Festical FatCat : Black Dice - Fennesz - Dorine Muraille - Sylvain Chauveau

 date du concert

01/05/2003

 salle

België,
Hasselt

 tags

België / Black Dice / David Grubbs / Dorine_Muraille / Drowsy / Duplo Remote / Fennesz / Festival FatCat 2003 / Sylvain Chauveau

 liens

Sylvain Chauveau
Fennesz

Deux mois après K-raa-K, c’est cette fois l’éclectique label Fat Cat qui est mis à l’honneur par la dynamique salle de Hasselt. Comme d’habitude, une organisation impeccable, les artistes se suivent sur deux podiums avec régularité, ce qui permet d’éviter les temps morts. Dans la 3e salle, une projection de films que la densité du programme musical ne nous aura pas permis d’apprécier.

Ca commence de belle manière avec Dorine_Muraille, que je découvrais pour l’occasion. Ses paysages electronica attrayants et diversifiés naviguent entre glissades éthérées et poussées plus denses, le tout agrémenté de clicks et craquements bien à propos et complété par des projections. Bien que les mélodies fassent un peu défaut, au risque de tomber dans une certaine abstraction, ce set m’a convaincu du talent de son auteur à agencer un univers en constante évolution tout en s’appuyant sur des points d’ancrage solides.
On passe ensuite dans l’autre salle pour découvrir Drowsy, tout droit venu de Finlande avec sa guitare acoustique. Une succession de chansons douces et fragiles, sur un chemin déjà bien balisé, sa voix évoquant nettement Simon & Garfunkel. Sympathique, rafraîchissant, mais pas transcendant.
Immédiatement après, sur la scène principale, les deux hurluberlus de Animal Collective s’excitent sur leurs guitares en éructant des borborygmes divers et des psaumes hispano-punks. Une curiosité.
Je ne reste pas longtemps devant Duplo Remote, dont j’ai quand même pu constater qu’il s’était un peu amélioré depuis sa prestation au festival Panoptica en octobre dernier, mais qui continue à ne pas me convaincre avec sa volonté affichée de convoquer tous les styles et toutes les influences en perdant en chemin ce qui pourrait faire sa véritable identité. Ses morceaux techno foutraques ne sont pas rebutants, mais restent trop disparates pour accrocher l’attention.

Les choses sérieuses commencent ensuite avec Black Dice, dont l’album Beaches & Canyons est une vraie réussite dans la catégorie "aliens musicaux". Il est assez difficile de décrire leur musique, mais ce fut sans doute le meilleur concert du festival. Ca commence en douceur, avec des collages électroniques auxquels se joignent de délicats arpèges de guitare et le léger balayement de la batterie. Celle-ci va ensuite prendre une place de plus en plus grande pour conférer au set une remarquable intensité. Lorsque les deux frontmen aux machines (et sporadiquement au micro), le guitariste et le batteur sont au faîte de leur jeu, impliqués de manière impressionnante dans leur prestation, ils produisent une alchimie très originale de sons et de rythmes, à laquelle il est difficile de ne pas succomber. Aucun cliché dans les morceaux, qui lorgnent vers la rythmique pure sans jamais s’y adonner, qui évitent soigneusement les expérimentations stériles, bref qui procurent une réelle impression de sens et de conviction. Assurément un groupe à suivre.

Le bonheur se poursuit avec Sylvain Chauveau, que je découvrais également. Il commence par de petites pièces très belles au piano, entrecoupées d’intermèdes moins convaincants à la guitare. On se demande finalement s’il ne devrait pas se contenter de son clavier, quand il réoriente son set pour le conclure par un long morceau à la guitare, augmenté de boucles et de samples vocaux. J’ai malheureusement raté une partie du set mais ce que j’en ai vu me laisse entrevoir le talent du monsieur, tant dans la confection de vignettes pianistiques introspectives que dans l’élaboration d’un paysage plus complexe et extrêmement plaisant.

La star se profile ensuite, en la personne de M. Fennesz. Aux dires des spécialistes, il était difficile de savoir à quoi s’attendre et l’on eût fort bien pu être déçus. Il n’en fut rien, bien qu’il soit évidemment ardu de décrire ce qui nous fut proposé. Le set fut bref mais permit néanmoins de pénétrer dans son univers bien particulier de manière immédiate, intense et progressive. Il se résuma pour ainsi dire à une longue pièce à la fois dense et légère, décomposée en plusieurs mouvements au tempo et à la tonalité variables. Un substrat solide sur lequel s’égayent de multiples variations sourdes ou plus grésillantes. Cette première expérience de Fennesz en live me confirme, d’une part, son indéniable talent, mais m’évoque, d’autre part, les limites possibles de son travail puisque rien ne fut véritablement surprenant ou emballant.

Arrivant dans l’autre salle, on trouve David Grubbs au piano, pour un résultat assez différent de celui délivré par Sylvain Chauveau un peu plus tôt. Les textures sont plus amples et évoquent une certaine forme de jazz (l’influence de Keith Jarrett, me souffla une voix autorisée qui avait, par ailleurs, vu en Steve Reich un parrain possible de Sylvain Chauveau). Rien de férocement original dans les morceaux proposés, mais un contrepoint bienvenu à la prestation précédente. Ensuite, le musicien empoigne sa guitare et j’avoue avoir été moins convaincu par cette deuxième partie, surtout par les morceaux chantés d’une voix sobre mais plaintive. Pour le reste, il joue très bien, d’une manière très "technique" qui aura sans doute ravi les amateurs, au rang desquels je ne figure pas. Au final, un concert agréable, mais pas la découverte que j’escomptais.

Juste avant de quitter les lieux, on aura le temps de savourer le premier morceau des vidéastes Semiconductor (partenaires occasionnels de Warp), minimaliste et métallique, qui collait à merveille (c’est bien leur boulot) avec les projections géométriques et colorées. Il nous revient que la suite n’était pas du même niveau, ce qui ne ternit en rien l’impression d’ensemble très positive qui se dégage de ce festival.

Gilles Genicot
le 02/05/2003

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