Festival Octopus - 2ème édition : Gert-Jan Prins / D. Gonzales & G. Russom / Maywa Denki

 date du concert

13/01/2005

 salle

Centre Pompidou,
Paris

 tags

Centre Pompidou / Delia Gonzales & Gavin Russom / Festival Octopus - 2ème Edition / Gert-Jan Prins / Maywa Denki

 liens

Gert-Jan Prins
Festival Octopus - 2ème Edition
Maywa Denki
Centre Pompidou

Deuxième soirée de cette deuxième édition du festival Octopus, dans le confort du Centre Pompidou après l’esprit un peu plus rock’n roll du Point Ephémère la veille qui nous permettait de retrouver Rafaël Toral et de découvrir Arnold Dreyblatt. Ce soir, on venait pour voir Gert-Jan Prins, et ce fut donc l’occasion de découvrir Delia Gonzales & Gavin Russom, et les japonais de Maywa Denki.
Avant de commencer, nous aurons droit à un petit speach d’un membre d’Octopus, remerciant tous les acteurs ayant permis de mener à bien cette deuxième édition, et présentant le déroulement de la soirée. Comme pour la veille, des petits films-interviews étaient présentés, juste avant le set de l’artiste en question.

Étonnamment, la soirée commencera par Gert-Jan Prins, artiste néerlandais que l’on retrouve entre autre au sein de MIMEO, mais qui se produisait ici en solo avec ses boîtiers remplis de composants électroniques dont lui seul à le secret, mais dont la base serait des restes de récepteurs radio et TV. Le personnage nous apparaît éminemment sympathique dans cette interview décontractée et gentiment décalée quand il répond en imitant le bruit de ses machines.
Sur scène, une petite table devant l’artiste avec tous ses boîtiers et une table de mixage. Le tout est relié à un moniteur, qu’une caméra filme afin d’assurer la projection en fond de scène. Il commence doucement avec des sonorités électroniques brutes qui nous font immédiatement penser à du Pan Sonic ou Carsten Nicolai dans les passages les plus épurés, mais dans les deux cas, le son du Néerlandais est nettement plus crade. D’autres part Gert-Jan Prins semble prendre plaisir à éviter les grooves efficaces de Pan Sonic et produit une musique plus abstraite (même si parfois une boucle rythmique prend le dessus) qui s’échappe par moment sur des terres franchement noise. Les visuels sont directement influencés par cette musique qui vient créer des artefacts sur le moniteur, parasitages en tout genres, déformations, etc...
On concert très plaisant, digne de n’importe quelle musique expérimentale, mais on regrettera justement que ce ne soit que cela.

On enchaîne avec Delia Gonzales & Gavin Russom, deux hippies assis par terre dans un ascenseur, séquenceur sous le bras nous expliquent d’où vient leur musique, comment ils la construisent, ce qu’ils cherchent à faire, et on se demande où leur délire ésotérico-mystique va nous mener.
La réponse ne se fait pas attendre : dès les premières notes, nous voici propulsés dans les années 70, en pleine période hippies et trip sous LSD. On est ahuris par cette musique que l’on croirait composée 30 ans plus tôt, comme si le couple avait kidnappé et téléporté dans le temps pour se produire au Centre Pompidou ce soir. En fait on trouvera ça facile, très facile même : synthés analogiques à fond les manette, arpégiateurs en pilote automatique, superposition de boucles mélodiques, sonorités riches et motifs colorés qui forment un tapis ondulant, à moins qu’il ne s’agisse d’un tapis volant qui nous transporte au niveau de la stratosphère pour reprendre le titre d’un album de Tangerine Dream que l’on ne peux s’empêcher d’évoquer ici. Ultra efficace, hypnotique, ils feront même le lien entre cette musique progressive allemande des années 70 et la techno-trance des années 90 lorsqu’ils tourneront un bouton pour transformer un son doux en un autre franchement acide. Le tout est produit par les deux artistes qui jouent en direct sur leurs deux synthés analogiques, en partie contrôlés par un séquenceur analogique qui serait de leur cru.
Un superbe concert pour qui apprécie le genre, d’un duo qui est déjà très bien parti pour avoir donné l’un des concert les plus décalés de l’année.

Au niveau décalage et folie, on était bien servi ce soir puisque les japonais de Maywa Denki étaient pas mal non plus. Le film de présentation nous préparait assez bien d’ailleurs, avec des déclarations fracassantes du genre "sur scène on passe plus de temps à installer nos machines qu’à en jouer" ou encore "on répète beaucoup nos chorégraphies, on veux paraître absolument parfait, c’est plus important que notre musique". On sera par contre en admiration devant leurs machines musicales qui sont autre chose que du simple bricolage. Construites selon un véritable processus industriel avec dessins, maquettes puis réalisation et finition, on se rend bien compte que l’esthétique est chez eux une préoccupation permanente. Il s’agit principalement d’automates pilotés par une interface MIDI : machine à percussions, fleur-xylophone, basse mécanique, claquettes interactives et vocoder qui aide à chanter juste font l’objet de démonstrations avant de servir tous ensemble d’accompagnement à trois chansons finales.
Musicalement, on ne s’étendra pas sur le sujet : des chansons comme seuls des japonais peuvent en faire, dans la lignée de leur imagerie issue du monde de l’entreprise. Imaginez Kraftwerk (pour les costumes stricts, la présentation sur scène, l’invention d’instruments) jouant la musique de Senor Coconut avec une chorégraphie tirée de Bioman, et vous aurez une petite idée du délire en question.

Avec de telles personnalités, ce fut une soirée riche en couleur et globalement un festival de haute tenue. On se demande juste comment vont évoluer les choses puisque le présentateur annonçait déjà une troisième édition, mais sur la même thématique, ce que l’on trouvera un peu étonnant. Rendez-vous est pris pour l’année prochaine afin de voir ce que l’on nous réserve...

Fabrice ALLARD
le 20/01/2005

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