Les Peintres au Charbon

 auteur

Lee Hall

 metteur en scène

Marc Delva

 date

du 25/04/2017 au 28/05/2017

 salle

Théâtre 13,
Paris

 appréciation
 tags

Lee Hall / Théâtre 13

 liens

Théâtre 13

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Dans l’entre-deux guerres, en pleine Angleterre industrielle, des mineurs s’initient à l’art, et singulièrement à la peinture, se dirigeant rapidement vers des exercices pratiques. Écrite il y a une dizaine d’années par Lee Hall, connu comme scénariste de cinéma (Billy Elliott, Cheval de Guerre), Les Peintres au Charbon bénéficie de sa seconde mise en scène française. Avec ce postulat de départ, le propos se déploie évidemment autour de la démocratisation de l’art et, surtout, du rapport du regardeur à l’œuvre.

De fait, le professeur qui enseigne au groupe d’ouvriers insiste sur le fait que l’art est ce qui permet de se poser des questions et non d’avoir des réponses, ce qui, au final, en apprend sur nous plutôt sur l’œuvre qu’on regarde, dans un contexte où le sens appartient à celui qui regarde le tableau. Si l’effort de vulgarisation est louable, le texte se fait alors, parfois, un peu naïf, voire simpliste, quand il digresse sur le talent enfoui que chacun recèle en lui et qui ne demande qu’à éclore. De même, lorsqu’à un moment, l’un des hommes se voit proposer, par une mécène, une rente pour quitter la mine et se consacrer intégralement à la peinture, il refuse évidemment car « on ne change pas les gens avec du fric » (ouf, la morale est sauve !).

Pour autant, un humour certain traverse régulièrement la pièce, comme lorsque les mineurs tentent de faire dire davantage aux tableaux réalisés que ce qu’ils montrent véritablement, le tout en évitant des propos cuistres ou trop populistes. L’ironie peut verser toutefois dans la facilité avec la figure de l’artiste installé (Ben Nicholson, ici), naturellement croqué comme blasé, cynique et hypocrite, antithèse trop transparente des mineurs, durs au mal, désintéressés et loyaux.

Au diapason de ce texte, à l’efficacité évidente, la mise en scène et scénographie de Marc Delva opte pour un dispositif très imagé et immersif. C’est ainsi qu’après une arrivée dans la salle dont on ne dévoilera rien, les spectateurs se trouvent installés sur des gradins bi-frontaux, de telle sorte qu’on est presque inclus dans le groupe des mineurs. Prenant le parti de ne pas montrer les toiles réalisées par les apprentis peintres, la mise en scène joue donc astucieusement sur la concordance entre fond et forme : le texte appelle ainsi régulièrement au développement de l’imaginaire du regardeur ou de l’autonomie de sa vision, tandis que, précisément, le public est amené à faire de même et à se représenter mentalement les créations des ouvriers.

Porté par la belle énergie des comédiens, le spectacle bénéficie également d’une vitalité de tous instants, générée par le déplacement des éléments de décor ou le caractère enlevé de l’ensemble même si on pourrait regretter un caractère un peu trop séquencé, découpé comme le serait un film, avec noirs intermédiaires et carton introductif annonçant la date et le lieu de la prochaine scène. Minoritaires toutefois, ces réserves n’obèrent pas réellement les qualités de cette création, bon exemple d’un théâtre populaire et accessible.

François Bousquet
le 13/05/2017

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