font basculer la situation vers l’anticipation, ou plus exactement dans un univers parallèle. On retrouve Sue Lyon dans le rôle principal d’une infirmière à la compassion exacerbée. Elle a eu une trajectoire d’actrice assez bizarre, commençant très jeune dans Lolita pour Kubrick, puis après quelques films quittant le cinéma pour se marier. Elle montre pourtant dans ce film des grandes qualités d’interprétation, toute en ambiguïtés.
L’un des organisateurs du festival expliquait avant le film la difficulté qu’ils avaient eu à convaincre de la Iglesia de le projeter : Le Bal du Vaudou est un mauvais souvenir de son réalisateur, qui ne s’entendait pas avec l’équipe du tournage et n’a notamment jamais parlé à son acteur principal. Malgré ce désaveu rétrospectif, ce film n’en reste pas moins un objet fascinant, preuve que les projets de cinéma montés par un producteur peuvent donner des résultats aussi intéressants que les films présentés comme réalisation de la vision d’un créateur unique, le metteur en scène.

Vendredi 5 septembre

Call Girls, de Masato Harada (1997)
Au milieu des années 90, les lycéennes et jeunes étudiantes japonaises avaient trouvé un moyen de se faire de l’argent de poche en passant leurs soirées avec des hommes d’age mûr, au début simplement en chantant avec eux au karaoké, puis en se prostituant. C’est cette période que chronique le très beau film de Masato Harada, en racontant quelques heures de la vie de ces jeunes filles. Un petit McGuffin sert à entretenir le suspense et à justifier les rebondissements : une d’entre elles veut partir à New-York et dispose d’une soirée pour accumuler un peu d’argent pour vivre là-bas.
Mais ce qui importe ici, ce sont les portraits de ces jeunes lycéennes que dessine Harada, et sa tentative de comprendre leur état d’esprit et leur langage. Il a choisi ses interprètes parmi les jeunes filles qu’il avait auditionné pour se renseigner sur le phénomène, et elles sont toutes étonnantes de justesse. En prolongement du metteur en scène qui s’interroge sur ces "ko-garu" d’un nouveau style, Koji Yakuchô interprète un yakusa dépassé par cette nouvelle concurrence. Et bien qu’on le retrouve plusieurs fois par an dans les films japonais qui parviennent aux écrans français, il ne lasse pas et continue sur sa lancée de valeur sure du cinéma nippon.

Gladiatrices, de Steve Carver (1973)
L’argument du film est assez simple, et présente des similitudes parfaitement assumées avec Spartacus : des gladiateurs qui en ont marre de leur statut de chair à combat pour le bon plaisir des spectateurs de l’arène se révoltent. Sauf qu’ici, nous avons affaire à des gladiatrices ! Et pas des moindres, puisque la formidable Pam Grier est de la partie. À la question de savoir ce qui définit un bon acteur, on risque d’obtenir autant d’avis différents que de réponses, et cela ne permettra pas d’énoncer de règles et de critères simples. Pour Pam Grier, une chose est sure, elle entre dans cette catégorie, elle est cinégénique par définition, il suffit de la voir évoluer en costume de gladiateur avec son trident à la main pour en être convaincu. Bon, cette production Roger Corman accuse le faible budget qui lui est alloué : pas de grands plans d’ensemble de l’arène, et les décors masquent mal leur réalité de carton-pâte. Les seconds rôles sont tendrement bizarres et anachroniques, comme cette gladiatrice pochetronne aux cheveux bouclés à l’anglaise, qui lance de petits cris d’effroi après chaque coup de glaive.

Samedi 6 septembre

Kamikaze Taxi, de Masato Harada (1995) :
C’est avec ce film que Harada a connu un son premier succès, notamment grâce à la célébrité de Koji Yakuchô, qui interprète l’un des deux rôles principaux. L’histoire commence autour d’un jeune yakusa, dégouté des collusions entre son gang et des politiciens, qui décide de les trahir. S’en suit une course poursuite, dans laquelle il monte dans le taxi de Yakuchô. Le reste du film est un road-movie où les deux hommes apprennent à se connaître et prennent le recul sur leurs existences que leur autorise la menace de mort incarnée par les yakusas. C’est très bien filmé sans artifices voyants, avec des images souvent très sombres, les rares scènes de jour n’étant éclairées que par un soleil blafard.

Dead or Alive 1, de Takashi Miike (1999)
Premier volume de la série, où l’affrontement dantesque de Riki Takeuchi en voyou sans morale et Sho Aikawa en flic désargenté. Histoire de yakusas somme toute classique, ponctuée par les trouvailles visuelles jouissives de Miike. Le casting est déjà en lui-même un argument suffisant pour ce film, car les deux acteurs peuvent chacun prétendre au statut d’icône du cinéma d’exploitation japonais des années 90. Chaque année, Takeuchi interprète le rôle du yakusa dans une vingtaine de films qui sortent en direct-to-video et ne connaîtront probablement jamais l’honneur d’un écran de cinéma. Aikawa a choisi un voie moins prolifique, mais peut-être plus qualitative, en tournant régulièrement dans les productions de Kiyoshi Kurosawa, notamment la formidable épure sur la vengeance qu’est Hebi no Michi.

