Quinzaine des Réalisateurs 2017 - Reprise de la sélection

 date

du 01/06/2017 au 11/06/2017

 salle

Forum des Images,
Paris

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Avec une Compétition globalement jugée assez faible par les observateurs et une Semaine de la Critique sans grand moment marquant, il aurait été particulièrement surprenant que la Quinzaine des Réalisateurs se démarquât. Et, de fait, hormis des auteurs déjà reconnus qui y furent salués (Claire Denis, Philippe Garrel, Sharunas Bartas), la section parallèle ne sembla pas véritablement briller en ce Cannes 2017. Pour autant, on reprit le chemin du Forum des Images pour y piocher trois films parmi tous ceux repris pendant cette dizaine de jours.

Poursuivant dans sa veine loufoque et décalée (après P’tit Quinquin et Ma Loute), Bruno Dumont livre une comédie musicale sur l’enfance de Jeanne d’Arc, fondée sur des textes de Charles Péguy. Avec un matériau de départ aussi singulier, on ne sera pas surpris d’être décontenancé dès les premiers instants, lorsque la jeune Jeannette (interprétée par la formidable Lise Leplat Prudhomme) chante des prières sur du speed-metal composé par Igorrr. Au reste, cette forme d’audace et de radicalité peut également constituer la limite d’un film qui, à tout bien réfléchir, offre au public exactement ce qu’il attend que Dumont lui apporte après les deux films précédemment cités, poussant encore d’un cran le volet cocasse de sa filmographie. Les anachronismes s’enchaînent, créant des décalages qui, finalement, servent plutôt le propos car on prend Jeannette pour une dérangée (à chanter tout le temps, à danser sur des chorégraphies de Philippe Découflé ou à secouer violemment la tête) comme cette dernière avait réellement été prise pour folle à l’époque.

Le décalage généré par la présence du texte de Péguy dans la bouche d’enfants de huit ans (qui le récitent parfois comme elles le feraient avec une poésie, butant sur certains mots) rejoint alors celui de l’ensemble du film : mouvements de danse contemporains (dab, tektonik, head-banging et moulinets avec les bras) et chant comme dans les télé-crochets (dernière syllabe appuyée, passage en force, effets de vibrato un peu bluesy). Pour souligner encore davantage le mysticisme, Dumont n’hésite pas à convoquer un certain symbolisme (cheveux longs secoués dans l’eau de la rivière comme pour un baptême, personnages qui dansent pieds nus dans l’eau et paraissant alors marcher dessus, moutons se rassemblant derrière Jeannette lorsqu’elle prend sa décision de répondre à l’appel divin pour aller guider les armées françaises) tandis que le ridicule, souvent frôlé, est à chaque fois évité notamment grâce à la capacité du réalisateur à inscrire ses comédiens dans un environnement sablonneux et désert.

Moins aventureux, Ôtez-moi d’un Doute s’attache à Erwan, démineur, qui découvre fortuitement que son père n’est pas son père biologique, alors que sa fille de vingt-trois ans est enceinte d’un homme dont elle ne veut pas révéler le nom. Sur fond de multiples quêtes identitaires, Carine Tardieu offre alors une comédie sentimentale légère et enlevée. Comme souvent avec ce type de proposition, le film tient surtout par ses comédiens, ses situations et ses dialogues, ces trois composantes étant ici parfaitement accordées. Pour une fois, au surplus, le spectateur n’a pas trop d’avance sur les personnages et peut donc franchement rire à certaines scènes (celle dans laquelle un personnage se trouve en haut d’une nacelle de chantier, par exemple) ou saluer le travail des comédiens, François Damiens, Cécile de France et Alice de Lencquesaing en tête.

Présenté en ouverture de la Quinzaine, Un Beau Soleil Intérieur s’attache à Isabelle, la cinquantaine, une fille de dix ans, divorcée, et qui cherche le véritable amour. Si le début du film de Claire Denis œuvre joliment dans le filmage des corps, cela laisse ensuite démesurément place à la langue, dans un style où l’on reconnait parfois trop la patte de Christine Angot, sollicitée à l’écriture pour ce qui se veut une libre adaptation des Fragments d’un Discours Amoureux de Roland Barthes. Verbeux, bavard, surécrit, parfois complaisant dans l’espace laissé aux atermoiements de son héroïne dépressivo-désespérée, le long-métrage semble tourner à vide.

Dans cette forme d’empilement de séquences amoureuses, dans lesquelles Isabelle passe d’un homme à l’autre, le moindre mini-rôle se trouve tenu par un(e) comédien(ne) immédiatement reconnaissable, donnant presque l’impression d’être dans un film beaucoup plus grand-public qu’imaginé. Claire Denis offre néanmoins quelques touches d’humour, n’hésitant pas non plus à se moquer de son actrice principale puisque Juliette Binoche joue ici une artiste peintre qui opère pieds nus sur une grande toile agrafée au sol ; passe alors le souvenir du sketch de Valérie Lemercier aux Césars (« she paints, she… cosmetics »). Entre deux hésitations, Isabelle reproche à un moment à un de ses amants de ne pas être naturel dans un de ses gestes, comme s’il se regardait en train de faire ; malheureusement, au total, on peut aisément retourner ce reproche contre le film tout entier.

Autres reprises de la Quinzaine des Réalisateurs :
-  du 7 au 13 juin 2017 : Cinémas du Grütli - Genève
-  du 14 au 18 juin 2017 : Rome
-  du 17 au 23 juin 2017 : Milan
-  du 21 au 25 juin 2017 : Florence
-  du 3 au 9 juillet 2017 : Cinematek et Flagey – Bruxelles

Dates de sortie :
- Ôtez-moi d’un Doute : 6 septembre 2017
- Jeannette : 6 septembre 2017
- Un Beau Soleil Intérieur : 27 septembre 2017

François Bousquet
le 12/06/2017

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