Soyez Vous-Même

 auteur

Côme de Bellescize

 metteur en scène

Côme de Bellescize

 date

du 18/01/2017 au 16/04/2017

 salle

Théâtre de Belleville,
Paris

 appréciation
 tags

Côme de Bellescize / Théâtre de Belleville

 liens

Théâtre de Belleville

 dans la même rubrique
du 15/11/2017 au 02/12/2017
Eddy Merckx a marché sur la Lune
(Théâtre Paris-Villette)
du 12/10/2017 au 22/10/2017
Dans la Solitude des Champs de Coton
(Théâtre des Quartiers d’Ivry)
du 22/09/2017 au 07/10/2017
Ogres
(Théâtre Ouvert)
du 25/04/2017 au 28/05/2017
Les Peintres au Charbon
(Théâtre 13)

La figure de l’entreprise ou du monde du travail se trouve de plus en plus scrutée par les dramaturges, comme s’il s’agissait de rattraper une forme de retard par rapport à d’autres disciplines artistiques (cinéma ou littérature, notamment). C’est ainsi que Côme de Bellescize, connu pour sa mise en scène, en 2015, de Jeanne d’Arc au Bûcher dans laquelle Marion Cotillard tenait le rôle-titre, présente Soyez Vous-Même, monté par ses soins dans une économie de moyens qui sert habilement le texte.

Pendant une grosse heure, on assiste, en effet, à un entretien d’embauche pour un poste au service communication d’une entreprise qui vend de la Javel, entre une Directrice aveugle particulièrement perverse et une candidate parfaite sous tous abords (avenante, volontaire, consciencieuse). Après avoir déroulé sa présentation basique (CV, motivation), cette dernière est attirée par la Directrice à parler de choses plus intimes ou à décrire sa relation amoureuse rêvée. Les questions deviennent alors inquiétantes, les demandes virent à l’humiliation et le dialogue s’aventure sur des terrains imprévus. Entre perversité et grotesque, le public se trouve pris dans ce malaise, presque davantage gêné pour la candidate que ne l’est le personnage. L’entretien s’oriente alors vers une séance de psychanalyse, sous le patronage du socratien Γνῶθι σεαυτόν (« Connais-toi toi-même »), inscrit au néon sur le mur, avec encouragement à faire sortir l’autre qui est en soi, quitte à créer des désillusions (« Vous m’avez poussé à me connaître, mais je ne suis pas heureuse », « J’ai fait un gros travail pour croire en moi mais, à présent, je n’y crois plus »).

Si le propos initial de l’auteur était évidemment de s’attaquer aux attendus actuels des entretiens d’embauche où on recherche le mouton à cinq-pattes, le ridicule de certaines situations peut également se lire comme une satire des séances de team building pendant lesquelles un coach exhorte les salariés d’une entreprise à chanter, danser, faire des jeux, voire se tourner en ridicule devant leurs collègues. Pour autant, plutôt qu’une surenchère vers laquelle tend peu à peu le spectacle (jusqu’aux scènes finales, somme toute assez prévisibles), on aurait préféré que le texte se concentre davantage sur les descriptions stratégiques qu’élabore la Directrice autour de la nécessité de posséder de la Javel chez soi pour purifier son intérieur et se purifier par la même occasion. Trop forcé, le trait perd ainsi en consistance en même temps qu’il bascule dans un burlesque grand-guignol.

Autres dates :
-  6 et 7 mars 2017 : Théâtre de l’Éphémère - Le Mans
-  17 mars 2017 : Théâtre - Rungis

François Bousquet
le 23/02/2017