Tomoko Sauvage / Emmanuel Allard / Kelly Jayne Jones

 date du concert

10/04/2017

 salle

Espace des Arts sans Frontières,
Paris

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 liens

FabriqueDeCouleurs
Tomoko Sauvage
Détail
Espace des Arts sans Frontières

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Le dernier concert organisé par la structure Détail dans la cave du Milord datait de mai 2016 ; depuis, le duo avait simplement concocté un plateau à Saint-Denis en septembre, avant cette date à l’Espace des Arts sans Frontières. Au reste, alors que ce lieu accueille, depuis quelque temps, plusieurs concerts du Non_Jazz (entre autres), nous n’avions jamais encore eu l’occasion de nous rendre dans ce bel espace, situé entre la Place Jaurès et le Marché Secrétan, conjuguant habilement inclusion dans un immeuble de logements et place tout à fait décente dévolue aux pratiques artistiques (musique ou arts plastiques).

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Tomoko Sauvage

Pour débuter la soirée, on retrouvait, quarante-huit heures après l’avoir vue au Lieu Unique, Tomoko Sauvage. Alors que son concert nantais ne prenait aucun risque par rapport à sa configuration habituelle, cette prestation se montra différente : après avoir pris de l’eau dans sa bouche, la jeune femme fit quelques gargarismes dans un micro, introduisit un très léger larsen et concentra ses efforts sur ces sonorités plus expérimentales. Accompagnée d’un seul bol, en verre transparent, Tomoko Sauvage plongea plus tard la main dedans, pour utiliser un petit outil chargé de provoquer des vibrations, ou bien pour agiter légèrement le liquide translucide. Jouant probablement moins sur le filtre engendré par l’eau qu’à l’accoutumée, la musicienne livra ainsi une proposition plus abstraite (pas de goutte-à-goutte, ni de notes cristallines), mais pas moins inventive dans l’ensemble, notamment quand elle se saisit d’une flûte à bec d’écolière pour des envolées improvisées, à peine perturbées par les vibrations précédemment mises en place.

Disparu de notre publication depuis 2009, Emmanuel Allard (dont on rappelle qu’il n’a aucun rapport avec le directeur de ces pages) y était connu pour son travail en tant que Fabriquedecouleurs, projet qui avait évolué de quelque chose d’assez bruitiste vers des rivages plus minimalistes. Un album sous son nom propre avait paru sur Baskaru en 2013, signe d’une nouvelle partie de carrière, qui se matérialisa donc par ce concert. Posté derrière son synthétiseur modulaire, le Français lança, tout d’abord, des couinements (comme si un ballon de baudruche se dégonflait en pinçant l’embouchure) qui furent, après, mutés en vrombissements très sonores, augurant d’un set tourné vers un travail fait d’éruptions successives. Il s’en dégagea l’impression, pas forcément positive, d’entendre des fragments empilés, des poussées et débordements, entrecoupés de quelques rares instants de répit, davantage que quelque chose de lié.

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Kelly Jayne Jones

Retour à la table centrale pour l’intervention suivante, relevant d’ailleurs presque de la performance plutôt que du concert. Une pierre en mains, Kelly Jayne Jones frottait un disque de pierre muni d’un capteur, de sorte que le son s’entendait en double : le frottement direct et le son saisi puis retranscrit avec force delay. Ce caractère minéral se trouva relayé par du spoken word, proposé par l’Anglaise soit dans un micro, soit dans l’embouchure d’une flûte traversière sonorisée. Posant son caillou, l’artiste s’empara, ensuite, à deux mains de cet instrument pour pratiquer des souffles détimbrés, jouant sur les clés mais sans produire de notes. Quelques notes apparurent enfin, mais souvent suraiguës ou flirtant avec le sifflement, bien dans la continuité des aspects précédents.

La soirée se clôtura en bouclant cette suite de sets tournant autour des souffles et expérimentations par une proposition d’un duo chinois assis sur deux chaises, à une dizaine de mètres l’un de l’autre. Tandis que Yan Jun installa, de sa seule voix de gorge, un bourdon, Jun-Y Ciao faisait des gargouillis dans son bec de saxophone avec un peu d’eau. Pour la pièce suivante, le premier secoua la tête rapidement de gauche à droite pour jouer avec ses joues, et le second, ayant reconstitué son instrument, le faisait couiner en enfonçant à peine ses clés. Le troisième volet vit Yan Jun faire vibrer sa luette et Jun-Y Ciao construire son jeu de saxophone, gagnant en timbre. Assez prévisible, en vérité, ce dispositif global frisait parfois le ridicule (quand Yan Jun opéra des mouvements de bras), suscitant des rires du public en même temps qu’un certain ennui de notre part.

François Bousquet
le 13/04/2017

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