Notre Parole

 auteur

Valère Novarina

 metteur en scène

Cédric Orain

 date

du 11/02/2019 au 02/03/2019

 salle

Théâtre de la Cité Internationale,
Paris

 appréciation
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Théâtre de la Cité Internationale / Valère Novarina

 liens

Théâtre de la Cité Internationale

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Régulièrement recensé sur ces pages dans les années 2000, Valère Novarina en était absent depuis, et nous étions donc en attente de retrouver l’écriture si particulière de l’auteur français, véritable jeu sur la langue et sur les mots, sans vraiment de trame narrative. Ce dernier point s’avère toutefois moins vrai cette fois-ci puisque Cédric Orain procède ici à un collage entre un article publié par le dramaturge dans Libération en 1988, et qui donne son nom au spectacle, et d’autres fragments de texte du poète.

Dans le quotidien, Novarina s’arrêtait sur la parole dans les médias, son statut et la manière dont elle est utilisée. Partie de ce point de départ, récité par l’acteur norvégien Olav Benestvedt, la mise en scène embraye logiquement avec trois grands panneaux, chargés de diffuser des mosaïques d’écrans de télévision, et la reproduction d’un journal télévisé par un duo de présentateurs caricaturaux. Plus loin, ce seront un jeu télévisé et un « Hymne au Bescherelle » qui seront parodiés, dans des mouvements burlesques et particulièrement efficaces. Le plaisir gouleyant des mots et l’aspect onomatopéique des verbes conjugués au subjonctif se trouvent aussi relayés par la gourmandise prise par les comédiens dans l’énumération des termes techniques de la danse classique (jeté, pas de bourrée, faille, arabesque) par une Céline Milliat Baumgartner dotée d’un tutu rose, ou bien des mots issus du dictionnaire, sans que leur définition ne soit donnée, par Rodolphe Poulain.

À côté de ces qualités, le spectacle revêt également un caractère « méta » lorsque le comédien norvégien se plaint de l’affadissement du français, lui qui, devant nous, fait des efforts pour articuler correctement, tandis que son propos est parfois traduits par les surtitres ou, plus approximativement et avec l’humour qui va avec, par sa comparse sur le plateau. Cette recherche de mise en abyme se trouve confortée par la mise en valeur du théâtre même, lieu où la parole vit, où la parole peut être modulée selon les styles. Des pastiches de Tchekhov, du théâtre bourgeois, du théâtre minimaliste ou psychologisant sont ainsi donnés, dans des saynètes lisibles à double niveau, qu’on soit familier des originaux ou non. En toute hypothèse, la volonté de Novarina est bien de resacraliser la parole, en l’analysant comme quelque chose existant par soi-même, en dehors de ce qui est dit par le locuteur ; bref, du verbe chimiquement pur.

François Bousquet
le 21/02/2019

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