Aidan Baker / The Eye of Time

 date du concert

03/02/2019

 salle

Vent Se Lève,
Paris

 tags

Aidan Baker / The Eye Of Time / Vent Se Lève

 liens

Aidan Baker
Vent Se Lève

Préfiguration du festival qui se déroulera courant mars et dont la programmation est des plus intéressantes pour qui suit ces pages (Alexandre Navarro, Christ., Giulio Aldinucci, Thisquietarmy, Frédéric D. Oberland ou Mathias Delplanque), cette soirée dominicale curatée par les équipes de Sulfure accueillait deux musiciens déjà recensés ici. De fait, nos confrères et amis des webzines Indie Rock Mag et Des Cendres à la Cave, organisateurs de cette prochaine manifestation, voulaient la lancer avec un concert préfiguratif et profiter aussi de la venue à Paris d’Aidan Baker, pour une prestation de Nadja deux jours plus tard aux Instants Chavirés. Une cinquantaine de personnes étaient donc réunies pour deux sets instrumentaux, tenus au Vent Se Lève, lieu d’art et de culture juste à côté de La Villette, agrémenté de mobilier vintage (bancs et tables basses en palettes de bois, ampoules à filaments en tungstène…).

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The Eye Of Time

Pour débuter, on était curieux de découvrir sur scène The Eye Of Time, dont l’album publié début août sur Denovali nous avait intrigués. Grâce à la présence d’un piano droit, le Français livra tout d’abord quelques morceaux au clavier, mélangeant roulements d’une main et notes plus détachées de l’autre. Sans véritables mélodies fortes, mais avec de beaux ensembles, ces titres parurent néanmoins un peu trop linéaires et trop peu changeants, à l’image de la vidéo projetée derrière le musicien, plan fixe immuable sur le ciel vu à travers un feuillage d’arbres. Passant ensuite au violoncelle, Marc Euvrie se samplait en direct, ouvrant des combinaisons de jeu à l’archet et de cordes pincées. Les secondes se faisaient alors plus graves, façon basse structurante, et le premier allait chercher dans les aigus.

Après quelques minutes dans cette stricte formule, le Français introduisit quelques rythmiques (en jouant des cordes étouffées ou en en tapotant la caisse de son instrument), rejoignit son piano pour redoubler le thème mélodique généré précédemment au violoncelle. Il en résulta une vraie réussite, à côté de laquelle le reste du set ne sembla n’avoir été qu’une préparation, une mise en bouche. Confirmation de cette impression avec le morceau suivant, prolongeant ce schéma et mettant aux prises piano pré-samplé, violoncelle, guitare électrique jouée en direct, boucles et rythmiques pré-programmées. Le niveau monta donc encore d’un cran avec le sublime titre caudal dans lequel, en plus des éléments du morceau précédent, The Eye Of Time ajouta le clavier pour une impeccable rencontre entre petites bribes mélodiques (accords de clavier, mesure de guitare) et caractère plus tourmenté (noirceur des accompagnements, cris étouffés dans le micro).

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Aidan Baker

Alors qu’il est plus que régulièrement en concert dans notre pays, cela faisait un bon moment que nous n’avions pas vu Aidan Baker en solo. Il était donc pertinent, comme indiqué plus haut, de conjuguer tournée européenne de Nadja et set individuel du Canadien, armé de sa seule guitare électrique et de différents effets. Tapotée sur l’arrière du manche, la six-cordes livra quelques soubresauts sonores, avant de se trouver jouée au bottleneck ou délicatement grattée pour en faire sortir d’aériennes harmoniques (le médiator frottant les cordes avant ou après le bottleneck, puis avant ou après le capodastre). Nettement moins sombre et dense que dans notre souvenir, cette proposition s’ouvrait par conséquent sur des horizons plus amples.

Toutefois, une fois n’est pas coutume, on regretta un léger déficit volumétrique qui rendit trop centré le son d’ensemble des compositions d’Aidan Baker, ou peut-être était-ce le froid ambiant du Vent Se Lève qui générait cette impression de resserrement sur soi ? On retrouva davantage de coffre dans le dernier passage des quarante-cinq minutes de concert, où la guitare électrique fut un peu délaissée au profit d’un travail sur les effets, avec jeu savant sur les potentiomètres des pédales posées sur la table.

François Bousquet
le 04/02/2019

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