Festival Soy #15 : Loscil / Rhys Chatham & Will Guthrie

 date du concert

28/10/2017

 salle

Centre Chorégraphique National,
Nantes

 tags

Centre Chorégraphique National / Festival Soy #15 / Loscil / Rhys Chatham

 liens

Loscil
Festival Soy #15
Centre Chorégraphique National

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Unique date française d’une mini-tournée européenne, cette escale nantaise de Loscil était programmée, par le Festival Soy, au sein du Centre chorégraphique national, l’un de ces lieux non encore explorés par la manifestation ligérienne, toujours adepte de faire découvrir sa ville en même temps que des musiciens. Pour notre part, le Canadien enchaînant les très bons albums, il était inenvisageable de rater cette prestation, donnée un samedi après-midi, face à un public installé sur les chaises en plastique des gradins.

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Loscil

Debout au centre de la scène, installé derrière des machines et son clavier-séquenceur, Scott Morgan livra aussi bien des morceaux de pure ambient, tout juste parcourus par quelques granulosités ou grésillements, que des titres davantage cadencés. Caractérisés par des rythmiques plus marquées, presque semblables à des coups de fouet ou à des claquements de langue, ces derniers étaient cependant minoritaires par rapport aux premiers. Dans ceux-ci, les textures, sonnant comme des roulements imperturbables, se trouvaient séquencées par des crépitations ou pulsations réverbérées, lorgnant alors vers l’ambient-dub prisée par le Canadien.

Placé au fond de l’espace, un grand écran accueillait des vidéos en noir et blanc de paysages, bâtiments, formes géométriques ou vues sous-marines, sur lesquelles des grands carrés ou mosaïques blancs ou rouges pulsaient au centre de l’image, au rythme des sonorités comparables à un sonar, typiques de Loscil. La bichromie de ces vidéos dialoguait alors intelligemment avec l’environnement de ce concert : les noirs rappelaient les rideaux masquant les coulisses et occultant les fenêtres, ou bien les plateformes, cintres et rampes, tandis que les tons plus clairs résonnaient avec la pierre des colonnes et voûtes du Centre chorégraphique national.

Des vocalises féminines apparurent sur le morceau caudal, quand la caméra plongea sous l’eau, entre chants de sirènes et voix issues d’un bateau naufragé. En toute hypothèse, on fut à nouveau frappé par le fort aspect évocateur de la musique du Canadien, ce qui n’est évidemment pas la dernière de ses qualités.

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Will Guthrie & Rhys Chatham

Pour constituer un plateau destiné à un public plutôt averti, le Festival Soy avait convié un duo quasiment formé pour l’occasion, comptant Will Guthrie à la batterie et Rhys Chatham à la flûte traversière, trompette et guitare. Situés de part et d’autre de la scène, les deux musiciens réussirent, nonobstant leur éloignement certain, à interagir intelligemment, évoluant de concert dans des registres assez variés. En effet, alors que Chatham soufflait délicatement dans sa flûte pour débuter, Will Guthrie frappait doucement ses gongs, son tambour à boules flottantes, ses cymbales ou son petit tambourin. Avec l’entrée de la trompette de Rhys Chatham, le propos se densifie en même temps que la batterie se fait plus présente, avec des frappes aux baguettes sur les toms et cymbales.

Le jeu par bribes de la trompette, dont Chatham auto-samplait certaines mesures, triturant et retravaillant les sonorités de son instrument, créait ainsi un tapis sonore frémissant. À ces interventions free, Guthrie répondait par des rythmiques régulières, chargées de structurer et de marquer le tempo de ce free-jazz. Quand l’États-unien passa à la guitare électrique, pour des notes isolées, l’Australien frappa des bols en étain posés sur un de ses toms et sa caisse claire, et faisait des roulements sur ses autres fûts. Il en résulta un psyché-rock, repéré grâce au son très métallique et aigu de la six-cordes, grattée frénétiquement à la jonction manche-caisse, relayé par les coups de cymbale agissant dans les mêmes fréquences. Si certains spectateurs quittèrent les lieux, trop bousculés par ces morceaux improvisés, leur enchaînement et la largesse de la palette offerte à ceux qui restèrent ne purent qu’intéresser.

François Bousquet
le 02/11/2017

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