Dead or Alive 2, de Takashi Miike (2000)
On reprend les mêmes acteurs, mais ils interprètent cette fois-ci deux tueurs qui reviennent se cacher dans leur île natale. On a le droit à des débats philosophiques sur la plage, une pièce de théâtre avec des lions et des abeilles dans un orphelinat, mais aussi des tours de magie effectués par Shunya Tsukamoto lui-même et un guide sur la manière de manger ses "kitsune udon". Bref on sent le plaisir de Miike de réunir une nouvelle fois sa petite troupe et de partir en vacances avec eux (dans la petite vidéo d’introduction diffusée avant le film, il insistait bien sur le plaisir qu’il avait eu à voyager pour ce film).

Dead or Alive 3, de Takashi Miike (2002)
Dans le précédent épisode, les deux héros se refusaient à mourir, ils se devait donc de revenir, et pourquoi pas dans un remake de Blade Runner ? L’action se passe à Yokohama en 2346 (en fait Hong-Kong de nos jours) et Riki Takeuchi interprète un chef de police spéciale chargé d’obliger les habitants à prendre une drogue, tandis que Sho Aikawa est un cyborg expert en arts martiaux qui vient en aide à une troupe de rebelles. Si les premiers films conservaient encore un vague soupçon de réalisme, il a bien disparu ici : pour ne pas être en reste sur leurs homologues chinois en matière de combats, Takeuchi et Aikawa ont recours à de hautes doses d’effets spéciaux. Le film se finit dans une grande osmose entre les machines, l’esprit et la matière, et c’est forcément un peu loufoque.

Dimanche 7 septembre

Mélodie pour un yakusa, de Masato Harada (1986)
Film des débuts de Harada, quand il était encore en apprentissage selon ses termes, pour lequel il préviendra avant le film de surtout s’intéresser à l’image et à la mise en scène car il n’est pas très content du scénario et du reste de la production sur lesquels il n’avait aucun pouvoir d’intervention. Quoi qu’il en soit, cela ne laissera pas un souvenir impérissable. Un yakusa mélancolique laisse la vie sauve à un adversaire qu’il devait tuer, et il se retrouve au milieu de luttes d’influences entre différents gangs. Le film est plombé par son sentimentalisme larmoyant et benêt, et un peu aussi par son esthétique années 80 des plus ridicules. Alors c’est peut-être effectivement à considérer comme un film d’apprentissage : il semble que Harada possédait déjà des compétences techniques (des monochromes floutés laidissimes pour les scènes de souvenir..), mais elles étaient employées sans grand discernement. Pour compenser, les rares scènes d’action font leur effet, et on apprend dans le combat final que si les vieux renards sont vieux, c’est parce qu’ils ont toujours su être plus rusés que leurs adversaires.

Inugami, de Masato Harada (2001)
Harada s’est essayé au genre fantastique avec ce film sur une famille poursuivie par une malédiction depuis des générations et qui est pour cette raison rejetée par les gens de leur village. Pas de grande frayeur pour autant, c’est surtout l’occasion de faire une nouvelle étude des personnalités de gens soumis à une pression anormale du fait de cette malédiction, dont on ne sait pas si elle est réelle, ou s’il s’agit juste d’une rumeur lancée par jalousie envers les riches étrangers qui sont venus un jour s’installer dans le village. On y voit aussi de superbes paysages, malheureusement un peu étouffés sous les violons, pour lesquels Harada a dû filmer dans plusieurs endroits du Japon, car il ne trouvait plus aujourd’hui de région suffisamment sauvage pour coller à son idée. Dans son discours d’après-film, on comprenait l’extraordinaire travail de montage qui avait été le sien, puisque par exemple la fabrique de papier où travaille l’héroïne et qui donne l’impression d’être à l’orée d’un bois se trouve en fait en pleine ville.
De plus, si ses films soulèvent toujours des questions de fond (prostitution lycéenne, place des immigrés, sclérose de la société traditionnelle japonaise) qui amenaient les spectateurs à l’interroger sur ces sujets, on sentait que son esprit pétillait quand une question technique était posée, et qu’il avait à expliquer par exemple le recours au noir et blanc dans une scène sanglante, car sinon le rouge du sang aurait ôté la gravité de la scène pour la faire basculer dans le gore. Il confiait enfin son envie que son prochain film soit un jidai-geki, un film de sabre, tourné en noir et blanc et en scope, comme les films de son enfance.

Dates de sortie :
- Dead or Alive 2 : 21 janvier 2004
- Dead or Alive 3 : 21 janvier 2004

Bertrand Le Saux
le 15/09/2003

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