Esmerine / Bärlin

 date du concert

06/05/2017

 salle

Espace B,
Paris

 tags

Esmerine / Espace B / Saltland

 liens

Esmerine
Espace B

L’impression un peu mitigée laissée par Dalmak (qui faisait déjà suite à une relative déception avec La Lechuza) nous avait fait renoncer au concert donné par Esmerine à l’automne 2013 aux Trois Baudets. Avec le retour des Canadiens à un très bon niveau grâce à Lost Voices, publié il y a six mois, c’est sans débat aucun qu’on avait coché cette date de veille de second tour de présidentielle. Programmé dans un Espace B fort bien rempli (et, par conséquent, pas loin de l’étuve), le groupe était accompagné, comme sur quelques autres dates de leur tournée française, par Bärlin, trio lillois.

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Bärlin

Avec sa configuration peu habituelle (clarinette, basse, batterie), cette formation intrigua plutôt de prime abord ; d’autant plus que le chant de Clément Barbier saisit par sa tessiture profonde. Instrumentalement, leur forme de jazz-post-rock offrait suffisamment de place à chacun des membres du groupe pour que s’épanouissent quelques soli (de basse, de clarinette) voire une intervention du chanteur au mégaphone. Si sa voix grave pouvait, par moments, s’égarer dans un certain maniérisme quand elle s’essayait au parlé narratif, Laurent Macaigne, à la basse, agissait comme efficace contrepoint avec sa voix de tête pour assurer les chœurs. De même, le caractère assez figé de ce dernier constituait un bon équilibre avec l’attitude un rien théâtrale de Barbier (déhanchements, râles animaux et cris) tandis que Simon Thomy passait des balais aux mailloches, ou bien s’emparait de maracas. Peut-être un peu trop long (trois bons quarts d’heure), leur set eut cependant le mérite d’être plutôt en adéquation, musicalement, avec la suite.

Depuis 2011 et le concert de la Gaîté Lyrique, Esmerine a évolué, changeant ses membres et s’enrichissant de voyages et rencontres. Leurs disques en sont le témoignage (pour des résultats divers, comme précisé précédemment) et sur scène, Brian Sanderson peut aussi s’emparer d’un ekonting ou d’un sarod (instruments à cordes proches du luth). Pendant la grosse heure que dura leur prestation, les Canadiens alternèrent également entre passages arythmiques, proches de la musique de chambre (Jamie Thompson étant au Glockenspiel), et registre plus post-rock (l’intéressé retrouvait sa batterie, Jérémi Roy lâchait la contrebasse pour une basse électrique, et Sanderson prenait une guitare électrique).

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Esmerine

Deux morceaux extraits de Dalmak s’introduisirent au sein d’un répertoire principalement pioché dans Lost Voices, titres dans lesquels Sanderson jouait d’un petit cornet à pistons doté d’une sourdine, donnant l’impression que le son de l’instrument venait de très loin, presque d’une des rues d’Istanbul où les Canadiens avaient fait escale. Armé le plus souvent de ses quatre mailloches (mais aussi parfois de deux archets), Bruce Cawdron était posté derrière son marimba tandis que Beckie Foon restait assise au violoncelle et offrait quelques vocalises pour redoubler les notes de son instrument. Dans un contexte où la scène de l’Espace B paraissait assurément trop étroite pour le groupe (obligé de se tasser et de se faufiler entre les instruments, amplis et micros), chacun prenait donc sa part pour interpréter des morceaux qui gagnaient en ampleur ainsi joués sur scène. Avec une mise en place égalitaire du collectif (d’un titre à l’autre, ce n’était jamais le même musicien qui lançait le morceau ou donnait le signal pour le clore), le quintet remporta aisément l’adhésion du large public qui en réclama encore. À titre de transition vers la nuit, Beckie Foon annonça alors deux « lullabies » (soit des quasi-ballades), pistes effectivement peu nerveuses dont la première vit Cawdron jouer d’une petite boîte à musique, comme pour amener des rêves futurs.

François Bousquet
le 09/05/2017

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