Micro:mega / Matt Elliott / Manyfingers

 date du concert

09/03/2005

 salle

Mains d’Oeuvres,
St Ouen

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Micro:mega
Matt Elliott
Manyfingers
Mains d’Oeuvres

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Deux ans et demi que l’on n’avait pas vu Micro:mega, deux ans sans voir Matt Elliott, cela faisait déjà deux bonnes raisons d’aller jusqu’à Mains d’Oeuvres. La troisième, c’était Manyfingers, le projet de Chris Cole qui accompagne Matt Elliot depuis quelques années déjà.

C’est justement Manyfingers qui ouvre la soirée vers 21h, devant une assistance encore peu nombreuse. Le nom du projet de Chris Cole est à prendre au pied de la lettre : beaucoup de doigts, une petite formule qui résume assez bien le travail de l’anglais. Autour de lui, tout une foule d’instruments, et une batterie de pédales d’effets servant notamment à sampler des boucles qu’il superpose à l’infini. Il commence par une intro de piano solo, timide et fragile d’abord, puis qui trouve son rythme et se retrouve figée dans une boucle prenante. Le piano se dédouble, se voit rejoint pas un glockenspiel, des cuivres sortis d’un clavier, une rythmique sommaire en frappant le corps de sa guitare avec ses mains, puis la batterie, particulièrement soignée qui finit de nous convaincre. Tout simplement magique de voir cette musique prendre forme sous nos yeux, et Chris Cole extrêmement concentré qui se charge de tout, passant d’un instrument à l’autre.
Suivant toujours plus ou moins le même principe, il jouera ainsi pendant une petite demi-heure, s’aidant également d’un mélodica, d’un kantelé (instrument finlandais à cordes frappées), ou d’une guitare. On aura droit à quelques erreurs et problèmes en fin de set, mais ils ne nous empêchèrent aucunement d’apprécier la musique de Manyfingers à sa juste valeur. Au contraire, ils contribuèrent à lui donner une dimension humaine.

On enchaîne avec Micro:mega que l’on avait vu de manière assez rapprochées en 2002, mais rien depuis deux ans et demi, même si entre temps on a pu voir Sylvain Chauveau à plusieurs reprises, que ce soit en solo ou au sein d’Arca. C’était donc un plaisir de revoir cette formation, plaisir d’autant plus grand que nous avions été un peu déçu par leur concert au Glaz’Art à la même époque. On voyait Sylvain Chauveau d’un côté, concentré sur sa guitare et l’acoustique d’une manière générale tandis que Fred Luneau partait seul dans son trip sur ses rythmiques laptopesques. Même si cette scission n’était que virtuelle, on avait un peu ce soir l’impression que le groupe s’était reformé, intégrant même une jeune femme responsable des visuels, sortes de déambulations nocturnes.
Peut-être est-ce juste une question de son avec ce soir des rythmiques un peu moins en avant, mais la fusion opéra réellement, nous rappelant notre premier concert du duo français il y a près de 6 ans. La musique de Micro:mega à évolué doucement, en restant fidèle à ses ambiances feutrées, un peu sombres et mélancoliques, tout en gagnant en énergie via des rythmiques de plus en plus présentes et complexes. Du coup, pas de grosse surprise, mais on n’attendait pas non plus de surprise de la part du duo. Les rythmiques étaient ici mieux intégrées que précédemment, parfois plus fines aussi, et les basses rondes conférait à leur musique un petit côté dub loin d’être désagréable. Sûrement quelques rémanences de Löbe Radient Dub System, le groupe de Fred Luneau. Recroquevillé sur sa guitare, Sylvain égrenait rapidement quelques notes, passant de temps en temps au clavier pour des mélodies de piano répétitives, ou encore au mélodica. Sur le dernier titre, c’est Frédéric qui trépigne sur sa chaise, secouant la tête dans tous les sens au gré des élans rythmiques de son laptop. Micro:mega c’est un peu deux autistes qui communiquent par instruments interposés.
La surprise, ce fut une chanson, interprétée par Sylvain, une magnifique reprise du My My, Hey Hey de Neil Young.

On terminera avec Matt Elliott, et bien évidemment Chris Cole à ses côtés. Tous les deux sur le devant de la scène, Matt Elliott au centre avec une ribambelle de pédales d’effets à ses pieds. Le premier morceau, on le connaissait déjà, puisqu’il le jouait déjà en début de set à la Guinguette Pirate il y a deux ans, sauf que ce soir il manquait quelque chose, et ses envolées vocales, moins fortes, moins puissantes, moins habitées, tombaient à plat. La suite étant du même acabit, au bout de trois titres on aura envie de quitter la salle, mais on restera, espérant que la suite nous réserve quelques surprises. De surprises il n’y aura finalement point. Instrumentations minimales avec Chris à la batterie et parfois au violoncelle grinçant, Matt à la guitare, superposant des boucles de mélodies anodines et sa voix à l’infini, suivant une recette qui provoque inévitablement des montées soniques, mais l’adrénaline reste en bas.
On aura bien quelques jolis morceaux, quand les mélodies se font plus travaillées, ou que l’épure est de mise, mais ce fut malheureusement un peu trop rare. Pour rester sur une note connue, le concert se clôtura par la dernier titre de son dernier album, soit The Maid We Messed, et son long final drum’n bass se rapprochant de son ancien projet The Third Eye Foundation, avec une longue montée rythmique qui se terminera carrément par des séquences noise filtrées. La machine est bien en place, et c’est normal, ça fait deux ans que les deux hommes terminent leur concert ainsi, mais on restera quand même scotché en les voyant affairés sur leurs pédales d’effet, produisant une musique habituellement produite sur un sampler.
Au final, ce concert reste une déception. On va sûrement attendre encore deux ans avant de revoir Matt Elliott, et en attendant on se contentera de ses disques nettement plus convaincants.

Fabrice ALLARD
le 20/03/2005

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