Route du Rock 2003 : Four Tet - Styrofoam - Ms. John Soda - Grandaddy - Buck 65

 date du concert

17/08/2003

 salle

Fort de St Père,
St-Malo

 tags

Buck 65 / Festival Route du Rock 2003 / Fort de St Père / Four Tet / Grandaddy / Manitoba / Ms John Soda / Styrofoam

 liens

Four Tet
Styrofoam
Ms John Soda
Festival Route du Rock 2003
Manitoba
Buck 65

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En ce troisième jour tout aussi ensoleillé, peu convaincus par ce qu’on y a entendu les deux jours précédents, on fait l’impasse sur la Plage pour commencer directement par ce qui restera sans doute à mes oreilles le meilleur concert du festival, à savoir Four Tet au Palais du Grand Large.
Kieran Hebden est seul derrière deux laptops et une table de mixage. Il délivre un set merveilleux, tout en progression et en finesse. De multiples couches superposées, des bruitages et craquements métalliques, puis un passage à l’échelon supérieur avec l’apparition d’un rythme subtil et généreux. Les constructions sont très abouties, les textures adroitement agencées, sans une once de laisser-aller. Un vrai régal, que j’ai de loin préféré au dernier album Rounds, pourtant très réussi lui aussi. Du reste, Kieran est très sympathique et accessible : on l’aura souvent aperçu au cours de ces trois jours qu’il a passés à St-Malo.

Pour clore la belle série de concerts au Palais, l’ami Arne Van Peteghem, aka Styrofoam. Il est au laptop et au clavier, accompagné d’une batterie électronique et d’un guitariste. Ce n’est que le deuxième concert sous cette forme, nous dira-t-il comme pour prévenir que certains tâtonnements sont à prévoir. Je ne verrai malheureusement que la moitié du concert, mais ce que j’en ai entendu se révèle très agréable et prenant. La nouvelle orientation chantée se confirme, tout en délicatesse. Batterie et guitare installent un climat à la fois groove et planant, avec ce qu’il faut de tumultueux, comme une sorte de noisy cotonneuse de bon aloi sur laquelle se posent les vocaux d’Arne et ses mélodies électroniques. Ce set se sera avéré sensiblement plus convaincant que celui de l’Ancienne Belgique en février dernier pour la présentation du dernier album I’m what’s there...

La programmation du Fort fut modifiée suite aux annulations regrettables de Calla et des Fat Truckers pour cause de problèmes de transport aérien.
Une arrivée tardive et la conférence de presse de Thomas Morr et Arne Van Peteghem - dont rien de particulier ne sera toutefois ressorti - me fait rater Playdoh. On commence donc avec Ms. John Soda, toujours à la fois sympathiques et peu captivants. Ça ne décolle pas, ça se traînaille en languissant. Et surtout, ça me fait toujours autant penser à Lush et Stereolab, à l’avantage évident de ces derniers... Les musiciens se défendent, mais les compos faiblardes et le manque cruel de charisme de la chanteuse diminuent drastiquement l’intérêt de la chose.

Ensuite, Grandaddy mettra pratiquement tout le monde d’accord avec sa sunshine power-pop dynamique et entraînante. La combinaison guitares-claviers, toujours appréciable, fonctionne à merveille pour un résultat tout à fait accrocheur et engageant, dû en particulier à la voix charmeuse de Jason Lytle qui évoque celles de Jonathan Donahue et surtout Neil Young. L’ensemble, que je découvrais et qui n’est pas sans rappeler les Flaming Lips, constitue le bonheur du jour au Fort de St-Père.

Ca se gâte ensuite avec les ineffables Travis, qui nous infligent un set poussif, lourdaud, interminable et à un volume bien trop élevé, truffé de réparties étourdissantes de naïveté du chanteur. Ca n’a vraiment pas le moindre intérêt et ça n’en finissait pas.

La réorganisation de la fin de soirée m’a d’abord permis de voir Buck 65 que j’avais raté la veille. Bien que n’étant pas franchement client de hip-hop, j’ai bien apprécié les comptines dont il nous a gratifié sur fond de bande préenregistrée et de scratches sporadiques. Sa voix éraillée à la Tom Waits, ses pas de danse et son humour relax ont égayé le petit lot de spectateurs qui étaient encore présents et attentifs.
Enfin, ce fut au tour de Manitoba de faire profiter les spectateurs du Fort de leur show de la veille. On constatera que cela passe moins bien dans ce contexte d’open air stage, même si cela continue d’être bien agréable aux oreilles.

Il sera alors temps de jeter le voile sur ce festival. Au bilan, trois jours de concerts dont certains furent excellents et d’autres pénibles, dans un cadre très agréable mais qui gagnerait à être moins terreux et donc poussiéreux.
Petit bémol en ce qui concerne le public, où l’on trouve trop de gens blasés, d’une part, et de jeunes excités qui s’autorisent tous les excès, d’autre part. La bonne attitude est sans doute au milieu, comme disait je ne sais plus qui ; nombreux sont les artistes qui auront également laissé penser que l’avenir du rock c’est l’électro, et inversement, et que le sillon à creuser est désormais celui d’une combinaison de ces deux écoles...

Gilles Genicot
le 22/08/2003

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