Un Air de Famille

 auteur

Agnès Jaoui et Jean-Pierre Bacri

 metteur en scène

Agnès Jaoui

 date

du 02/02/2017 au 29/04/2017

 salle

Théâtre de la Porte Saint-Martin,
Paris

 appréciation
 tags

Agnès Jaoui et Jean-Pierre Bacri / Théâtre de la Porte Saint-Martin

 liens

Théâtre de la Porte Saint-Martin

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N’ayant jamais vu ni Un Air de Famille, ni Cuisines et Dépendances (pas plus au théâtre qu’au cinéma), la reprise de ces deux pièces au Théâtre de la Porte Saint-Martin constituait un bon moyen de combler ce qui peut apparaître comme une lacune, tellement l’écriture d’Agnès Jaoui et Jean-Pierre Bacri a marqué. Bien que les deux auteurs et comédiens soient probablement moins en vue que dans les années 1990 et 2000, créer à nouveau, avec d’autres interprètes qu’à l’origine, ces deux pièces permet justement de considérer leurs productions avec davantage de recul. À ce titre, il faut reconnaître que la vingtaine d’années passée génère de légers décalages (on s’y exprime en francs, téléphoner de sa voiture est vu comme une rareté, un juke-box trône dans le bistrot, etc…). Pour autant, la description de la petite famille et de ses névroses conserve assurément un caractère intemporel.

Réunie dans le café tenu par Henri, le fils aîné, toute la famille Ménard se retrouve pour les trente-cinq ans de Yolande (dite « Yoyo »), femme du frère d’Henri ; la matriarche et la benjamine sont là également, en plus du serveur qui finit sa journée. À partir de ce postulat assez traditionnel, voire boulevardier, Jaoui et Bacri scrutent les rancœurs et jalousies de cette famille, à coups de dialogues bien sentis et de répliques plus ou moins vachardes. Néanmoins, la pièce, montée par Agnès Jaoui elle-même, nous a paru manquer cruellement de rythme dans sa première partie, les entrées et sorties semblant distendues et les traits comiques pouvant être devinés avant même leur énonciation. La seconde moitié, à partir de la célèbre scène des cadeaux d’anniversaire (dont le fameux « collier de chien »), gomme en partie ces défauts et on passa du sourire convenu à de vrais rires.

Malheureusement, et c’est le problème des pièces « cultes », une partie du public n’était pas dans les mêmes dispositions que nous, connaissant par cœur la pièce et/ou le film et, forme de parasitage vite infernal, disant les répliques avant même les comédiens. Précisément, ces derniers s’avérèrent inégaux, cherchant parfois à se démarquer trop ostensiblement des interprètes initiaux, à l’image de Grégory Gadebois qui, dans le rôle d’Henri, veut remplacer le côté bougon de Jean-Pierre Bacri par des vociférations forcées. Incontestablement, et (pour ce qu’on croit en savoir) dans la lignée des pièce et film d’il y a vingt ans, c’est le personnage de « Yoyo » (tenu à l’époque par Catherine Frot et, ici, par Léa Drucker) qui charrie toute la force comique du spectacle, en même temps que toute l’empathie qu’on peut ressentir à son endroit.

Son personnage est, au reste, l’un des rares qui se voit proposer une véritable évolution tandis que les autres sont immédiatement caractérisés pour ne presque plus bouger : la mère est acariâtre, Philippe (le mari de Yolande) est puant d’orgueil, Betty (la benjamine) est une rebelle effrontée, etc… Dans un tel contexte, que nous dit, en définitive, Un Air de Famille ? Que ceux unilatéralement et invariablement désignés comme gentils sortent par le haut de la soirée, et que tout est vanité. On savait cela depuis le livre de l’Ecclésiaste…

François Bousquet
le 04/04/2017