Cocoon / Sylvain Chauveau / Frédéric Nogray

 date du concert

18/06/2004

 salle

Les Voûtes,
Paris

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Cocoon / Frédéric Nogray / Les Voûtes / Sylvain Chauveau

 liens

Sylvain Chauveau
Cocoon
Les Voûtes

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Nous voici donc aux Voûtes pour une soirée de lancement de l’album de Cocoon, nouvelle signature chez Optical Sound. C’était aussi l’occasion de revoir deux artistes très différents dans leurs productions, à savoir le très productif et multi-projet Sylvain Chauveau d’une part, et l’expérimentateur minimaliste Frédéric Nogray que l’on découvrait sur scène il y a un peu plus d’un mois au festival Avril.Dot.

Vers 21h, Sylvain Chauveau semble prêt, mais il n’y a pas grand monde dans la salle. On attendra donc, le public semblant être dehors ou au bar puisque c’est finalement dans une salle presque pleine (en configuration assise) qu’il commencera à jouer. Débuts timides avec petits gratouillis de guitare, hésitants, mais qu’il est en train de sampler. Les boucles tournent, composant une nappe fragile, Sylvain donne des coups sur sa guitare et de temps en temps joue quelques notes éparses teintées d’une douce mélancolie. Un peu plus tard il se lèvera, saisissant un archet qu’il vient faire glisser sur les cordes de sa guitare, ajoutant quelques nappes de cordes qu’il samplera également. Pendant une trentaine de minutes, tous ces éléments se combineront de différentes manières, pour un set ambient, fragile, nostalgique, mis en valeur par de jolies projections, noir et blanc granuleux, un avion qui traverse le ciel, quelques visages.
Pour finir, quelques coups rapide sur le manche de sa guitare, quelques notes claires et franches qui se superposent, et un chant grave, profond, assuré par Sylvain lui-même. Superbe chanson qui clôturait un set de toute beauté.

Une petite pause, et c’est au tour de Frédéric Nogray qui a une démarche particulièrement expérimentale, basée sur la perception sonore. A tel point que son concert commença sans que le public s’en rende compte, continuant à discuter, s’installer. Il débuta par un sifflement ultra aigu au niveau sonore plutôt faible, augmentant doucement, semblant se dédoubler, osciller. Des modifications imperceptibles, qui prennent de l’ampleur avec le temps, et dont l’auditeur ne prend conscience qu’au bout d’un moment, quand ces modifications deviennent suffisamment importantes. Des sifflements émergent des claquements qui pendant une dizaine de minutes vont devenir de plus en plus denses, formant une sorte de rythmique minimale, sur laquelle il plaquera de nouveaux sifflements, puis des grésillements, chaque élément venant prendre sa place en douceur. La fin sera un peu plus mouvementée, comme pour accélérer le mouvement, perdant du même coup un peu de son intérêt, mais gagnant en efficacité. Un concert marqué d’une lente montée, convoquant petit à petit des éléments sonores précédemment entendus séparément, et même une voix féminine robotique. Une excellente prestation, expérimentale mais tout de même assez facile à appréhender.

Tête d’affiche de la soirée, Cocoon dont on ne savait pas grand chose, si ce n’est une présentation de l’artiste sur le site annonçant la soirée, à savoir qu’il s’agit d’un ancien membre de Clair Obscur, et que déjà dans les années 80 le groupe tentait des expériences interdisciplinaires, entre musique, théâtre, arts plastiques, ou la danse. Christophe Demarthe commence assez fort, seul derrière son laptop, diffusant quelques nappes granuleuses. Sur l’écran, quelques mots sont projetés, morceaux de phrases : "It is rather boring", puis "to look a guy behind his computer", et continuant sur cette lignée, provoquant quelques réactions amusées. Une musique globalement plaisante, mais très variée, rendant Cocoon difficile à cerner, entre pièces expérimentales, nappes de cordes mélancoliques, morceaux presque dansants, ou même un titre ambient aux sonorités cristallines de toute beauté. Mais régulièrement, il vient chercher le public, le provoquer de différentes manières, que se soit tout simplement en le faisant réagir, rire, en le faisant réfléchir lorsqu’il nous lit un texte grave sur le groupe Accord qui a su se rendre indispensable auprès de notre gouvernement, en invitant quelqu’un à jouer avec lui, ou à lire un extrait de Histoire de l’Oeil de Georges Bataille. On retrouvait un peu les mêmes préoccupations au niveau des projections, entre sexuelles et politiques.
Pour finir, Cocoon rappelle Sylvain Chauveau et Frédéric Nogray pour reprendre tous ensemble Les Neiges du Kilimandjaro, tube de Pascal Danel repris 30 ans plus tard par C. Jérôme. Belle conclusion, mais qui restera anecdotique en regard des trois concerts précédents, tous d’excellente facture.

Fabrice ALLARD
le 21/06/2004

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