Festival Soy #14 : Tim Hecker / Elysia Crampton / Tyondai Braxton

 date du concert

30/10/2016

 salle

Lieu Unique,
Nantes

 tags

Festival Soy #14 / Lieu Unique / Tim Hecker / Tyondai Braxton

 liens

Tim Hecker
Lieu Unique
Festival Soy #14
Tyondai Braxton

Après avoir laissé la Maison de l’Erdre et l’Île de Versailles, on se dirige un peu plus au sud, vers un de ces lieux nantais qu’on décrivait comme « identifié comme lieu de concert », puisqu’il revenait au Lieu Unique d’abriter la soirée de clôture de la quatorzième édition du Festival Soy. Avant d’y revoir Tim Hecker, dans la foulée de son album paru au printemps dernier sur 4AD, on put y découvrir, bien installé sur les banquettes du Grand Atelier (l’une des salles du Lieu Unique), Tyondai Braxton.

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Tyondai Braxton

Lorsque Battles avait été signé sur Warp, on s’était montré assez surpris, y voyant un signe supplémentaire des pas de côté effectués par ce label, en dehors de la musique électronique. Membre du groupe rock, Braxton l’a quitté depuis mais, pour le coup, pourrait tout à fait officier sur la structure anglaise, comme le prouva la combinaison de rythmiques concassées et de mélodies faites de cut-ups qui ouvrit son set. Installé derrière ses machines et placé devant deux grands écrans, l’États-Unien y diffusa alors des enchaînements de formes géométriques, telles ces lignes blanches et noires verticales dont le mouvement semblait, bien sûr, calé sur les fréquences musicales. Le deuxième tiers de sa prestation se fit ensuite plus sombre, avec une prédominance de nappes et de beats sourds faisant office de pulsations ; au diapason, les écrans dispensèrent alors des images de masses proches du magma. L’arrivée de quelques sonorités percussives en bois apportèrent une couleur moins dense, sentiment réaffirmé lorsqu’apparurent des vocalises. Pour la fin de son set, Tyondai Braxton sollicita à nouveau ses rythmiques lourdes, accompagnées d’envolées sonores quasi-psyché et relayées par les éternelles images solarisées aux teintes vives, façon pellicule de super-8 brûlée.

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Elysia Crampton

Entre les deux concerts donnés dans le Grand Atelier, le public était convié à redescendre au bar, situé dans le hall du Lieu Unique, pour y assister à une intervention d’Elysia Crampton, présentée par le programme comme de la « dance transévangéliste ». Debout derrière son synthé, un laptop à ses côtés, la jeune femme mêla mélodies un peu J-pop, pas loin des bandes-originales de dessins animés nippons, et accords plaqués sur son clavier. De multiples samples étaient également convoqués, jusqu’au thème de la 5e Symphonie de Beethoven ou au générique des Looney Tunes, le tout étant mixé dans un grand fatras un peu bordélique. Sur l’écran derrière elle, squelettes, têtes de mort, peuplades africaines, mangas, explosions solaires ou films d’horreur de séries B étaient montés très serrés, agrémentés d’ajouts récurrents tels ces barreaux de prison (étaient-ce les images qui se trouvaient prisonnières ou bien nous, pauvres regardeurs ?). Bref, cela ne ressemblait pas à grand-chose (tout à fait adapté à la musique, donc) mais ne dura qu’une demi-heure.

Lorsqu’on retourna dans le Grand Atelier, la salle était plongée dans la fumée, si bien qu’on ne distingua pas ce qui se trouvait sur le plateau. Quelques minutes plus tard, le noir se fit, on devina que Tim Hecker entrait sur scène et huit rampes de luminaires s’allumèrent, uniques signes visuels envoyés au public pendant tout le concert. Opérant en variations de bleu et de rose (soit les teintes de la pochette de Love Streams, le dernier album en date du Canadien), ces lignes d’ampoules s’allumaient et s’éteignaient chacune à leur tour, mais pas forcément en synchronisation avec la musique. Précisément, cette dernière fut livrée en deux séquences bien distinctes.

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Tim Hecker

Pour débuter, des basses vrombissantes et des nappes superposées composèrent un ensemble très compact, montant en puissance progressivement et développant un ensemble assez opaque. Invitant l’auditeur à décortiquer cette complexité sonore, Hecker savait conjuguer volume poussé assez fort et capacité à rendre distincte chaque strate. Le second temps se fit plus mélodique avec l’incursion de notes égrenées d’une guitare puis de lignes qu’on crut issues d’un clavecin. L’aspect lumineux, voire presque scintillant, se trouva même renforcé quand un Glockenspiel (ou un toy piano) officia à son tour, toujours soutenu par des plages à la belle densité. Craignant d’être probablement trop accessible, Tim Hecker termina ses quarante-cinq minutes en revenant à son ambiance initiale, histoire de nous permettre, dans une continuité atmosphérique, de retrouver la nuit extérieure.

François Bousquet
le 04/11/2016

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