Paris Cinéma 2011 - Compétition internationale

 réalisateur

Denis Côté

Kôji Fukada

 date

du 02/07/2011 au 13/07/2011

 salle

Mk2 Bibliothèque,
Paris

 tags

Denis Côté / Kôji Fukada / Mk2 Bibliothèque

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Depuis qu’il a resserré sa compétition de longs-métrages à huit films, Paris Cinéma semble avoir trouvé la bonne cadence. En revanche, hors compétition, le nombre d’avant-premières reste toujours aussi impressionnant (quarante-neuf cette année) et leur sélection échappe à toute logique : films de grands auteurs montrés à Cannes (Almodóvar, Von Trier, Téchiné, Dumont), nouvelles créations animées (Cars 2 et Hop) ou comédies françaises à sortir ces prochaines semaines. Pour revenir à la compétition, elle pioche, comme de coutume (et parfois de manière un peu trop opportuniste), dans les grands festivals de la saison écoulée ; par conséquent, on y retrouve une des lignes de force des derniers mois : l’enfance secouée, au cœur des tourments familiaux.

Enfants malades ou isolés

Ainsi Julyvonne, la fille de douze ans de Jean-François reste-t-elle toute la journée à son domicile, sans jamais aller à l’école, ni voir d’autres enfants, tandis que son père, dans cette petite ville du Québec, vit un peu à l’écart du monde, faisant tout juste l’aller-et-retour entre ses deux jobs et sa maison. L’acteur principal et la mise en scène de Curling furent primés à Locarno l’été dernier, et c’est tout à fait justice pour ce beau film de Denis Côté qui fait le choix de ne jamais motiver ce mode de vie d’ermite, non plus que la présence, dans la neige alentour, de quelques cadavres ou d’un tigre (!). Pourtant, cette inquiétude non expliquée, de laquelle nous ne sommes pas forcément très clients d’habitude, trouve ici un bel épanouissement. Pour ce faire, le réalisateur canadien installe un climat d’ensemble étrange et calme, des personnages secondaires intéressants et quelques pistes narratives soit fausses, soit non poussées à bout (mais, là non plus, rien qui ne nous dérange, tant cela entre en cohérence avec le reste du propos).

Comme Julyvonne, Cecilia, l’héroïne d’El Premio, vit avec un seul de ses parents dans une maison isolée alors qu’elle aspire pourtant à aller à l’école et à vivre comme les autres. Mais, dans cette Argentine des années 1970, sa mère, opposante à la dictature militaire, n’y est pas favorable, de crainte d’être repérée. Cette vie dans la clandestinité vue à travers les yeux de cette enfant de sept ans, dépassée par la situation, bénéficie des possibilités offertes par le filmage en numérique. Ainsi, Paula Markovitch opère un traitement du son et de l’image venant habilement servir son propos : le son rend en permanence perceptible le bruit des vagues et du vent, ne laisse affleurer que quelques bruits et en masque la plupart des autres, afin de rendre plus concret ce sentiment d’enfermement ; par ailleurs, l’image sans grain et filtrée dans les bleus-gris donne une forme d’atemporalité cotonneuse au film. Pour autant, ce premier long-métrage, qui reçut quand même le Prix des étudiants, souffre d’un léger problème d’agencement car, si chaque scène trouve son exacte durée, l’ensemble a tendance à tirer en longueur et vient alors tempérer notre impression positive à son égard.

Point d’orgue de cette thématique et de cette compétition (à ce titre, il rafla logiquement les Prix du public, du jury et des blogueurs), La Guerre est déclarée arrivait à Paris Cinéma encore nimbé de l’écho enthousiaste recueilli par le film à Cannes. Dans ce contexte, qu’ajouter de plus à cette réalisation de Valérie Donzelli qui n’a déjà été écrit lors de sa présentation triomphale en ouverture de la Semaine de la Critique ? Au risque de passer pour un suiviste faiblard, on va donc s’unir à la cohorte des commentateurs extatiques et souligner les grandes qualités du film. Parvenant à éviter désagréable suspense (la survie de l’enfant du couple Donzelli-Elkaïm, atteint d’une tumeur au cerveau à l’âge de 2 ans, n’est jamais un véritable enjeu), pathos et tire-larmes (hormis la scène, un rien stylisante, dans laquelle les personnages apprennent l’existence de la tumeur), la cinéaste retrouve la fraîcheur générale de La Reine des Pommes malgré un sujet autrement plus lourd. Toujours entourée d’excellents seconds rôles (Béatrice de Staël, Anne Le Ny, Frédéric Pierrot), rejointe pour de courts instants par des figures connues et amies (Serge Bozon, Katia Lewkowicz, Laure Marsac), Valérie Donzelli signe en vérité un long-métrage davantage consacré au couple et à sa façon de traverser l’épreuve qu’à la maladie en elle-même. Dans l’attente de son très probable succès public dans quelques semaines, la force, teintée parfois de légèreté, de ce couple restera comme le plus beau moment du festival.

