Boréales Digitales 2003 : Biosphere - Information - Alog - Manual - Skardas

 date du concert

29/11/2003

 salle

Centre d’Art Contemporain,
Hérouville Saint-Clair

 tags

Alog / Biosphere / Centre d’Art Contemporain / Festival Boréales Digitales 2003 / Information / Manual / Phonophani / Skardas

 liens

Biosphere
Alog
Phonophani
Information
Manual

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Pour cette deuxième soirée, se produisaient quelques valeurs sûres avec notamment Alog et Information de chez Rune Grammofon, Biosphere pour terminer la soirée en douceur, le danois Manual qui connaît une bonne couverture médiatique en étant signé chez Morr Music, et une découverte venue de Lithuanie qui ouvrait ce second volet sous le nom de Skardas.

Debout derrière son ordinateur non portable, Skardas débute son set de façon rythmée alors que la présentation de l’artiste sur le programme du festival laissait à penser que ce serait plutôt calme avec de longues nappes soyeuses. Donc petite surprise avec cette rythmique plutôt dure, sèche et lourde laissant poindre des influences industrielles avec quelques sonorités inquiétantes sur un premier titre mélodiquement abstrait. Plus tard le jeu rythmique s’affine créant un groove glacé sur lequel se plaque quelques basses bien profondes d’où se dégageront effectivement des nappes graves, sombres, des flottements aériens cinématographiques d’une beauté envoûtante. Les rythmes disparaissent laissant place à la magie de ces sonorités pour revenir de plus belle, mais sans aucune lourdeur, bien au contraire. Après quelques morceaux (tous enchaînés), Skardas s’essaye à un titre mélodique, mais ce n’est pas un domaine dans lequel le jeune lithuanien excelle. Ce morceau paraît fade avec sa mélodie un peu naïve, légère.
En milieu de concert, après suppression de tout divertissement mélodique et rythmique, Skardas se concentrait pendant une dizaine de minute sur une nappe qu’il fit évoluer tout doucement, y insérant un rythme discret et répétitif, jouant sur la compression et l’allongement du temps, faisant apparaître une autre nappe plus grave qui venait enrichir la première, y glissant même une mélodie fluide, toute en longueur. Après ça, le reste ne fut plus qu’une formalité, offrant quelques variations sur ce qu’il avait déjà présenté jusque là : retour aux rythmiques lourdes, nappes, quelques passages aux grésillements métalliques et pour conclure, mélodie de cordes façon musique classique.
Skardas fut donc une excellente découverte, et ce concert aurait été parfait si le set avec été plus construit, l’alternance de morceaux rythmés et ambient donnant un manque de cohérence.

Ce n’est pas parce qu’il est plus connu que Jonas Munk, alias Manual, eu la tâche plus facile, bien au contraire. Il y avait peut-être aussi un petit décalage entre des artistes Rune Grammofon ou Touch, et Manual, signé chez Morr Music qui a une approche plus pop. Assis derrière une pile de matériel dont l’indispensable laptop, il commence par quelques samples aquatiques regrettables et qui reviendront à plusieurs reprises. Là dessus il plaque quelques bruitages, des rythmiques guère inspirées, et finalement des mélodies de guitares vaporeuses, dont les notes se noient au milieu des effets, laissant transparaître une faiblesse à peu près sur tous les plans. On sera un peu soulagé quand il reposera sa guitare, pour des compositions un peu plus épurées, ou une rythmique un peu plus complexe comme sur le dernier morceau par exemple.
Un concert décevant, mais nous n’étions déjà pas fan de Ascend, son deuxième album chez Morr.

Suite des festivités avec Alog, duo norvégien que l’on découvrait il y a deux ans au festival Batofar cherche le Nord. Ils commencent par se présenter, annonçant que l’un jouera du laptop et de la flûte tandis que le second se produirait au laptop et à la guitare. Ce soir fut l’occasion d’une sacrée surprise tant la musique du groupe semble avoir changée en deux ans. Les boucles de mélodies naïves déstructurées ont laissé place à de rapides répétitions de notes donnant même l’impression qu’il s’agit de nappes de laptop aux oscillations permanentes. On est aussi un peu plus en terrain connu par l’utilisation d’effets rendus presque populaires par Fennesz pour donner des colorations métalliques, des textures granuleuses.
Aussi expérimentale que puisse être l’approche, il s’en dégage presque toujours des mélodies touchantes, que ce soit par un chant complètement déformé, rendu robotique, ou en jouant sur de brusques changements de couleur sonore sur le superbe avant-dernier morceau. On remarquera que les rythmiques, quand elles sont présentent, restent discrètes et semblent être facultative, la musique d’Alog possédant sa propre dynamique.
Finalement ce n’était pas une blague, les deux musiciens prennent flûte et guitare en fin de concert, s’en servant comme déclencheur de son, ou comme instrument à part entière, sans que celui-ci ne fasse pièce rapportée.

Autre duo et voisins de label, Information prenait le relais, dans la veine de Biomekano, leur album paru l’an passé. Tapis de nappes et souffles, sur lequel viennent éclater claquements, craquements, bleeps, construisant un semblant de rythmique et créant un relief accidenté sur des ambiances polaires. Le contraste fonctionne bien entre la continuité des nappes et la construction très aérée des éléments qui apparaissent au premier plan, pour une musique qui se fait finalement plutôt accrocheuse. Par contre, comme sur l’album, au bout d’un moment on décroche, peut-être par manque de renouvellement et que la recette fini par lasser. Heureusement leur live bénéficiait de visuels attrayants : une caméra placée au dessus de leur table de travail saisissait quelques uns de leurs gestes, permettait de s’extasier devant le clignotement des diodes de leurs appareils, et deux spots réagissaient à la musique, créant une sorte de feu d’artifice millimétré, à l’égal de leur musique. Mais quand tout le système tombera en panne, on laissera le concert défiler, agréablement, sans heurt, apportant une dimension supplémentaire à l’album mais qui nous paraîtra tout de même un peu long.

Pour terminer, il ne nous restait plus qu’à fermer les yeux et se laisser bercer par les nappes et souffles ambient de Biosphere. Il commencera effectivement par ce genre de sonorité, mais nous surprendra assez rapidement avec une mélodie naïve et hésitante de piano désaccordé, apportant une légèreté que l’on trouvera déplacée. Plus tard ce seront des voix qui semblent provenir d’une télévision ou d’un poste radio, puis des sons concrets (oiseaux, cloches d’un troupeau, sifflements) qui feront leur apparition et finiront de nous déconcerter (on se demande déjà si le prochain album de Biosphere ne va pas marquer un nouveau tournant).
Nous fûmes par la suite en terrain connu avec des boucles feutrées intégrant des voix lointaines, des nappes graves et des notes de piano retravaillées, quelques passages assez tendus avec montée d’un souffle inquiétant, puis le meilleur avec un extrait du magnifique album Substrata. La deuxième moitié du concert fut l’occasion d’intégrer de multiples rythmiques comme pour accélérer le décollage, et sans pour autant que la musique de Geir Jenssen ne perde de son potentiel aérien.
Après la déception de son concert à Pompidou où il présentait Shenzhou, ce concert fut l’occasion de retrouver le norvégien en grande forme avec une compilation de tout ce qu’il a pu faire jusqu’ici.

Nous quitterons alors le centre d’art contemporain d’Hérouville, ravi d’avoir assisté à cette deuxième édition, en attendant la suite...

Fabrice ALLARD
le 07/12/2003

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