Siestes Electroniques 2004 : Lusine ICL / Domotic / The Konki Duet / Softland / Won

 date du concert

11/07/2004

 salle

Jardin Raymond VI,
Toulouse

 tags

Domotic / Festival des Siestes Electroniques 2004 / Jardin Raymond VI / Lusine ICL / Softland / The Konki Duet / Won

 liens

The Konki Duet
Softland
Festival des Siestes Electroniques 2004
Lusine ICL

Dernier jour pour les siestes électroniques 2004, une nouvelle fois dans le jardin Raymond VI, sous un temps plus clément que la veille, le soleil venant nous réchauffer au travers de minces filets de nuages. Du coup, beaucoup plus de monde présent, un public plus varié, les familles et enfants se mêlant aux amateurs de musiques électroniques, le tout dans la bonne humeur.
Aujourd’hui, un riche programme nous attendait. Outre Domotic et The Konki Duet avec lesquels nous sommes désormais familier, c’était l’occasion de voir Lusine ICL en live, et de découvrir deux artistes que l’on ne connaissait pas du tout, soit le toulousain Won, et le suisse Softland.

Grosse surprise pour commencer avec ce toulousain, Won, qui s’investit notamment au sein de l’association Obliq qui organise des concerts sur la région. On accroche tout de suite sur ses boucles de guitare répétitives, une base que l’on pourrait comparer à Steve Reich. Il nous surprend tout de suite, après deux minutes de concert en enchaînant comme par magie se boucle de guitare avec la même boucle en version électronique rappelant le son d’un marimba. Il utilise alors sa guitare pour ajouter d’autres éléments sonores. Il ose des mélanges improbables comme des micro-tintements et de longues basses, et fait preuve d’une finesse infinie qui mériterait d’être diffusée en intérieur afin d’en profiter pleinement. On pense souvent à Un Caddie Renversé dans l’Herbe, mais sans l’influence world de ce dernier, avec un travail plus important sur les sons, leur confrontation, et quelques effets qui viennent ajouter à la fragilité de l’ensemble : quelques clicks pour le rythme, un effet de hachage sur la guitare. Ajoutons à toutes ces qualités des mélodies d’une sensibilité extrême, et vous comprendrez qu’il ne s’agit plus là d’un coup de coeur, mais carrément d’un coup de foudre pour la musique de ce toulousain.

Cette deuxième session commençait donc à merveille. Une musique géniale, le soleil, et encore plein de belles choses à venir et à découvrir. On ne s’étendra pas sur les suivants puisqu’il s’agissait de Domotic que l’on voyait 15 jours plus tôt à la Guinguette Pirate. Concert similaire, les visuels en moins, et une intro carrément bruitiste, laissant supposer qu’ils étaient bien décidé à ne pas passer inaperçu après la douceur de Won.

On passe donc à Softland qui nous vient de suisse et qui a sorti l’an dernier un album sur le label-collectif Spezialmaterial. Là encore, une belle découverte avec des mélanges auxquels on n’est pas vraiment habitué. Au niveau rythmique on est à peu près en terrain connu : effet de syncope, sonorités assez dures, bruit blanc, sans pour autant en faire étalage. Par contre il puise régulièrement ses sonorités pour les mélodies ou accompagnements dans des instruments réels : on reconnaît plusieurs fois une flûte, un titre plutôt ambient à base de piano, une imitation de contrebasse, et des cordes à plusieurs reprises. Les morceaux les plus électroniques utilisent quant à eux des sonorités un peu faciles, naïves ou kitschs. De ce mélange naît un malaise, une impression d’amateurisme au début, mais on finit par s’habituer à ce qui est en fait une constante dans la musique de Softland. Par deux fois enfin, il pose sa voix sombre, d’abord en anglais, puis en français, de façon moins convaincante, sur le dernier morceau. Si l’on devait émettre un petit bémol, ce serait sur la longueur de certains morceaux. Ses compositions s’étalant sur 7 à 10 minutes, et étant régulièrement basés sur une lente transformation de certaines sonorités (un effet de morphing permettant de passer petit à petit d’un pizzicato de corde à un son électronique par exemple), un désir de bien faire à tendance à faire durer ces passages, normalement fait pour que l’auditeur ne se rende pas compte de ces transformations. Cela dit, la prestation de Softland reste un très bon souvenir.

The Konki Duet ensuite, c’est un peu comme Domotic : le groupe étant sur Paris on est un peu habitué à les voir et connaissant leur style, on ne s’attend pas à une surprise. Par contre, contrairement à Domotic, cela faisait bien un an que l’on n’avait pas vu les trois jeunes femmes, avec leur concert à la Gaité Lyrique. Et finalement, un an plus tard, pas mal de choses ont changé. Cette dernière fois était aussi la première fois qu’on les voyait jouer à trois alors qu’il s’agissait initialement d’un duo. Le trio est ici confirmé et a pris une certaine confiance. Aux petites ritournelles pop de 1 à 2 minutes des débuts s’ajoutent maintenant des morceaux matures à la construction plus classique, le violon apporte un cachet supplémentaire et nous surprendra même sur un titre alternant glissement d’archet et pincement de cordes, et si on retrouve les morceaux de leurs débuts, le concert se verra également agrémenter de deux reprises. Tout d’abord le Fade to Grey de Visage qui devient Il fait tout gris et sera le titre de leur premier album à paraître à la rentrée chez Active Suspension, puis Queens of the Stone Age avec un final rock à nous donner la chair de poule, même s’il est vrai que la température ambiante en ce début de soirée leur facilitait la tâche.
Bref, un excellent concert que l’on espère déjà pouvoir vivre une nouvelle fois lors de leurs prochains lives parisiens.

Pour finir, usine ICL dont on attendait pas mal. Ça commence bizarrement, par une grosse surprise, plutôt bonne, mais dont l’effet perdra assez rapidement de sa force. Jeff McIlwain commence par une techno minimale du plus bel effet, rompant brutalement avec le concert de The Konki Duet, et sortant tout le monde de sa sieste avec ce gros son. On aura alors l’impression qu’il voulait transformer ces siestes en free party. On accroche tout de suite, quelques évolutions subtiles permettent de ne pas se lasser, mais ce n’était pas là le meilleur moyen de découvrir sa musique, complètement différente sur disque. Il s’en rapprochera un peu sur la fin avec des rythmiques plus fouillées et quelques apports mélodiques, mais ce sera trop peu pour nous convaincre.

Ainsi s’achevaient ces troisièmes siestes électroniques. Encore une fois, pas de chance, mais pas de catastrophe non plus concernant la météo de ce deuxième week-end. Et puis de toute façon les conditions d’écoutes (dont on avait un peu peur en venant là), l’organisation, le cadre sont autant d’éléments qui vinrent atténuer ce petit détails contrariant. On va attendre la programmation de l’année prochaine, mais il y a fort à parier qu’on y sera de nouveau.

Fabrice ALLARD
le 13/07/2004

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