Jazz à la Villette 2018 : Yazz Ahmed / Dhafer Youssef

 date du concert

02/09/2018

 salle

Grande Halle de la Villette,
Paris

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Grande Halle de la Villette

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Grande Halle de la Villette

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Aucun concert en juillet et aucun concert en août : depuis 2005, nous n’avions pas rencontrée une telle situation, probablement multifactorielle (peu de propositions intéressantes, une appétence moindre pour les quelques soirées programmées, d’autres sorties non musicales, etc…). Bref, il était temps que septembre arrive, débuté par une visite à Jazz à la Villette, festival que nous n’avions pas encore fréquenté (faute d’intérêt pour les plateaux considérés) et où nous nous rendions quasiment à l’aveugle, à défaut d’en savoir davantage sur deux musiciens opérant dans un registre jazz un peu en dehors de notre spectre.

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Yazz Ahmed

Dans une Grande Halle disposée en gradins et remplie, Yazz Ahmed s’installa tout d’abord, entourée de six musiciens, pour un set d’une heure qui puisa dans différentes influences. En effet, née à Bahreïn, la trompettiste introduisit naturellement quelques sonorités arabisantes et moyen-orientalisantes dans ses compositions, mais celles-ci ne furent jamais envahissantes, car suppléées par d’autres accointances, parfois plus psyché, par exemple, dans un ensemble très orchestré. À ce titre, la jeune femme passait de la trompette au bugle, le second délivrant des interventions plus chaudes tandis que la première était marquée par des attaques plus franches, et une réverbération un rien trop présente.

À ses côtés, on put saluer un instrumentum particulièrement bien sonorisé, donnant à entendre parfaitement les crotales, tambourins ou bongos (plus globalement, toutes les percussions sèches jouées par Corrina Silvester), ou bien le vibraphone de Ralph Wyld. Quand il opérait en solo, cet instrument-ci se faisait cristallin, mais aussi capable d’être joué avec de mini-archets, et en tout cas plus convaincant que le piano électrique trop cotonneux de Naadia Sheriff. Placé à côté de cette dernière, George Crowley intégrait impeccablement sa clarinette basse, qui prenait même parfois le dessus sur la trompette, dans la direction de tel ou tel morceau. Enfin, la batterie de Martin France structurait le tout par ses rythmiques, parfois relayées par des incursions électroniques lancées par Yazz Ahmed (samples en direct, scratchs des lignes de clarinette basse et même « remix » du morceau Jamil Jamal, enchaîné après la version originale de ce titre).

Pour compléter le septet, Dudley Phillips se distinguait par un jeu de basse électrique quasi-rock (attaques, slides), résonance pas forcément étonnante quand on sait que Yazz Ahmed a collaboré à l’album King of Limbs de Radiohead ou participé à un concert de These New Puritans. Ce fut d’ailleurs avec Organ Eternal, reprise du groupe anglais, que le set se termina, avec sa ligne mélodique identifiable (jouée progressivement par tous les instruments) et sa belle énergie, très bonne manière de conclure un moment pleinement emballant.

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Dhafer Youssef
(photo : Maxime Guthfreund)

Attendu par un public énamouré, Dhafer Youssef prit place vers 20h30, pour la présentation d’un nouveau projet, centré sur les tablas et la musique indienne. Dans cette perspective, le Tunisien s’était entouré (outre de Stéphane Édouard à la batterie et aux tablas) d’Husnu Senlendirici (clarinettiste turc) et d’Eivind Aarset (guitariste norvégien, croisé sur de nombreux albums de la scène jazz locale, notamment sur des disques du label Hubro). Volubile et enthousiaste, Dhafer Youssef allait d’un instrumentiste à l’autre, donnait des accolades et des « checks » avec le poing, incitait les spectateurs à s’embrasser mutuellement, etc… Musicalement, il fit le choix de limiter son chant à quelques interventions, créant une sorte de circulation des ululements entre son propre timbre, les notes aigues de clarinette et l’e-bow utilisé à la guitare.

Le finger-picking de l’oud se mariait également sans peine aux tablas, frappées directement avec les mains, bien qu’on eut l’impression que Dhafer Youssef concentrait trop son attention sur le percussionniste, se plaçant en face de lui à chaque morceau, dans un schéma répétitif : nappe mis en place par Eivind Aarset (à l’aide de son laptop et de sa guitare), deux ou trois mesures d’oud mises en boucle, quelques notes de clarinette pour agrémenter le tout, et large place laissée aux ébrouements de Stéphane Édouard. Sous ce rapport, on fut même frustré de la manière dont Aarset était sollicité, à se demander quelle était l’utilité d’obtenir la participation d’un musicien de ce niveau pour le cantonner ainsi à la portion congrue… Passée une standing ovation, le quartet livra en rappel un titre présenté par Dhafer Youssef comme idéal pour nourrir sa petite fille de cinq mois et demi, à qui il le joue à chaque fois qu’elle réclame à manger (attendrissement général de l’assistance). Pour notre part, ce fut plutôt le souvenir du set précédent qui nous resta en mémoire au sortir de la Grande Halle.

François Bousquet
le 05/09/2018