Boréales Digitales 2004 : Vladislav Delay / Skyphone / Einóma / Cancelcancer

 date du concert

27/11/2004

 salle

Centre d’Art Contemporain,
Hérouville Saint-Clair

 tags

Cancelcancer / Centre d’Art Contemporain / Einóma / Festival Boréales Digitales 2004 / Skyphone / Vladislav Delay

 liens

Skyphone
Einóma
Vladislav Delay

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Comme l’année dernière, petit week-end à Caen à l’occasion du festival des Boréales, et ses soirées Boréales Digitales consacrées à la scène électro nordique. Réduction de programme cette année puisqu’il ne reste plus qu’une seule soirée contre deux l’année dernière, avec tout de même cinq artistes. Malheureusement il n’en restera plus que quatre suite à l’annulation de dernière minute d’Opiate.

Chaque année, un pays nordique est à l’honneur dans le cadre du festival des Boréales, et la version Digitales tente de suivre cette direction. C’est ainsi que l’on pouvait découvrir Cancelcancer, artiste Letton, en première partie de soirée. Cet artiste méconnu sous ce nom a par contre sorti plusieurs albums et participé à diverses compilations en duo avec Alexander Matrosov sous le nom d’Alexandroïd, produisant une electronica de bonne facture, mélodique et plutôt mélancolique.
Andrei Antonets était donc tout seul ce soir, avec deux laptops et un petit boîtier à effets. Il commence agréablement, de façon douce, avec une sorte d’ambient composée de nappes et piaillements d’orgues flottants. Le morceau en lui même est assez flottant, on ne sait pas trop ou l’on va, on se laisse porter par des petits effets de syncope, quelques voix graves, jusqu’au deuxième morceau qui correspondait exactement à ce que l’on pouvait attendre d’un membre d’Alexandroïd : electronica mélodique, nappes mélancoliques, rythmiques entraînantes, le tout superposé en différentes couches entre lesquelles navigue l’auditeur. C’est assez prenant, aux répétition hypnotiques, et on regrettera que la suite de soit pas du même niveau, quoique... à posteriori, sa musique ambient onirique n’est pas inintéressante, loin de là, mêlant nappes électroniques et petites notes acoustiques, sombres basses syncopées, souffles électroniques générés en direct par des effets et ajoutant un peu de tension dans un set qui souffrait justement d’une certaine monotonie, jusqu’à l’utilisation de voix alternant entre chant passé au vocoder et voix de machines.
On regrettera par contre l’avant-dernier morceau, franchement techno et qui tombait ici comme un cheveu sur la soupe, en conclusion d’un concert qui nous fit l’impression d’être une compilation du savoir faire d’un artiste letton qui n’a pas encore trouvé sa voie.

On passe ensuite aux Islandais de Einóma. Le jeune duo est bien plus connu que Cancelcancer, mais on n’avait jamais pris le temps d’écouter leurs productions, à savoir les albums Undir Feilnotum et Milli Tónverka, ce dernier étant paru il y a tout juste un an sur le très bon label Vertical Form. Assis côte à côte, les deux musiciens au look d’étudiant on le nez plongé dans l’écran de leur laptop, mais échangent quelques mots en fonction des réactions du public. Pour ce deuxième concert on aborde un autre genre d’electronica, plus pointue, plus expérimentale, surtout pendant le premier quart d’heure, ultra-rythmique, nous rappelant même les plus récents délires des maîtres du genre, souvent copiés et jamais égalés : Autechre. Mêmes micro-sonorités agressives, fourmillement de bleeps suraigus, effets de syncope chaotique, avec tout de même un tapis de nappes sombres, froides et accords inquiétants et ce, jusqu’au plantage d’un laptop... Après ça, le duo semble calmer le jeu, et trouve un plus "juste" dosage entre expérimentation rythmique et nappes ou mélodies. On obtient alors de très belles choses, de jolis contrastes entre tintements lumineux et sombre fracas métallique, une musique pour film de science-fiction mettant en scène des peuplades sauvages, mais aussi des tentatives un peu limite comme ces choeurs religieux éthérés.
Cela restera toutefois un excellent concert, et il ne nous reste plus qu’à nous pencher sur les disques qui nous attendent.

Alors que les deux premiers concerts s’enchaînaient, on nous accorde une petite pause avant de passer à Skyphone, et Vladislav Delay pour conclure. On profite de celle-ci pour se dégourdir les jambes dans le hall avec son coin bar, ses petits attroupements de jeunes aux looks arty, mais pas de stands pour acheter les disques des artistes présents ce soir. Petite déception donc puisque l’on aurait bien pris le dernier album d’Einóma...
On attendra donc la reprise des concerts après un petit changement de configuration sur scène. On ne s’attendait pas à grand chose de la part de Skyphone que l’on avait découvert au Nouveau Casino en mai dernier, et leur présence sur scène est absolument identique : une table en travers de la scène, un musicien de part et d’autre avec une guitare et une basse, et en bout de table le troisième Danois, tel un chef d’orchestre, mais face au public, équipé d’un laptop comme ses deux comparses. Par contre en six mois ils ont l’air d’avoir peaufiné leur live et c’est une excellente surprise. Certes, leur musique reste très douce, garde un fond "pop", cotonneuse et parfois un peu mélancolique, propice à la rêverie mais pourtant pas vaporeuse : elle fourmille de petits détails qui lui confère une richesse tout à fait nouvelle, voire même une certaine complexité sans pour autant se perdre dans l’expérimentation (loin de là) et garde du coup toute son efficacité.
Après l’excellent concert d’Einóma dont on en attendait pas moins, nous avions là notre première vraie bonne surprise de la soirée.

La deuxième ne tarda pas puisque ce fut le concert de Vladislav Delay qui optait ce soir pour une formule nettement plus expérimentale qu’à son habitude, tout en restant également tout à fait abordable. La première surprise sera provoquée par cette introduction sous forme de solo de piano avec au second plan quelques frétillements électroniques. On supposera plus tard que ce nouveau type de sonorités est à rapprocher d’AGF et de sa collaboration avec Craig Armstrong dont le dernier album, Piano Works est constitué comme son titre l’indique, de pièces composées au piano. La suite est un peu plus proche de ce que l’on connaissait, mais le Finlandais restera dans un registre extrêmement calme, laissant sa musique respirer, espaçant ses notes de longs silences, créant un semblant de fragilité, mais aussi une douceur infinie de par le choix des sonorités utilisées. Pas de véritable construction dans ce set qui enchaîne pièces répétitives hypnotiques et de toute beauté, cassures de silences impromptus, ou hésitations contrôlées.
Si l’on connaissait assez bien le travail de Vladislav Delay, ce type de surprise a relancé notre intérêt pour son travail, un peu de la même manière que son récent et excellent album paru sur Huume Recordings.

Malgré l’annulation d’Opiate et la réduction du festival sur une unique soirée, celle-ci reste un excellent souvenir : des artistes de qualité, des conditions d’écoute assez exceptionnelles (petit bémol toutefois sur le set de Vladislav Delay, pendant lequel les portes étaient restées ouvertes), le tout étant accessible gratuitement. Si celui-ci se renouvelle l’année prochaine, il n’y a en fait aucune raison qu’on n’y retourne pas.

Fabrice ALLARD
le 07/12/2004

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