Jeunes filles en couple ou en bande

Outre ces histoires d’enfants meurtris, la compétition s’attacha au parcours de jeunes filles. Ainsi, Sur la Planche de Leïla Kilani se situe à Tanger et tourne autour de la petite bande de Badia, qui trime à l’usine de crevettes le jour et effectue menus larcins la nuit. Nerveux et saccadé, épousant le débit de paroles de ses protagonistes, le film s’avère efficace et bien troussé mais assurément survendu par Paris Cinéma (même le jury a marché, en lui offrant une mention spéciale). En effet, quoi de « visionnaire » par rapport au printemps arabe dans ce long-métrage ? Quelle filiation avec Pialat et les Dardenne ? À ce compte-là, tout film sur la jeunesse nord-africaine ou moyen-orientale est précurseur, et toute réalisation naturaliste ayant un arrière-fond « social » peut se prévaloir des cinéastes cités…

Après le quatuor de Sur la Planche, place à deux duos puisque, dans Voltiges (Apflickorna), Emma s’inscrit à un concours de voltige équestre et y rencontre Cassandra. Entre jalousie intimidée, rivalité impressionnée et envie quasi-amoureuse, la relation entre les deux blondes adolescentes, alors qu’adultes et garçons sont rejetés à la périphérie, prend des atours connus. Pour tenter de s’extraire de cette ornière, la Suédoise Lisa Aschan trace un parallèle avec Sara, petite sœur d’Emma, qui fait, elle aussi mais sur un mode évidemment plus enfantin, la découverte du corps et des émois. Néanmoins, ce premier film peine à passionner, à l’aune des récentes réussites réalisées sur un canevas proche.

Tout aussi liées, Atafeh et Shireen sont les héroïnes d’En Secret (Circumstance), premier long-métrage de Maryam Keshavarz. Belles et libres, elles vivent la fin de leur adolescence dans le Téhéran underground : elles vont à des soirées clandestines, sillonnent les rayons d’un vendeur de DVD pirates, gobent des ecstasys, écoutent du rap persan et Deceptacon de Le Tigre à fond dans leur voiture, rêvent de l’Occident en regardant American Idol, doublent Harvey Milk en farsi dans une perspective agit-prop et s’aiment en cachette. Tout se complique quand le frère aîné d’Atafeh, épris de Shireen, s’engage dans la police de la moralité. Affrontements de deux conceptions sociétales, poids de l’héritage parental et désir d’émancipation se mêlent alors dans un film qui, entre deux scènes sensuelles, pour le coup entre en résonance avec les revendications de la jeunesse arabe et revêt ainsi un véritable caractère politique. À ce titre, on ne sera nullement surpris d’apprendre que, malgré son casting iranien, il a été tourné au Liban et qu’il n’est pas près de recevoir l’aval du gouvernement de Téhéran.

Passant rapidement sur la gentillette variation sur cette éternelle thématique de l’étranger qui vient bouleverser le quotidien tranquille d’une famille que constitue Hospitalité de Kôji Fukada, on termine avec La Ballade de Genesis et Lady Jaye, premier long-métrage de Marie Losier. Récipiendaire du Teddy Award à la Berlinale, le documentaire trace le portrait du performer Genesis P-Orridge et sa compagne, Lady Jaye. Tourné sur sept ans, avec des bobines 16 mm de 3 minutes chacune et monté sans commentaire aucun, le film contenait en lui-même ses limites : être trop proche de son sujet et consister davantage en un patchwork arty qu’en une véritable réflexion sur l’être et le paraître. Celle-ci était pourtant en creux avec cette recherche de la « pandrogynie » exprimée par les deux artistes, au point de subir plusieurs opérations de chirurgie esthétique pour se ressembler et ne former plus qu’une seule et même personne. Cependant, au vu du film et du destin tragique de Lady Jaye, on retiendra qu’il s’agit là, comme elle le dit elle-même, plus d’une histoire d’amour que d’une performance esthético-artistique.

Dates de sortie :
-  Voltiges : 3 août 2011
-  La Guerre est déclarée : 31 août 2011
-  La Ballade de Genesis et Lady Jaye : 26 octobre 2011
-  Curling : 26 octobre 2011
-  Sur la Planche : 1er février 2012
-  En Secret : 8 février 2012
- El Premio : 27 mars 2013

François Bousquet
le 18/07/2011

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