Rhâââ Lovely 2005 : Durutti Column / Matt Elliott / Hood / Half Asleep / Stafraenn Hàkon

 date du concert

02/04/2005

 salle

Ecole St Martin,
Cortil Wodon, Belgique

 tags

Durutti Column / Ecole St Martin / Festival Rhâââ Lovely 2005 / Half Asleep / Hood / Manyfingers / Matt Elliott / Stafrænn Hákon

 liens

Hood
Matt Elliott
Stafrænn Hákon
Manyfingers
Half Asleep
Durutti Column
Festival Rhâââ Lovely 2005

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Matt Elliott
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Les premiers jours du printemps ne sont pas toujours radieux, mais ils sonnent le retour des manifestations musicales moins confinées. C’est devenu une tradition : pour ce qui nous concerne, la première d’entre elles a lieu au beau milieu de la campagne namuroise, dans le paisible village de Cortil-Wodon dont les habitants se demandent un peu ce que viennent y faire tous ces jeunes gens par ce beau samedi d’avril. Beau, il le fut cette année, puisque pour la première fois en trois ans, le soleil était au rendez-vous, ce qui n’a pas manqué d’ajouter une jolie couleur printanière, presque pré-estivale, au rendez-vous post-rock qui voyait comme à l’accoutumée tous les amateurs du genre se rassembler. L’espace a été réorganisé, le sold-out est assuré : il est 15 heures, la fête peut commencer.

On veille à arriver pour le début, ne voulant pas manquer la prestation de Loobke, sympathique jeune Flamande qui délivre avec grâce et discrétion, en couple à la ville comme à la scène, des chansons très plaisantes dont l’on n’avait eu qu’un bref aperçu lors du festival Femmes à Hasselt en mars dernier. Voix diaphane parfois montée en boucle, structures simples, précises et éthérées, à la guitare et au Casio, accompagnée d’une batterie parfois trop lourdement frappée. C’est léger mais plein de substance, et pour tout dire très plaisant.
On ne fera ensuite qu’une brève incursion dans les salles, préférant deviser au soleil autour d’une bonne bière locale que subir le post-rock classique et bruitiste de Amnesia, sextet d’Andenne remplaçant au pied levé Mountain Men Anonymous dont nous regrettons la soudaine défection. Simple intermède peu captivant, mais pas franchement désagréable.
Ensuite, sur la Matamore stage, le duo Half Asleep qui porte bien son nom : certainement agréable en écoute domestique, le folk lymphatique et soporifique des deux Flamandes nous relègue à la torpeur ensoleillée de ce bel après-midi.

Le post-rock n’est déjà pas notre genre de prédilection, mais exécuté de façon lourdaude et binaire par Tomàn, il nous fait fuir. Leurs envolées toutes guitares dehors sur une grosse rythmique plate avec soupçons de claviers anecdotiques nous laissent sceptique.
C’est ensuite une agréable respiration que nous propose Millimetrik, membre des excellents Below the Sea très appréciés à ce même festival il y a deux ans. Le Québécois Pascal Asselin pose son sac à dos sur scène et s’installe au laptop pour délivrer nappes planantes et clicks’n’cuts finement ciselés. Un set plus convaincant dans sa première moitié, avec des ambiances contemplatives et soutenues agrémentées d’un délicat balayage de guitare par un comparse. Ca se délite un peu en cours de set, malgré une fin plus énergique faite d’un rythme organique sur lit mélodique. Insuffisamment abouti donc, mais certainement pas dépourvu d’intérêt.

Viendra ensuite le meilleur set post-rock du jour selon nous avec Red Sparowes, formation américaine comprenant des membres de Isis et Neurosis. Puissant, serré, tenu, dense et assez prenant. Longs morceaux évolutifs sans fioritures superflues, où l’on décèle l’influence d’Explosions in the Sky en plus carré. Comme d’habitude, c’est un peu systématique mais exécuté avec maîtrise et brio.
Nous nous engageons ensuite dans une passionnante conversation qui nous conduira à ne suivre que distraitement le set de Manyfingers, musicien de Bristol, comparse de Matt Elliott et membre de Movietone et Crescent. Bien que ternie par des problèmes techniques, son electronica organique, agrémentée d’un violoncelle, n’en restait pas moins avenante.
Dissuadés de fréquenter de plus près Milgram (math-rock ? post-rock ?), nous nous octroyons ensuite une petite pause repas qui nous fera également manquer Squares on Both Sides.

De retour pour une soirée qui s’annonce flamboyante. Ca commence moyen : on nous avait dit du bien de Dreamend, mais nous n’avons pas été le moins du monde convaincu par ce énième effort post-rock bruyant et peu inspiré. N’est décidément pas Mogwai qui veut.
Premier véritable grand moment ensuite en compagnie de Stafraenn Hàkon, que nous étions impatient de découvrir. Nous avons été profondément séduit par les structures amples, complexes et évocatrices que concocte l’Islandais par la combinaison d’une guitare soyeuse et inspirée et de nappes oniriques. Un très beau moment d’évasion offert par un musicien indubitablement habité.
Direction ensuite la main stage pour un retour 25 ans en arrière grâce à la venue événementielle des vétérans Durutti Column. A l’instar de ses cousins Wire ou The Fall, Vini Reilly force le respect par l’intégrité et l’ampleur de sa discographie. Il nous permet également de communier avec émotion au souvenir de la grande époque où Manchester, le label Factory et le Hacienda étaient l’épicentre de la planète musicale. Avec son compère Bruce Mitchell, personnage haut en couleur et batteur d’une classe inouïe, Vini Reilly nous aura gratifié d’une prestation mémorable en faisant dialoguer une guitare dont il joue divinement avec les rythmes tantôt souples et chauds, tantôt saccadés et haletants de son acolyte. La sonorité est rèche, sombre, combinant le jeu enjoué de Bruce et les incantations dépressives de Vini. Tout ça est très wave (cold ou new, comme on voudra) et incontestablement jouissif pour nous.

On attendait beaucoup de Matt Elliott et on en ressort avec une impression mitigée. L’homme - passablement émêché, ce qui a pu ternir sa prestation - est capable d’offrir des atmosphères intensément belles qui ravissent et impressionnent, mais se laisse aussi aller à des transitions que nous avons trouvées assez vaines et vides. Aux textures touchées par la grâce fait écho une sorte de folk à tendance slave qui prête à sourire. Prestation en demi-teinte donc, mais ponctuée d’un imparable morceau de clôture aux inflexions plus drum’n’bass avec lequel, à en croire les habitués, il a coutume de terminer ses sets.
La fin du festival constitue pour nous un point d’interrogation. Ce que nous connaissons des travaux discographiques de Hood est fin, original et assez savoureux. Comment se fait-il dès lors que le groupe de Leeds ne parvienne, sur scène, qu’à proposer des morceaux sans relief, mollassons, pas désagréables mais qui n’éveillent pas le moindre enthousiasme ? Nous sommes perplexe, attendons sagement la fin du set qui ne nous tirera en rien de notre ennui, et reprenons la route avec deux disques de Stafraenn Hàkon sous le bras et la confirmation que Durutti Column est un jalon incontournable de la musique de ces 30 dernières années.

Au final, ce ne fut peut-être pas la meilleure édition - pour tout dire, le line-up paraissait plus prometteur sur papier - mais force est de constater que le Rhâââ Lovely demeure une entreprise d’une remarquable cohésion, proposant un programme ambitieux dans un cadre aussi improbable que charmant. Félicitations aux organisateurs et rendez-vous l’année prochaine.

Gilles Genicot
le 05/04/2005

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