Johann Johannsson / Mugison / Bardi Johannsson

 date du concert

30/09/2004

 salle

Centre Pompidou,
Paris

 tags

Bardi Johannsson / Centre Pompidou / Jóhann Jóhannsson / Mugison

 liens

Mugison
Jóhann Jóhannsson
Bardi Johannsson
Centre Pompidou

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Dans le cadre de la quinzaine islandaise qui se déroulait à Paris fin septembre / début octobre, trois soirées concerts étaient organisées au Centre Pompidou. Les deux premières proposaient des artistes dont on parle sur EtherREAL, tandis que la dernière s’intéressait à la musique classique contemporaine.
Grosse affiche pour cette première soirée avec Johann Johannsson que l’on avait repéré avec Englaborn, son premier album paru sur Touch il y a deux an, et que l’on avait aperçu en concert au sein de Apparat Organ Quartet. C’était aussi l’occasion de découvrir Mugison qui a un peu fait parlé de lui en début d’année lors de la sortie de son premier album.

En guise de hors d’oeuvre, la projection d’un court-métrage de Bardi Johannsson, leader de Bang Gang. On ne retiendra pas grand chose du film un peu barré, avec des personnages excentriques qui traînent dans une soirée branchée/fashion/SM. L’un d’eux, une femme, trimbale un foetus dans un bocal, le tout dans des couleurs saturées à forte dominante de rouge. On s’intéressera plutôt à la musique qui alternait entre une sorte de trip-hop dansant, musique de club aux mélodies d’orgues, et musique classique interprétée par un quatuor à cordes présent sur scène. Le passage de l’un à l’autre pouvait surprendre, mais l’un comme l’autre s’avérait fort réussi et nous aida à faire passer le film qui dura un bon quart d’heure.

On passe ensuite à Mugison, homme orchestre pas ordinaire signé chez Lifelike et Accidental, labels fondés par Matthew Herbert. Au milieu de la grande scène, une sorte de pupitre recouvert de machines attachées les unes aux autres. Mugison quant à lui est équipé d’une guitare. Le principe de base consiste à se sampler en direct, produisant des bruits avec sa bouche, ou fredonnant une mélodie qui servira d’intro et de base mélodique à son morceau. Il n’y a plus alors qu’à balancer la rythmique, puis chanter en jouant de la guitare. Et tant par la technique que par le résultat, la musique de Mugison est une monstrueuse collision de genres, entre ambient, musique électronique technoïde, pop gentillette et rock furieux, le tout étant produit avec une énergie folle, et une simplicité touchante. On aurait envie de dire que tout ça est très bricolé, et ce n’est pas faux, cela fait un peu musique faite dans son garage, mais l’essentiel est là, brut et efficace, comme en témoigne la finesse de certaines mélodies.
On aura un peu peur avec le deuxième morceau, présenté comme un nouveau titre. Et là, l’islandais ne se rappelle plus des paroles, et peut-être même de la musique qu’il doit jouer. Il blague avec ça en disant que ce morceau est tellement nouveau qu’il ne s’en rappelle pas. On ne sait pas s’il blague, si cela fait partie de son show, et on se demande s’il n’est pas un peu éméché. Il reprend ses esprits, et fait son morceau a cappella, d’une voix profonde, riche, évocatrice. Finalement la suite ne vient pas, et il nous raconte de quoi parle ce morceau, en s’excusant. Mais rien de dramatique là dedans, Mugison ne se démonte pas, et fait rire le public. On sera vite rassuré par la suite, puisque très vite il nous fait l’effet d’un guitar hero, avec encore de soyeuses vocalises sur un morceau de rock tendu et fracturé.
Entre deux chansons il nous montre un secret à lui : comment ouvrir une canette de bière avec la boucle de sa ceinture. Plus tard il nous lira un petit poème personnel en français. Mais il continue à nous faire peur en nous parlant de son prochain titre : "Je ne suis pas sûr, mais je crois que je vais essayer une nouvelle version de cette chanson ce soir. L’ancienne est trop chiante. J’ai jamais essayé ça auparavant. J’ai eu l’idée dans un restaurant". Nous voilà donc prévenu, mais on est maintenant habitué, et toute la salle rigole, désormais prête à accepter n’importe quelle élucubration. Il optera donc pour la simplicité, avec guitare, piano et voix, calme et rugueuse. Et puis en plein milieu, comme par erreur se déclenche une musique électro-dansante de toute beauté, qu’il coupe rapidement en nous expliquant que c’est justement la version chiante... Public hilare.
Vous l’aurez compris, Mugison est un véritable show man, mais on se demandera en sortant si tout était volontaire. Il semblerait que cet artiste ait un véritable talent inné. A voir absolument.

On passe ensuite à Johann Johannsson, que l’on voyait donc pour la première fois jouer sa propre musique. Mais là encore il n’était pas tout seul, puisque le Reykjavik String Quartet qui accompagnait Bardi Johannsson était de retour, ainsi qu’un percussionniste qui s’occupait de machines, plutôt que d’une batterie. Changement complet de registre et d’ambiance par rapport à Mugison : Johann Johannsson se situerait plutôt entre ambient et musique néo-classique contemplative. Fini la rigolade, celui-ci a le crâne rasé de près, et un costume noir, strict, l’artiste ayant un air un peu sévère et/ou concentré.
Un long accord d’orgue progresse doucement, les cordes le rejoignent, un peu tristes, et nous donnent à ce moment l’impression d’assister à un concert de musique classique. L’aspect contemplatif sera à son comble quand de long silences viendront s’intercaler entre deux accords de violons, ou quand Johann Johannsson passera au piano pour délivrer une fragile mélodie. Du coup le public n’osera pas applaudir entre les morceaux qui seront d’ailleurs assez rapidement enchaînés, donnant l’impression d’entendre une véritable symphonie d’une petite heure.
Mais on aura droit à l’ensemble du panel sonore produit par l’islandais, entouré de toute sorte de claviers, du piano classique aux vieilles machines analogiques, en passant par le synthé moderne ou l’orgue. D’abord un peu plat, le concert prendra du relief avec quelques montées bruitistes produites par le "percussionniste" aux machines, la gravité du violoncelle, ou encore un long morceau plus électronique, extrêmement répétitif et évoluant très lentement.
Si l’on n’a pas eu ici l’effet de découverte produit un peu plus tôt par Mugison, il n’en reste pas moins que c’était là un excellent concert, certes dans un registre très différent et moins bariolé, mais tout de même riche en émotions d’un autre genre. On ne saurait trop vous conseiller son nouvel album, Virthulegu Forsetar, récemment paru chez Touch au format CD+DVD.

Fabrice ALLARD
le 02/11/2004

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