Entrevues - Festival International du Film de Belfort 2016 - Reprise du Palmarès

 date

du 26/11/2016 au 04/12/2016

 salle

Cinémathèque Française,
Paris

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Cinémathèque Française

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Pour débuter la soirée de reprise du palmarès des Entrevues 2016, le court-métrage Koropa (Grand Prix) nous permit de découvrir le travail cinématographique de Laura Henno jusqu’alors connue comme photographe. Et, de fait, ce parcours se retrouve dans la volonté de mettre en place un dispositif formel fort : son quasi-direct, éclairage rudimentaire (une lumière accrochée à un balai), filmage en une nuit pour s’arrêter sur le duo formé par Ben et Patron, deux passeurs entre Mayotte et Anjouan. D’une douzaine d’années, Patron apprend le métier auprès de Ben (maniement du moteur, manière de parler aux clandestins qui monteront sur sa barque, mutisme lorsqu’il sera confronté aux autorités, etc…) dans une démarche qui relève de la filiation et de la transmission, peu de mots étant prononcés mais une intensité certaine se jouant entre les deux protagonistes. La puissance du son du moteur contraste également avec le filmage centré sur les bustes, le reste étant hors champ ou presque : mer d’encre non montrée, scène en pleine nuit noire, absence de clandestins.

Tout aussi pertinent sur le plan plastique, Le Parc était arrivé à Belfort auréolé de son excellente réception dans la section de l’ACID à Cannes en mai dernier. Nouveau long-métrage de Damien Manivel et Grand Prix aux Entrevues, le film se concentre sur deux adolescents qui passent l’après-midi dans un grand parc au milieu d’une ville, pour un premier rendez-vous amoureux. Un peu godiches et gauches au début, ils n’en sont que plus fragiles, mignons et insouciants. Dialogues réduits à quelques mots, gestes malhabiles, peur de gaffer, tentatives d’épate de l’autre (par un mouvement de gymnastique ou une référence à Sigmund Freud), désir sous-jacent, échanges par SMS : les habituelles figures de ce type de film sont évidemment convoquées par le réalisateur bien que celui-ci fasse aussi grand cas de la présence du parc.

En effet, un véritable travail sur l’environnement accompagne cette journée ensoleillée puisque les feuillages, racines, arbres, étendues d’herbe et étangs sont sollicités comme autant d’adjuvants venant enrichir (ou contrecarrer) la progression des deux amoureux. La nuit tombant, un jeu sur l’obscurité et la luminosité va aller de pair avec l’évolution de leurs sentiments, dans une seconde partie peut-être un peu trop ténue et dilatée. Néanmoins, il reste un joli moment dans l’ensemble et une belle révélation avec Naomie Vogt-Roby (élève circassienne dont on ne sait pas si elle compte persévérer sur l’écran) et sa capacité à faire passer les émotions sur son visage.

Dans la lignée de ce que le festival Entrevues programme depuis plusieurs années, Patric Chiha s’y est rendu avec Brothers Of The Night (Brüder der Nacht), déjà montré à la dernière Berlinale où la presse l’avait repéré, nouvelle démonstration de ce qui peut se tramer à la frontière entre fiction et documentaire. En effet, s’attachant à une vingtaine de post-adolescents d’origine bulgare, tapinant dans un bar gay de Vienne, le réalisateur opte pour une forme intermédiaire. Avec ses témoignages face caméra, ses tranches de vie racontées par les intéressés et sa description du quotidien, le film présente de nombreux aspects quasi-documentaires. En parallèle, Brothers Of The Night fréquente des dimensions plus fictionnelles, tant il donne l’impression que les jeunes hommes en rajoutent dans la narration de leurs passes. Cette ambigüité formelle rejoint, au reste, une certaine ambigüité dans le discours des protagonistes. En parallèle de se vanter de leurs aventures et de la réussite de leurs techniques de séduction, ils s’avèrent incapables de les assumer, les voyant uniquement comme un moyen de gagner de l’argent pour retourner ensuite auprès de leurs femmes en Bulgarie, envers lesquelles ils ont parfois des mots très durs, les traitant presque comme du bétail.

Si on parvient à mettre de côté ces vantardises bravaches, machos en diable, flirtant avec l’homophobie, on pourra s’arrêter sur les vertus plastiques du film. De fait, Patric Chiha, qui reçut à Belfort le Prix Camira (du nom d’une association de critiques, chercheurs et programmateurs de cinéma), délaisse globalement la sociologie au profit d’un soin visuel, nimbant ses héros de reflets de néon rose et bleu, de la fumée du bar et de leurs cigarettes ou du scintillement des boules à facettes. Il en résulte quelque chose de légèrement irréel, comme hors du temps, qui peut toutefois pêcher par excès d’esthétisme.

Dates de sortie :
-  Le Parc : 4 janvier 2017
-  Brothers Of The Night : 8 février 2017

François Bousquet
le 13/12/2016

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