Criminel

 auteur

Yann Reuzeau

 metteur en scène

Yann Reuzeau

 date

du 08/10/2017 au 20/12/2017

 salle

Manufacture des Abbesses,
Paris

 appréciation
 tags

Manufacture des Abbesses / Yann Reuzeau

 liens

Manufacture des Abbesses

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Après la saga politique (Chute d’une Nation) et la chronique post-adolescente (De l’Ambition, plutôt salué sur ces pages il y a deux ans), Yann Reuzeau continue sa vue en coupe de la France avec sa nouvelle création, attachée aux violences intrafamiliales. Ce fait de société, qui connaît régulièrement des marques d’attention au gré de développements judiciaires, se cristallise ici autour de Boris, qui sort de quinze ans de prison pour avoir tué son père, qui battait lui-même ses enfants. Mais au-delà de ce parricide, le sort fait, cette même nuit, à sa sœur Camille interroge tout le monde et constitue le creuset de tensions et non-dits dans la sphère familiale et amicale de Boris.

Avec très peu de moyens (plateau circulaire, rail pour faire tourner le décor en périphérie, deux tables, une chaise et quelques accessoires), Yann Reuzeau parvient à créer un double suspense, portant à la fois sur ce qui va advenir de Boris à sa sortie, et sur ce qui s’est réellement passé cette nuit-là. Pour servir ce projet, scènes actuelles et flashes-back alternent, dans une belle fluidité, très lisible et efficace. Comme attendu, le retour de Boris, la résurgence du souvenir de ce qui a été fait, va amener chacun à se positionner différemment, à privilégier tantôt ce qu’ils pensent être une morale publique, tantôt la loyauté familiale. Alors que le jeu de certains comédiens frise parfois un peu la caricature, l’écriture peut également verser dans une surenchère psychologisante, conduisant à étirer un propos qui aurait pu être davantage resserré.

Pour autant, on est assurément pris par le récit et les questions qu’il convoque, a fortiori quand la pièce entre à ce point en résonance avec l’actualité, en pleine polémiques nées de la couverture des Inrockuptibles du 11 octobre consacrée à Bertrand Cantat. Paye-t-on jamais complètement sa dette à la société ? Les situations sont-elles toujours complexes ou limpides ? Existe-t-il un déterminisme de la violence ? Comment véritablement rendre justice ? Voici quelques-unes des questions qui nous agitèrent en quittant la Manufacture des Abbesses, questions rendues d’autant plus prégnantes par la proximité, induite par cette petite salle, avec les comédiens.

François Bousquet
le 06/12/2017

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