Matthew Herbert : Plat du Jour

 date du concert

06/12/2004

 salle

Centre Pompidou,
Paris

 tags

Centre Pompidou / Matthew Herbert

 liens

Matthew Herbert
Centre Pompidou

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Il y a un peu plus de deux ans, on voyait Matthew Herbert sur la scène du Centre Pompidou pour la présentation de son projet Radio Boy avec lequel il dénonçait les pratiques de grands groupes de l’industrie (Coca-Cola, Gap, Nestlé) et des média (Walt Disney, le journal le Sun). Il poursuit aujourd’hui son combat en se spécialisant sur l’industrie agro-alimentaire.

Dans le hall où l’on attend l’ouverture des portes, on trouve des pommes en libre service et des prospectus sur la culture bio. On nous fait rentrer vers 20h30, et là, on nous distribue une pomme avec pour consigne de ne la manger que quand on nous le dira. Les moyens sont assez énormes : sur scène on trouve quatre musiciens en plus de Matthew Herbert qui se partagent les percussions, un clavier, et des flutes. Herbert est au centre de la scène avec ordinateur, sampler, clavier et console de mixage, et sur la gauche, une jeune femme derrière une table de préparation, avec derrière elle deux grands ventilateurs. En fond de scène, un écran géant pour les projections.
Les lumières s’éteignent, et les artistes prennent place. On retrouve le principe de Radio Boy qui consiste à sampler en direct des sons qui servent de matériaux de bases aux morceaux à venir. Ainsi les musiciens commencent par s’enregistrer en train de casser des oeufs, et puis très vite le morceau s’emballe et on a franchement du mal à apprécier la nature des sonorités utilisées, provoquant un peu la même frustration que lors du concert de Radio Boy, avec une musique finalement très punchy qui a tendance à délaisser le message pour privilégier l’efficacité. C’est assez dommage, et seuls quelques rares morceaux retiendront notre attention, plus épurés, avec de jolis croisements de flûtes légères.

Mais le spectacle est total, et si la musique nous laisse quelque peu indifférent, on aura d’autres occasions de se rejouir, comme cette diffusion d’odeurs qui envahissent rapidement l’ensemble de la salle. La jeune femme prépare des petits plats sur scène, fait mijoter des sauces dont les odeurs sont envoyées dans l’ensemble de la salle par les deux ventilateurs. Amusant et assez efficace en début de concert, cet effet se perdra malheureusement par la suite, peut-être par manque d’inspiration ou d’ingrédients, mais sera l’occasion de quelques rigolades, comme lorsqu’elle voulu faire sauter une crêpe qui, sous l’effet des ventilos, s’envola pour s’écraser lamentablement par terre.
Le plus intéressant était certainement les vidéos puisqu’elles véhiculaient le mieux le message, tout en présentant les choses avec humour et attrait : tentatives de reproduction, avec un plat préparé, de la photo (cette fameuse "suggestion de présentation") que l’on trouve sur les emballages en utilisant toute sorte d’artifice, comme de la mousse à raser pour imiter la mousse d’un cappuccino. Plus tard c’est un magicien qui remplit un verre de coca, puis renverse le verre, créant un tas de sucre. Toute sorte de petites idées amusantes dans ce style, jusqu’au final anti-Bush de rigueur.
En milieu de set, nous avons également eu droit au "apple time". Matthew Herbert, peu loquace jusque là, fait un break en nous expliquant qu’il est en train d’enregistrer son album sur le sujet. Sur cet album, un morceau traitera de la disparition de certaines variétés de fruits et légumes, et un peu par jeu, il a décidé d’enregistrer le maximum de personnes possible croquant dans une pomme. C’est la deuxième fois qu’il mène l’expérience (la première de ce spectacle ayant eu lieu à Londres) et met donc le public à contribution pour ce petit break sympathique.

Sympathique, c’est d’ailleurs le terme qui convient le mieux pour qualifier cette soirée. Plein de choses, plein d’idées, mais au final on reste dubitatif sur le véritable intérêt de ce genre de prestation, même si à la base tout part d’un bon sentiment.

Fabrice ALLARD
le 08/12/2004

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